7.5/10Ténèbres - Tome 1 - Ioen

/ Critique - écrit par athanagor, le 23/09/2009
Notre verdict : 7.5/10 - Dragons, si en collectif (Ecrivez votre critique)

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Nouvelle création de Christophe Bec, accompagné d'Iko, dans une veine comics et Heroic Fantasy qui emprunte ses représentations à une foule d'œuvres plus ou moins actuelles.  

C'est arrivé un matin, comme ça. Il s'est mis à pleuvoir des œufs de dragons. Depuis et tout à fait entre nous, ça a un peu changé par ici. Là où le royaume étendait à perte de vue la poésie millénaire de son manteau neigeux, recouvrant délicatement l'imposante stature de sa chaîne montagneuse, ne sont plus visibles que desCoucou !
Coucou !
torrents de lave noyée dans une atmosphère de souffre un rien désagréable. Comme si tout cela ne suffisait pas, les dragons, qui ont grandi, attaquent régulièrement les sujets et les intérêts du royaume. Après tout, il ne fallait pas s'attendre à ce qu'ils passent leurs journées à rien foutre. Mais n'empêche, c'est agaçant et parfois même un peu dangereux. Heureusement, tout n'est pas perdu. Premièrement, le roi possède une fille extrêmement bien gaulée qui, au besoin, saura motiver les tueurs de dragons de passage par une promesse de mariage. Deuxièmement la prophétie fait état de l'apparition prochaine d'un être capable de venir à bout des monstres belliqueux qui infestent le paysage. Son existence sera révélée lorsque, enfant, il survivra à un incendie sans aucune trace de brûlure. Mais attention, pas de blagues ! Accidentel l'incendie.

En progressant dans les premières pages de cet ouvrage, on est frappé par le foisonnement des références qui sont utilisées, plus ou moins ouvertement, sous couvert d'un trait directement inspiré du mouvement comics. Ainsi, on croise bien évidemment Le seigneur des anneaux, mais aussi et dans le désordre, Les chevaliers du zodiaque, Le pacte des loups, le Highlander de Russell Mulcahy, 300, Godzilla (le musical avec Matthew Broderick), les Cosmocats et toute la culture extra-terrestre que H.R. Giger développait autour d'Alien, le tout disséminé, qui dans les costumes, qui dans certains personnages et parfois même dans les décors. On est donc un tantinet perplexe face à ce qui ressemble à des emprunts systématiques de ces différentes œuvres, d'autant que, loin d'avoir été assimilées par le trait de Iko et exposée assez visiblement, elles frappent avec virulence l'œil un tant soit peu exercé. Le tout est mixé dans une œuvre d'Heroic Fantasy tout ce qu'il y a de plus codifié, renforçant encore l'aspect saillant des références utilisées. Au final, ces emprunts sont si frappants qu'il est difficile de ne pas y voir une intention flagrante, sans pouvoir déterminer qui de Bec ou Iko en est à l'origine.

On ne saurait, malgré tout, affirmer qu'il s'agit d'une volonté des auteurs, mais prêtons-nous au jeu et laissons-nous aller à cette spéculation. Voici alors comment on pourrait voir les faits après digestion :
à la clôture de l'ouvrage et malgré les nombreuses interrogations suscitées par ces références qui émaillent la lecture, on a tout de même envie de savoir ce qui va se passer ensuite. Bien sûr, cette envie vient d'abord du scénario présentant ces monstres envahissants et indestructibles dont on cherche à trouver le point faible, mais on est aussi intéressé par le devenir des personnages. Dans un premier temps, il est difficile de bien savoir si cette envie est venue grâce ou malgré ce flot de références. Puis on en arrive à se dire qu'on a été attaché à l'histoire, justement par la présence de toute cette imagerie reconnue, et souvent déjà appréciée. Procédant de la sorte, les auteurs fourniraient des points d'appuis, des zones familières qui retiennent l'attention, de la même façon que l'on va voir certains films pour les acteurs qui y jouent. Bec qui travaille, on l'a déjà vu, comme un metteur en scène, construit ses intrigues sur de l'artistique existant, auquel il emprunte les éléments dont il a besoin. Et la conclusion de l'album s'oriente très sensiblement dans ce sens cinématographique, quand le personnage en armure cornue qu'on voit sur la couverture, se découvre dans la dernière page et laisse apparaître un physique très proche de celui d'un Jean-François de Morangias, muni d'une épée très semblable à celle du Kurgan.

Donc, si vous avez aimé 70 % du panaché de références cité plus haut, il y a de fortes chances pour que vous retrouviez un certain plaisir à la lecture de cette BD, d'autant que Bec reste un excellent scénariste qui sait livrer des histoires justement dosées entre l'explication et l'action, sans lourdeur ni manquement et toujours dans une progression constante.

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