8/10Taïga rouge - 1ère partie

/ Critique - écrit par riffhifi, le 23/06/2008
Notre verdict : 8/10 - Steppe by steppe (Ecrivez votre critique)

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Atypique pour un album de la collection Aire Libre, Taïga rouge offre le versant intimiste de l'aventure épique. Un très bel ouvrage, qui laisse augurer un avenir radieux à ses auteurs.

Après avoir écrit deux courts métrages et un téléfilm (Harkis avec Smaïn en 2006), l'ancien journaliste Arnaud Malherbe a sans doute réalisé que la bande dessinée serait un média où il pourrait s'exprimer plus librement. De fait, c'est dans la collection Aire Libre de Dupuis qu'il livre son premier scénario, appelé (on l'espère) à rencontrer un beau succès. Il s'est associé pour ce Taïga rouge à un jeune dessinateur de 22 ans, Vincent Perriot, déjà remarqué l'an dernier pour son album Entre deux aux éditions de La Cerise.

Transbaïkalie, hiver 1920. Ferdynand Ossendowski est un Russe blanc, un médecin qui a dû fuir Moscou et le régime bolchevik ; Djam Gordou, de son côté, est un Soyote (rien à voir avec le prédateur de Bip-Bip), un représentant d'un peuple noble et discret dont il a été exilé. Les deux hommes vont traverser la géographie et l'histoire de concert, et leur chemin sera semé d'autant de drames
que d'embûches...

Dans une bande dessinée consacrée aux steppes mongoles et aux chevauchées fantastiques de fiers guerriers orientaux, on s'attend à un traitement épique et à un dessin lumineux comme celui de Georges Bess pour Péma Ling, également publié chez Dupuis. Sauf que Taïga rouge n'est pas un album de la collection Repérages, mais Aire Libre. Ce qui explique l'approche curieusement intimiste de ce récit d'aventures, dont la présence dans cette collection reste de toute façon atypique. Les dessins et la mise en page rappellent même, contre toute attente, ceux que l'on rencontre souvent dans la collection Poisson Pilote de Dargaud : Miss pas Touche, Clara Pilpoile... un graphisme ombragé, un goût pour les petites cases bien délimitées plutôt que pour les pleines pages explosives, Taïga rouge déroute agréablement, sans pour autant traiter par-dessus la jambe son sujet. Le scénario de Malherbe est manifestement documenté, mais sait pourtant mettre en avant les drames humains qui l'articulent ; et le dessin de Perriot, tout inattendu qu'il soit, garde un pouvoir d'évocation certain et bénéficie des judicieuses couleurs vespérales de Ruby.


En cette année qui vit à la fois la sortie au cinéma de Mongol et celle en librairie du tome 4 de Péma Ling, cet album-ci a la particularité intéressante d'aborder un sujet similaire par le petit bout de la lorgnette. Les personnages sont à l'image des Soyotes, dont on nous dit que « depuis sept siècles, [ils] errent dans la steppe comme des pestiférés à la recherche d'une terre, d'un royaume paisible en retrait, loin des tempêtes de sang. Hors de l'Histoire. » Leur parcours n'en est que plus intéressant, à des lieues des récits iconiques sus-cités. Et la fin, enivrante, laisse des fourmis dans les yeux à l'idée que le deuxième tome n'est pas encore disponible...

20 ans d'Aire Libre obligent, l'album sort en deux versions, une normale à 15 euros et une édition limitée (3000 exemplaires - ou plutôt 2999 pour vous, parce que j'en ai un) à 18 euros, agrémentée d'un texte d'explication rédigé par Arnaud Malherbe et surtout de quinze dessins en noir et blanc et en pleine page de Vincent Perriot. C'est plus cher, mais c'est mieux. Comme souvent.

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