7/10Sweety Sorcellery - Tome 1 - Le cœur d'Aï-Lynn

/ Critique - écrit par athanagor, le 30/09/2009
Notre verdict : 7/10 - Sucré/sorcier (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 1 réaction

Album collectif mettant en avant la co-scénariste de Sinbad, Audrey Alwett, et ouvrant à l'occasion une nouvelle collection de Soleil, 100 % girly, mais tout de même un peu dark.

Bienvenue dans ce premier ouvrage de la collection Blackberry, nouveau concept de la maison Soleil, dirigée vers la gent féminine avec l'intention de lui offrir de la bonne BD bien calibrée. Si Blackberry sera constituée (si tant est qu'elle dure) d'épopées romantiques, fantastiques ou victoriennes, une autre collection, Strawberry, offrira des aventures plus proches du quotidien, dans un format sac à main (et peut-être avec un gloss offert). Bref, du 100 % fille.

Tremblons un peu à l'évocation de ces concepts marketing, limite insultants, qui insinuent d'une certaine façon que les femmes n'ont jamais su The hard way
The hard way
apprécier la BD à cause du format qui ne rentre pas dans leur vanity, ou parce que les robes des héroïnes manquent de crinoline. Tentons de nous détacher de l'à priori ainsi suscité à l'égard de cet ouvrage, qui au final tiendrait sa place dans n'importe quelle collection unisexe.

Il est vrai que l'on craint, à l'ouverture de cet album, sérieusement douché par l'annonce de ces collections, qu'il ne se résolve qu'en sottes expositions sucrées d'histoires aussi niaises que mal fichues. Un feuilletage rapide laisse d'ailleurs apercevoir une dominante de couleurs pastelles, enchâssées dans un trait d'inspiration manga-glamour, où de jeunes écolières se tortureraient pour savoir si le prof de math est plus beau que le prof de sport. Devant la vacuité intellectuelle qu'inspire ce genre de questionnement (au demeurant inutile ; les profs de math sont toujours moches), on se sent découragé avant d'avoir commencé. Pourtant, il faut résister et bien apprécier de qui il s'agit. Audrey Alwett, co-scénariste avec Christophe Arleston de l'excellent Sinbad, mérite amplement le bénéfice du doute, et bien au-delà.

Page après page, le sentiment qui nous assaillait stupidement et faisait germer dans nos esprits les mots les plus durs pour enfoncer l'ouvrage, finit par s'estomper à une vitesse surprenante. Dès le début on est confronté à la reprise assez astucieuse du principe potterien du "pensieve" (pensine en français), réceptacle de la mémoire de son possesseur, qu'il peut alors présenter clairement à un tiers, alors plongé dans un souvenir The easy way
The easy way
particulier. Etendu à un système de boules de cristal-romans, les kristabulles, qui font voir à qui les touche l'histoire comme s'il la rêvait, ce détournement se renforce de la description de la création de ces kristabulles. Médias de divertissement préférés des sorciers, elles n'en demandent pas moins d'effort et de sacrifice que les objets culturels qui amusent les moldus.

Sur ce principe sont déclinées plusieurs histoires mettant en scène le monde des sorciers, comme autant de nouvelles dans un recueil de contes. Bien que parfois un peu niaises, elles possèdent néanmoins soit un vrai fond comique, soit un aspect plus moral, toujours exposé avec clarté et souvent avec beaucoup d'inventivité.

Ces histoires sont d'autant mieux digérées que les différents auteurs ont souvent un visuel très proche dans leur représentation du monde. On pourrait se demander si un cahier des charges n'a pas été établi pour assurer une certaine continuité à l'ensemble. De plus, ces saynètes sont des histoires courtes, vendues comme telles dans l'ouvrage et ne cherchent pas à être autre chose comme, par exemple, un antagoniste de l'histoire principale. Celle-ci, dessinée par Ood Serrière, s'intercale toujours entre les différents passages et s'octroie la part du lion, jusqu'à terminer l'ensemble sur l'annonce d'un prochain tome 2. Une vraie unité est donc conservée à l'ensemble, fluidifiant la lecture et ne nuisant pas au plaisir retiré. Mieux, le concept général et la qualité de la réalisation laissent vraiment espérer le prochain volume.

Vendue comme un objet éminemment féminin, cette BD se prête également à l'attention délaissée des mâles avides d'histoires inventives. Certes, l'emballage est très bonbon, mais la composition en fait un ouvrage à part entière, aussi bien, voire mieux élaboré qu'un I.R.$. ou un World of Warcraft. Alors pourquoi s'en priver ?

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