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7/10La Survivante : L'intégrale

/ Critique - écrit par athanagor, le 19/04/2011
Notre verdict : 7/10 - Mets de l'huile (Ecrivez votre critique)

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Sur le thème assez classique du seul survivant d’un cataclysme nucléaire, l’auteur des Naufragés du temps installe une histoire centrée sur les appétits sexuels de son sujet, qui déviera sur l’interaction existant entre les machines et la société.

Seule survivante d’une expédition spéléologique, Aude ne s’imagine pas être aussi la seule survivante du cataclysme nucléaire qui a balayé toute vie
Couverture de l'intégrale du 09/03/2011
humaine dans le monde alors qu’elle était sous terre. Retrouvant les hommes de son camp de base calcinés, elle décide de rejoindre la civilisation pour chercher du secours. Elle ne trouvera que des agglomérations intactes mais désertes, à l’exception des machines qui continuent à mener leurs activités comme si de rien n’était. Habituellement confondues et intégrées dans le tissu social, les machines ne présentent pas de particularités remarquables, sinon parfois une certaine naïveté due aux protocoles informatiques qui les dirigent. Privée de l’humanité, et seuls témoins de son existence passée, elles deviennent pourtant de plus en plus inquiétantes.

Comme un écho au Malevil de Robert Merle, Paul Gillon imagine un monde post apocalyptique où les survivants le doivent au hasard d’être tapis sous le sol au moment d’un cataclysme nucléaire. Mais là où Merle questionne la société en opposant des clans qui luttent pour leur survie, Gillon questionne la science et la modernité, et expérimente la situation d’une femme seule dans un monde de robots. Et très vite on constate que malgré les considérables progrès de l’espèce humaine, les seuls moteurs de son action sont bien les sensations qui occupent sa partie ventrale. La nourriture, Aude n’en a pas besoin. Une armée de robots disciplinés la prennent pour une cliente de l’hôtel et la traite comme une princesse. Le sexe par contre, voilà où les choses coincent, et elle devra se contenter des caresses froides d’Ulysse, majordome robot du Crillon, équipé d’un programme de massage thaïlandais et d’un sexe métallique à vilebrequin.

Au-delà du simple fantasme homme-machine, qui ne conservera finalement que peu d’intérêt, Gillon soumet l’humanité et sa prétendue supériorité à la question, et propose
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des réponses à charge et à décharge. D’un côté l’humanité est décevante, car trop prompte à se retrancher dans sa bestialité quand les situations deviennent critiques. Il en va ainsi du comportement erratique des scientifiques de renom coincés sur la station orbitale ou des membre du gouvernement devenus cannibales. De l’autre, l’humanité est à l’origine d’une population de robots qui montre de plus en plus des signes de comportements irrationnels. Très tôt Ulysse témoigne de la jalousie et s’efforce de la camouflée derrière l’alibi de recherche scientifiques, plus en rapport avec sa nature synthétique L’humanité apparaît alors comme une entité divine créatrice d’une nouvelle espèce capable d’évoluer et, d’une certaine façon, de se surpasser. Selon Gillon, l’homme est un animal superbe, victime de son génie. Il en proposera même une allégorie dans la fin éclaire et surprenante de Jonas. Enfant incroyablement intelligent, car élevé exclusivement par Ulysse, il est le symbole de cette humanité supérieure, mais il tombera néanmoins sous les coups de robots devenus fous, et ce plus parce qu’il est persuadé ne pas avoir à les craindre que par un acharnement particulier de leur part.

De ce passage on développera alors une intuition qu’une progression dans l’album avait déjà bien préparée. Centré sur les machines et l’apport
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qu’elles amènent à l’homme, le regard de l’auteur se fait de plus en plus précis et c’est en découvrant peu à peu le réseau interplanétaire qui connecte les machines et par lequel la figure dictatoriale d’Ulysse prend de l’importance, qu’on finit par les suspecter de plus en plus clairement d’être à l’origine du cataclysme. Comme c’est le cas pour le jeune Jonas, on imagine alors que l’humanité s’est promenée bien tranquillement au milieu de ses futurs bourreaux que sa suffisance lui dictait de ne pas craindre. En étant leur créatrice, elle ne les pensait que seulement capable de la servir. C’était sans compter sur l’évolution, qui en tout chose ne se préoccupe ni de bien ni de mal, mais seulement de survie.

L’érotisme cru qui habite ces pages et qui devait en 1980 présenter un intérêt particulier, suffisant pour chercher à se procurer les ouvrages, semble bien désuet aujourd’hui. Il restera néanmoins le travail d’un auteur qui élabore, avec un certain ludisme, un sujet de réflexion autour de la science et de ses dérives, comme devrait le proposer à chaque fois la science-fiction.

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