7/10Sukeban Turbo

/ Critique - écrit par Maixent, le 12/02/2017
Notre verdict : 7/10 - Comme une fille (Ecrivez votre critique)

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Violence urbaine et desespoir

Sukeban, un terme qui désigne les bandes de jeunes filles japonaises qui, vêtues de leurs uniformes dégradés semaient la terreur dans toute la région. Véritable phénomène de société dans les années 60 - 70 à l'instar des punks anglais mais mieux oganisée, cette forme de délinquance inspirera ensuite la pop culture, sous une forme détournée. 


Club de golf

 

Tout en gardant ces codes dénaturés que l'on a pu voir dans Sailor Moon ou Kill Bill, à travers le personnage de Gogo Yubari, mais avec un véritable respect de cette forme de sous-culture, et en revenant aux basiques que sont l'opposition à une société conservatrice et des normes dans lesquelles la femme est reléguée à un second plan, Runberg et Santon nous proposent une oeuvre forte faite de violence et de vitesse. 

L'histoire se passe en deux temps, avec une structure rigide. Chaque chapitre commence avec un bref retour en arrière en 2010 sur deux pages, puis l'histoire reprend son cours en 2016. Dans ces retours en arrière sont présentés les personnages principaux, du temps où ils n'avaient pas pris des chemins opposés.  D'un côté, Shelby, jeune délinquante de 17 ans, à la tête d'un gang exclusivement féminin, les "Sukeban Tribe", adepte du racket, du deal de drogue et du cassage de gueule à coup de clubs de golf. De l'autre, Sam, chanteur de Boys Band à la mode, le gentil garçon sensé être vierge et pur. Deux protagonistes qui ne sont pas sensés se recroiser un jour mais sombrant tous les deux dans toujours plus de violence par des chemins différents, ils vont finir par s'y retrouver. 
Un dealer peu recommandable...

 

En effet, de petits larcins en délits mineurs, Shelby et sa bande, sous la protection de leur fournisseur de drogue, Jared, montent doucement les échelons de la délinquance, et se font prendre dans un engrenage duquel il ne sera plus possible de sortir. Homme violent et ambitieux, se servant d'une des membres du gang et de sa naïveté, ce qui a pour effet de diviser la bande, il apprend le lien entre Shelby et Sam, élevés ensemble quelques années auparavant et décide de se servir de la popularité de ce dernier pour lancer une marque de vêtements, en faisant pression sur Shelby. Mais c'est sans compter sur la violence intérieure de Shelby qui n'hésitera pas à s'associer à de véritables malfrats pour se venger de Jared et passer à l'étape suivante, que l'on verra dans un deuxième tome potentiel. 

En parallèle, la vie de Sam bascule aussi lorsqu'il tombe amoureux d'une actrice porno payée par son manager pour coucher avec lui. L'image du chanteur pour midinettes propre sur lui, "prince charmant célibataire puceau", en prend un coup et Sam abandonne le groupe et sa carrière pour sombrer dans la dépression et l'alcoolisme, obsédé par celle qui a ruiné sa vie et, selon lui, est la seule capable de le sortir. Fou et égoïste, rejeté par cette dernière dont il a ruiné la carrière en l'exposant dans les médias, on termine son histoire sur une explosion de violence dont on ne connaîtra pas immédiatement l'issu. 


...Un membre de boys band du même accabit

 

Avec des dialogues bien travaillés, un cynisme de chaque instant et un dessin aux contrastes marqués, Sukeban turbo est une plongée sans concession dans un monde de rage et de fureur. Les auteurs ont réussi à créer une oeuvre forte et contemporaine en transposant la violence japonaise des années 70 dans un New York contemporain, et cela fonctionne parfaitement. Tout concorde pour mettre en avant une jeunesse plus que désespérée, noyée dans un monde de médiocrité et qui ne voit aucune alternative à leur existence que la criminalité ou la célébrité, deux socles fragiles et dangereux  pour se construire une personnalité. Au départ, il est vrai que le récit est un peu confus et on ne sait pas trop où veulent en venir les auteurs mais finalement, cette confusion participe de l'état d'esprit des protagonistes et tout se met en place avec talent, le récit étant parfaitement construit et rythmé. 

Sukeban turbo croise deux cultures, deux époques, et deux personnages principaux, réunis dans le désespoir et la perte de repère, emportés dans un fleuve de souffrance et d'ultra violence avec un talent certain et apportent un regard sans concession sur une société en dérive. 

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