6/10Spaghetti : un héros un peu nouille

/ Critique - écrit par riffhifi, le 10/02/2011
Notre verdict : 6/10 - Goscinny al dente (Ecrivez votre critique)

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Avant la gloire que lui apportèrent Astérix, Iznogoud ou sa reprise de Lucky Luke, René Goscinny était le scribe de Dino Attanasio sur cette gentillette petite série.

Avant d’être des acteurs célèbres, Harrison Ford et Fabrice Luchini ont fait respectivement de la maçonnerie et de la coiffure. Mais avant d’être le scénariste d’Astérix et le rédacteur en chef de Pilote, que faisait René Goscinny ? Il était déjà Spaghetti : un héros un peu nouille
Intégrale volume 1
scénariste, travaillant d’arrache-pied pour fournir de multiples histoires au journal de Tintin. A la fin des années 50, il était notamment l’auteur de Spaghetti, créé et dessiné par l’Italien devenu Belge Dino Attanasio. Ce dernier, porté sur l’autodérision, a modelé le personnage à son image : caricature d’immigré italien à la moustache noire et à l’accent ineffable, le Signor Spaghetti est volubile, débrouillard, colérique mais foncièrement honnête. A vrai dire, il rappelle en partie la personnalité et le physique de Goscinny lui-même, s’il faut en croire sa représentation dans Achille Talon par Greg !

Dans un premier temps, les deux hommes font équipe sur une série de gags en une ou deux pages, resté inédits en album jusqu’à la parution le mois dernier du premier volume de l’intégrale. Ultra-vieillots, ces épisodes n’ont plus aujourd’hui qu’une valeur de curiosité, tant l’humour déployé ressemble à un collier de clichés éculés. Coups de poing sur la tête (le voisin de Spaghetti s’appelle Labrute et fait du catch), incompétence chronique du héros (qui se prétend cuisinier, colleur d’affiches, etc.)… il ne manque plus que la peau de banane et la chute dans une bouche d’égout. On s’amusera cependant à essayer de deviner si l’action se déroule en Italie ou en France (ou en Belgique ?), tant les auteurs s’ingénient à brouiller les pistes à l’aide de divers indices placés dans les décors, notamment à l’aide de publicités dans les deux langues. On notera également, au détour d’une page, un clin d’œil à Modeste et Pompon, la série de Franquin à laquelle Goscinny et Attanasio collaborèrent ponctuellement.

Les deux premières aventures complètes, publiées tardivement en tant que tomes 14 et 15, sont logiquement présentées ici dans le premier volume de l’intégrale.

Spaghetti et l’émeraude rouge

Dans le format long, le style de Goscinny émerge de façon sensible : la construction de son récit, à l’aide d’un comique de répétition habilement cumulatif, annonce la formule qui fera sa gloire quelques années plus tard. L’émeraude rouge est une histoire de malédiction qui, quant à elle, n’est pas sans évoquer les futurs déboires d’Iznogoud. Suite à un pari, le Signor Spaghetti doit se promener avec un talisman porte-poisse dans la poche, qui attire les pires ennuis à tous ceux qui l’approchent. Il défraie la chronique, et attire l’attention de dangereux malfrats… L’album est bon
DR.
enfant et bien inoffensif, mais se situe déjà un bon cran au-dessus des gags en une page qui l’ont précédé.

L’étonnante croisière du Signor Spaghetti

Dans cette deuxième histoire complète, qui met à nouveau le héros aux prises avec de redoutables bandits (pas de bol, quand même), on trouve sans peine les prémisses d’un des plus gros succès de Goscinny : employé à bord d’un navire, Spaghetti a toutes les peines du monde à se faire comprendre d’un Anglais, un Espagnol, un Allemand et un Chinois. Remplacez le Chinois par un Égyptien, et vous trouverez peu ou prou le casting d’Astérix légionnaire. Encore une fois, l’aventure est simpliste mais sympathique, avec un quota d’exotisme à la Robinson Crusoé.

Rapidement, Goscinny rejoindra Morris pour scénariser son Lucky Luke, qui connut une postérité plus grande que le petit Italien d’Attanasio. Les aventures du Signor Spaghetti se prolongeront pourtant jusqu’au début des années 80, généralement pimentées de la présence d’un cousin nommé Prosciutto, et passeront aux mains de divers scénaristes sans pour autant quitter son papa dessinateur.

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