6/10Sophia - Tome 1 - La fille en or

/ Critique - écrit par Danorah, le 21/08/2008
Notre verdict : 6/10 - Du plomb dans l'aile (Ecrivez votre critique)

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Vanna Vinci commence un peu à tourner en rond, ses héroïnes se ressemblent et ses scénarios perdent en intérêt. Heureusement, c'est toujours aussi joli, et les personnages sont très bien habillés.

Le tome 1 de la série Sophia est le troisième ouvrage de l'Italienne Vanna Vinci à voir le jour en France. Après Lillian Browne et Aïda, c'est donc au tour de Sophia d'entrer en scène. La parenté est flagrante, le dessin reconnaissable entre mille. Vanna Vinci fait du Vanna Vinci, envers et contre tout, avec ses tics et ses marottes, ses qualités et ses défauts - toujours les mêmes, et tant pis pour ceux à qui ça ne plaît pas.

Aïda faisait la causette avec les morts au coin du feu,
Sophia préfère partir à la rencontre de vieux savants un peu fous qui lui en apprendront chacun un peu plus sur son dada : l'alchimie. Le récit tout entier s'articule autour de ces rendez-vous successifs, et s'enrobe pour faire passer la pilule d'une rencontre d'une tout autre nature : celle d'un jeune homme, forcément avenant, beau, brun et célibataire. Sophia oscille donc continuellement entre son attirance pour les étranges pouvoirs occultes de l'alchimie, et pour l'inévitable pouvoir de séduction du beau brun célibataire. La dimension fantastique est assurée assez lourdement par des pages entières de rêves abscons, qui se caractérisent par la disparition des cases au profit d'une mise en page totalement libre, et par la présence de symboles obscurs qui, n'en doutons pas, ont probablement quelque chose à voir avec l'alchimie.

Ceci mis à part, Sophia est la jumelle toute crachée d'Aïda : même regard flou et désabusé, même attrait pour les choses irréelles, mêmes difficultés pour rester ancrée solidement dans la réalité et le quotidien... et même propension à rompre en début d'œuvre avec des jeunes hommes « trop parfaits » invariablement prénommés Carlo. Mais là où Aïda séduisait par son atmosphère mélancolique et brumeuse, Sophia nous laisse un peu sur le pas de la porte, avec ses délires ésotériques difficiles à suivre. Pourtant, pour peu que l'on apprécie les héroïnes paumées, pas vraiment à l'aise dans leur quotidien trop étriqué, à la recherche de quelque chose de plus exaltant qu'une vie banale et sans perspectives, Sophia a ce je-ne-sais-quoi d'attachant qui sauve la bande dessinée de la débâcle.
Vanna Vinci confie avoir mis beaucoup d'elle-même dans son personnage - comme elle, Sophia est auteur de bandes dessinées, passionnée d'alchimie et découvre la ville de Bologne après avoir vécu en Sardaigne - et c'est peut-être cette part d'authenticité qui fait le charme de la jeune fille.

Agrémenté d'un trait plus nerveux et crayonné que par le passé, Sophia semble s'être rapproché de la bande dessinée franco-belge, délaissant quelque peu l'influence des mangas. (L'auteur avoue avoir voulu à ses débuts réunir Corto Maltese et le manga Lady Oscar - ambition qu'elle-même qualifie de folie, ce en quoi on ne la contredira pas.) Pourtant, le dessin recèle toujours les mêmes caractéristiques : le joli petit trait tarabiscoté qui serpente à travers les cases, les volutes, les paroles de chansons qui marquent les scènes d'une empreinte sonore, l'architecture urbaine très travaillée... Sophia est encore une fois une belle réussite graphique. Et puis, il faut bien avouer que les personnages de Vanna Vinci ont un look fantastique, et rien que pour ça, cet album est un régal à parcourir (« Oh la belle robe ! », « Oh le joli chapeau ! »). Dommage que le scénario peine tant à captiver quiconque ne se sent aucune affinité avec les mythes de l'élixir de longue vie ou du plomb transformé en or... Et gageons malheureusement que Sophia fera bien peu de convertis...

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