8.5/10Sinbad - Tome 2 - La Griffe du Génie

/ Critique - écrit par athanagor, le 04/09/2009
Notre verdict : 8.5/10 - Sinbad two : the bone (Ecrivez votre critique)

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Deuxième tome des aventures du marin légendaire, sauce Arleston / Alwet, dans un Bagdad et, plus généralement, un Moyen-Orient trempé dans la magie, le comique et l'horreur.

Echappé de peu à Turabah, Sinbad, malgré les instruments magiques dont ses aventures l'ont pourvu, ne pourra pas se dissimuler au flair d'Azna. Rattrapant son gibier, pour le compte de la puissante magicienne, celle-ci sera finalement victime des charmes de ce héros à la morale vacillante. Et grand bien lui fera, car elle Big boat
Big boat
pourra enfin s'affranchir du lien magique qui la liait à sa maîtresse. Accompagné de cette panthère qui peut se transformer en femme (et non l'inverse, notez bien), Sinbad entreprend de rejoindre Bagdad. En effet, il est toujours à la recherche de ses parents et sa seule piste est le collier qu'il a vu dans le reflet que lui renvoya le Cratère d'Alexandrie. Peut-être les joaillers de la grande cité sauront-ils le renseigner. Il ne sera pourtant pas à l'abri, car les messagers de Turabah parviennent à le localiser et à lui inoculer une peste bubonique plutôt salée, qui manquera de signer la fin de ses aventures.

Beaucoup moins sanguinolent et un peu plus rigolard que le précédent, ce tome parvient tout de même à faire planer ce voile de danger cru qui nimbait son prédécesseur. Plus centré sur le personnage d'Azna, du fait de l'incapacité de Sinbad à ne serait-ce que marcher, on est évidemment charmé par ce personnage de panthère / femme candide, prête à tous les sacrifices pour l'homme qu'elle aime, dusse-t-il être un goujat d'une ingratitude rosse. Pourtant, bien que l'action la prenne principalement pour point de référence, c'est comme par un paradoxe que l'histoire vient se recentrer sur l'intention première de Sinbad, à savoir la quête de ses P'tite bête
P'tite bête
parents, qu'on avait un peu perdu de vue dans l'effervescence du premier tome. Et pour continuer sur les paradoxes, une impression d'immobilité spatiale vient s'insinuer dans les impressions du lecteur, alors même que ce tome, bien plus que le premier, prend place dans une multitude d'endroits et n'hésite pas à entrecroiser les récits. Peut-être y a-t-il là une impression faussée du fait que l'urbain abrite deux bon tiers de l'histoire et que le tome se termine dans le même espace, d'une façon qui d'ailleurs serait très à sa place dans un one-shot. Ceci dit et une fois ces différences d'avec le tome 1 notées, il reste le vrai plaisir dont sont capables de nous abreuver les trois A, appuyés par Fernandez à la couleur. D'ailleurs, ces différences, envisagées par cette équipe, ne résultent aucunement en des défauts, mais démontrent plutôt une certaine aisance dans divers styles et une capacité de situer leurs récits à plusieurs niveaux.

Pour le reste, et au final l'ensemble, la symbiose est toujours heureuse entre l'humour distillé par le texte et celui envoyé par le dessin. Malgré quelques petits loupés graphiques ça et là, l'aventure reste un vrai bonheur dans nombre de domaines. L'humour donc, mais aussi cette impression de dépaysement que le dessin d'Alary, serti des couleurs chaudes de Fernandez, distribuent sans compter. Puis les talents de conteurs des co-scénaristes articulent toute l'histoire avec
clarté, malgré les imbrications survenant entre les protagonistes. On se retrouve donc avec un ouvrage capable de satisfaire la gourmandise que le lecteur sentait naître dans les pages du tome 1. Affichant ce Moyen-Orient des mille et une nuits, et y installant des personnages haut en couleurs à la répartie parfois en décalage, explorant le comique, l'érotisme mais aussi le fantastique et l'horreur, les auteurs construisent un univers qu'on finit par voir bouger et dont on entend les rumeurs. Plus loin, les intentions et états d'âme des personnages paraissent s'éclairer par l'artifice de cadrages astucieux et l'ensemble immerge le lecteur avec la même facilité que certaines fresques cinématographiques, appréciées dans l'isolement sensoriel d'une salle obscure. Les références au cinéma dépassent d'ailleurs le simple cadrage, par la mise en scène et les apparences des personnages. Les tenues sentent bon le Bagdad hollywoodien, version inconscient collectif, dans lequel Sinbad serait un Errol Flynn nonchalant. Toute cette imagerie permet, en se référant à tant de choses ressenties, de mettre en place de véritables dialogues, parsemés d'onomatopées dont l'intonation ne fait jamais aucun doute, servant avec efficacité la dynamique d'ensemble, digne d'un film d'aventure.

Une fois de plus c'est une vraie réussite, d'autant plus appréciable qu'elle ne peut être attribuée à un quelconque effet de surprise. Le format en 56 pages choisi par les auteurs est sans nul doute lui aussi responsable de l'impression positive, car, permettant un développement serein des thèmes abordés, il permet au lecteur par ces effets de longueur, de mieux s'imprégner de l'ambiance et de s'attacher à ces personnages dont il suit, dans un plus grand détail, les péripéties. Péripéties qui seront lues et relues encore dans une nouvelle attente douloureuse d'un tome 3, qui paraitra toujours trop tard.

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