9/10Sin City - Tomes 1 à 4

/ Critique - écrit par Lestat, le 25/05/2005
Notre verdict : 9/10 - Sin City (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 14 minute(s) - 2 réactions

Critique des tomes 1 à 4 : Sin City est une série qui hante l'imaginaire, en appelant à tout un patrimoine de romans noirs, de polars musclés et d'imagerie aussi évidente que fantasmée. Sin city - J'ai tué pour elle - Le grand carnage - Cet enfant de salaud

Basin City est une de ces villes construites au temps de la Ruée vers l'Or, qui au moment de la débâcle préféra investir dans un commerce plus lucratif que tomber à l'abandon. La prostitution, faisant de Basin City un trou où l'on se déplace toujours sur la seule réputation de ses filles de joie. Basin City en a hérité un sobriquet : Sin City, la ville du péché. C'est dans ce cadre propice à la déchéance humaine, à la violence et aux ruelles coupe-gorge que l'auteur Frank Miller (Dark Knight) placera durant sept tomes ses histoires de paumés, d'anti-héros, de flics corrompus, de vengeance, d'auto-justice et d'amour fantasmé. Rien n'est rose à Sin City, tout est noir, noir comme le sang sur l'asphalte, comme l'ombre cachant des visages marqués, comme les imperméables que portent des hommes désabusés à la recherche d'un but dans leur vie. Ou blanc. Pas le blanc de la pureté ou de la paix, celui du vide et de la déprime. A Sin City, la justice s'achète, les femmes sont fatales et lorsque l'on picole, c'est seul dans des bars perdus, où une voix de torrent charriant des cailloux chante quelques airs à mettre le cafard. A Sin City il n'y a pas de super justiciers et si les longs manteaux font parfois figure de cape, le seul super pouvoir qui existe est celui d'attirer les emmerdes...

Sin City
Sin City, The Hard Goodbye


Ce premier tome nous fait suivre les pas de Marv, une brute qui écume Sin City à la recherche du meurtrier d'une fille, Goldie, qui fut sienne le temps d'un soir. Un meurtre qu'on essaie de lui coller sur le dos. Une enquête musclée qui le fera se frotter aux hautes instances de Sin City. Autant dire de grandes chances d'en sortir les pieds devant...

Le premier tome de Sin City, éponyme, devait-il à la base rester orphelin ? Difficile à dire tant il s'impose autant comme un album solitaire que comme la mise en place d'un univers à part entière. Sin City nous présente en effet aussi bien un personnage central que le contexte politico-véreux de la charmante bourgade, autant de points nécessaires à la bonne compréhension ou appréciation des albums suivants, qui d'une manière ou d'une autre sont reliés entre eux. Ce personnage c'est Marv, un géant pas très malin au faciès ravagé qui préfère casser des bras plutôt que de serrer des mains. Difficile à cerner est celui que Frank Miller décrit comme "Conan en imperméable". Tantôt criminel, tantôt ange vengeur, Marv écrabouille plutôt salement quiconque lui cherche des noises, ce qui ne l'empêche pas d'avoir un code d'honneur bien à lui. Mais la personnalité de Marv est bien plus complexe que ce que sa stature laisse présager. Marv est un macho qui respecte les femmes, un schizophrène tout ce qu'il y a de plus lucide, un type qui s'embrouille dans des histoires plus grosses que lui, tout en conseillant de ne pas se mêler des affaires des autres. Un homme tout en ambivalence, désabusé et gamin à la fois. D'un sens, il faut attendre le Tome 2 pour avoir la description la plus plausible de Marv : "la plupart des gens pensent que Marv est fou, mais je ne le crois pas. Je ne dirai pas que j'ai tout pigé du comportement de Marv, mais fou, ça ne l'explique pas. (...). Je dirai plutôt qu'il n'y a rien d'anormal chez Marv, rien du tout... sauf qu'il n'a pas eu la chance de naître au bon moment dans l'histoire. Il aurait dû naître un bon millier d'années plus tôt. il n'aurait eu aucun problème alors. Il se serai senti comme chez lui sur un champ de bataille, à balancer une hache dans la gueule d'un adversaire quelconque. Ou dans une arène romaine à jouer du sabre en face de gladiateurs du même acabit que lui." Sin City, avec son scénario de vengeance et son personnage de colosse frappé, ne fait ni dans la dentelle ni dans la concession. Mais il ne tombe pas dans une outrance qui rendrait l'album fun ou tendrait vers un second degré. Si Marv, sa carrure et ses performances hors normes - voir les premières scènes, où il balaie un bataillon de policiers - peuvent injecter une certaine distanciation, certains passages le montrent en proie à la peur, au doute ou à l'émotion. C'est en passant de monstre à monstrueusement humain, avec famille et passé, que le personnage de Marv devient attachant et l'histoire plus tragique qu'elle ne l'était déjà. On retiendra la scène touchante où Marv retourne chez lui récupérer un flingue, se remémorant alors ses souvenirs d'enfance ou mentant à sa mère pour ne pas qu'elle s'inquiète. La bande dessinée reste ainsi d'une violence sèche doublée d'un pessimisme absolu. Nous sommes ici en plein polar urbain, où il n'y a ni espoir ni rédemption. Une atmosphère qui doit beaucoup à une tradition du cinéma du film noir ou du polar hard boiled. Outre ses personnages d'anti-héros, Sin City cultive en effet un goût certain pour les années 50, que l'on retrouve dans le design de certains véhicules et dans les longs imperméables que portent les protagonistes, ainsi que pour les personnages durs à cuire, à qui il ne vaut mieux pas marcher sur les pieds. Marv débute une série d'individus qui vont au fond des choses pour l'honneur ou la revanche, chacun avec un style bien à lui. Celui de Marv étant de son propre aveu plutôt dégueulasse, tabassant, flinguant ou capable d'idées aussi tordues que de râper la tronche d'un bonhomme contre le macadam, au volant d'une voiture (Dobermann style !). Tout glauque soit-il, Sin City n'est en effet pas dénué d'un aspect jouissif, contrepoids d'un retour à la réalité bien plus amer.


Mais pour que cette ambiance nihiliste puisse fonctionner à son maximum, il fallait un dessin et un graphisme capables de la retranscrire. Sin City nous introduit dans ce qui restera l'élément le plus identifiable de la série tout entière : un noir et blanc implacable, sans demi-teinte, jouant sur les ombres et les contrastes. Frank Miller accomplit là un travail assez fabuleux, tout en conservant une lisibilité excellente dans son dessin, et enchaîne des planches relevant de l'oeuvre d'art. A voir, ces quelques cases où Marv, à la fenêtre, attend que le soleil se couche, où Miller renverse les conventions, nous faisant deviner l'obscurité avec du blanc. Ou encore les séquences sous la pluie, hachures blanches dans la nuit noire, enveloppant les personnages qui y déambulent, d'une minutie démoniaque. Impressionnant, surtout lorsque l'on sait que pour réussir son coup, Miller s'acharne à dessiner les scènes dans ses moindres détails pour ensuite les faire d'ombre et de lumière.

La série Sin City s'ouvre sur un volume relevant de l'excellence, violent, sombre, tour à tour désespéré et atrocement jubilatoire. La suite est attendue au tournant et c'est attiré par la présence de Marv sur la couverture que l'on s'y jette...

J'ai tué pour elle
A Dame To Kill For

Ancien reporter, Dwight joue les paparazzis pour gagner sa vie. Sa vie deviendra plus foutue qu'elle ne l'était déjà quand son ex-femme, Ava Lord, revient vers lui. Cette femme, il a tenté de l'oublier, et il sait que la revoir le détruira. Ils finissent par se rencontrer : elle se dit en danger de mort. N'y croyant pas puis tentant d'en avoir le coeur net, Dwight tombera dans un piège qu'il n'aura pas vu venir...


Difficile de passer après un personnage de la trempe de Marv. De fait, lorsque l'on rencontre le chauve Dwight empêtré dans ses problèmes de coeur, on ne peut que ressentir une déception à l'ouverture de ce Tome 2. Pourtant la persévérance a du bon et si Ava Lord apparaît dans les premières pages comme une pleurnicheuse sans grand intérêt, elle se révèlera bientôt comme ce qu'elle est : une femme fatale dans la grande tradition du film noir, une mante religieuse, du genre manipulatrice et sexy. Si les premières pages ont du mal à convaincre, c'est tout simplement que par comparaison, ce pavé qu'est J'ai Tué pour Elle est moins expéditif et plus psychologique que son prédécesseur. Il prend le temps de se mettre en place, développant son intrigue machiavélique allant de coup de théâtre en coup de théâtre. En outre, J'Ai Tué pour Elle ne se déroule pas avant ou après Sin City, mais en parallèle. En cela, nous retrouvons Marv le temps d'un petit segment, donnant un coup de main à son pote Dwight avant de repartir vers ses propres affaires. J'Ai Tué pour Elle est également un tome charnière dans les quatre dont il est question ici, voire pour la série tout entière. C'est en effet celui qui nous présente des personnages que l'on retrouvera la plupart dans d'autres épisodes. Outre Dwight, présent dans Le Grand Carnage, nous faisons connaissances de Gail et quelques autres prostituées, déjà présentes dans Sin City puis en tête d'affiche dans Le Grand Carnage, de Miho, "mortelle petite Miho", Asiatique mutique et fine lame qui protège les filles de joie, que l'on retrouvera toujours dans Le Grand Carnage, mais aussi à l'honneur dans Valeurs Familiales (Tome 5), de Manute, Noir herculéen semblant sortir tout droit d'un James Bond, présent dans Le Grand Carnage encore une fois et sauf erreur, dans L'Enfer en Retour (Tome 7), ou encore des inspecteurs Mort et Bob, qui eux ne sont pas présent dans Le Grand Carnage mais qui feront une apparition dans Cet Enfant de Salaud. Signalons enfin l'approfondissement d'un personnage incontournable de l'univers de Sin City, à savoir la danseuse Nancy Callahan, beauté intouchable se trémoussant à moitié nue dans une boite à country, protégée des mains baladeuses par un certain Marv. J'Ai Tué pour Elle, c'est aussi une première présentation de la Vieille Ville, le quartier des prostituées, où les filles portent des flingues et où la police ne s'aventure pas. En cela, il est étrange que Robert Rodriguez ne se soit pas intéressé à ce volume dans son adaptation (juin 2005) pour passer directement de Sin City au Grand Carnage. Si la transposition est littérale, les néophytes de la BD auront sans doute un peu de mal à s'y retrouver.

Mais ce serait injuste de ne voir surtout en J'Ai Tué Pour Elle qu'un tome d'exposition. Moins brutal et plus mélancolique, J'Ai Tué pour Elle fait preuve d'une richesse d'écriture exemplaire, bien plus fouillée que le premier Tome. Entrecroisant le temps de quelques scènes son intrigue avec celle de Sin City, Frank Miller pousse le vice jusqu'à redessiner des passages de ce dernier à l'identique, mais sous un angle différent. Un exemple superbe se situant dans un bar où Marv malmène un informateur, vu de droite dans Sin City, de gauche dans J'Ai Tué pour Elle, détails compris. Cet épisode apparaît aussi comme plus sombre que le premier - qui n'était déjà pas particulièrement joyeux - malgré la présence de Marv apportant une note plus légère, rétamant un touriste ivre trop irrespectueux de la serveuse ou prenant trois types à lui tout seul. Nous suivons là un homme manipulé, traqué, au bord du gouffre. Là où Marv n'était de toute manière pas un enfant de coeur, Dwight est un pauvre gars qu'on vient à prendre en pitié. J'Ai Tué pour Elle s'achève dans un nihilisme absolu, conclusion brutale laissant nombre de questions en suspens. Aurait-il pu en être autrement...

Avec J'Ai Tué pour Elle, Frank Miller franchit un pallier dans la présentation de son univers et nous offre une histoire vénéneuse et intelligente, remarquable en tout point. Son seul tort est de passer après Sin City, Marv faisant partie de ces gueules qui ne s'oublient pas...

Si vous ne connaissez pas Sin City et souhaitez le faire par vous-même, il est préférable de ne pas lire la partie suivante consacrée au Tome 3, faisant suite à un point essentiel de cette aventure.

Le grand carnage
The Big Fat Kill

Une nuit dans la Vieille Ville, Miho abat un quatuor de clients trop entreprenants. Parmi eux, un homme qui s'avèrera être Jack Rafferty, un policier. Si l'affaire se répand, c'en est fini de la trêve qui régnait alors entre les flics et les filles. Dwight, présent sur les lieux, tentera de faire disparaître les corps...


Pas très épais et au scénario un peu simpliste, Le Grand Carnage fait en quelque sorte office d'épisode de repos après les deux monstres qu'étaient Sin City et J'Ai Tué pour Elle. Chronologiquement, il se situe un peu à part, une scène clin d'oeil nous laissant penser à un an après les évènements de Sin City et donc de J'Ai Tué pour Elle. Le Grand Carnage reprend le personnage de Dwight, qui au dernier acte du Tome 2 se fait changer le visage et reprend ses instincts de tueur professionnel, et qui de fil en aiguille sera une nouvelle fois confronté au trouble Manute. Si Le Grand Carnage ne nous apprend pas grand chose de nouveau et ne nous présente aucun nouveau personnage - le nouveau Dwight mis à part -, il a pour lui de développer l'univers en place, principalement celui de la Vielle Ville, ce qui n'était qu'esquissé dans le Tome 2. Vous l'aurez compris, Le Grand Carnage s'intéresse principalement aux figures essentielles que sont les prostituées de la ville, sorte de tribu d'Amazones a qui il ne vaut mieux pas chercher des noises. L'intrigue en elle-même vaut ce qu'elle vaut et à défaut d'atteindre des sommets d'écriture - elle est d'ailleurs un peu expédiée - reste néanmoins efficace et riche en coups de pétoire, jusqu'au final justifiant son bien beau titre. Aussi bien d'un point de vue scénaristique de graphique, Miller ne prend pas trop de risques, pas de fulgurances à noter dans cet épisode. On retiendra tout de même une scène bien barrée où Dwight, dans un délire paranoïaque, converse avec une tête de cadavre. L'album est assez court, moitié moins pourvu que ses illustres prédécesseurs et si l'on est en droit de rester un peu sur sa faim, il s'avère toujours agréable. Le côté voix-off des réflexions de Dwight, déjà présent dans J'Ai Tué pour Elle, apporte également un cachet supplémentaire.

Le Grand Carnage est donc essentiellement là pour explorer un peu plus l'univers de la série, Dwight et la Vielle Ville en tête. Sans être bâclé, il fait surtout office de défouloir. Toutefois, il ne peut pas totalement être considéré comme un épisode à part et a sa place dans la série, par le biais de personnages traits d'union que sont Dwight et Manute. Bref, pas grand chose à en dire, si ce n'est que Miller reprend des forces avant de nous envoyer un bon coup de Magnum dans les dents...

Cet enfant de salaud
That Yellow Bastard

Dernier jour pour l'Inspecteur Hartigan. Handicapé par une insuffisance cardiaque, il aurait pu rester peinard à son bureau, à attendre la retraite. Mais il ne pouvait pas partir sans finir le boulot. Le boulot, c'est le fils du sénateur Roark, un pédophile qui détient la petite Nancy Callahan, future nouvelle victime. Passant outre les avertissements de son collègue, il sauve la fillette et réduit à l'impuissance le fils Roark. A Sin City, la corruption est de mise : trahi par son coéquipier et victime d'une machination du sénateur, Hartigan est envoyé en prison. Huit ans plus tard, il est relâché. Mais alors qu'il retrouve Nancy, devenue une jeune femme de 19 ans, voila qu'un homme étrange se dresse contre lui...


La série Sin City a ses références, plus cinématographiques que littéraires, et avec Cet Enfant de Salaud, il est clair que Frank Miller s'est souvenu de Clint Eastwood et de l'Inspecteur Harry. Au point de lui chiper son arme fétiche, le fameux Magnum .44 et son rugissement si particulier. Sans parler de quelques poses typiques semblant sortir entre autre de Sudden Impact. Pourtant, Cet Enfant de Salaud semble également lorgner, enfin pourrait-on dire, vers une tradition plus directe du comic-book, dont Miller avait jusque là savamment évité les grandes lignes. On trouve ainsi des méchants assez atypiques - voir les deux porte-flingues Shlubb et Klump, au langage outrageusement châtié - le summum étant bien sur le Yellow Bastard du titre, nain jaunâtre et difforme dans la grande tradition des ennemis au physique un peu burlesque que combattent les super héros. Sauf que le Yellow Bastard n'a rien d'un personnage involontairement comique et s'avère hautement inquiétant et sadique. Situé chronologiquement avant le premier tome et présentant pour la première fois un personnage principal du bon côté de la Loi, Cet Enfant de Salaud est un excellent épisode, avec Sin City le meilleur parmi les quatre traités ici. Trouvant héritage dans les deux premiers tomes, Cet Enfant de Salaud réunit l'aspect sans concession et pessimiste de Sin City et le flottement noir qui hantait J'Ai Tué pour Elle. Tout à la fois flic expéditif préférant les pruneaux à la parole et homme brisé par des rouages machiavéliques, Hartigan est une sorte de fusion entre l'humanité de Dwight et l'incohérence de Marv. Car tout comme Marv, Hartigan n'est pas à sa place là où il se trouve. Marv est une brute d'un autre temps. Hartigan est quelqu'un de droit parmi les corrompus, un bon flic parmi les achetés, un homme garant de la morale dans une ville où cette valeur est galvaudée. A sa sortie de prison, plusieurs cercles infernaux se présentent alors pour Hartigan, dont les issues sont incertaines. Refaire arrêter Roark Junior et subir à nouveau les foudres de son sénateur de père. Se ranger alors qu'il n'a pas fini sa mission, d'abord au service de la Loi puis de Nancy Callahan dont il est devenu le protecteur. Ne connaître ni le repos ni la tranquillité d'esprit. Cet Enfant de Salaud est une histoire d'une noirceur abyssale, violente et sans échappatoire, où il n'y a pas de place pour la justice et l'amour...


Graphiquement, Miller a encore fait des merveilles, éclatant ses cases, présentant des scènes sur une ou deux pleines pages, où les décors pèsent tels des épées de Damoclès et où le noir semble envelopper les personnages pour mieux les engloutir. Pour la première fois, il s'autorise une discrète incursion de la couleur. Le Yellow Bastard, répugnante tache jaune dans cet univers de contraste si pur mais aussi seul personnage libre d'un monde monochrome.

"L'erreur, le crime et l'adultère : voilà tout ce qui rend les hommes intéressants." - Raymond Queneau


Sin City
est une série qui hante l'imaginaire, en appelant à tout un patrimoine de romans noirs, de polars musclés et d'imagerie aussi évidente que fantasmée. Considéré davantage comme des romans graphiques que de réelles bandes dessinées, ce ne serait pas juste que de sortir ces albums du neuvième art, tant au contraire ils doivent leurs ambiances uniques à leurs dessins si particuliers. Car c'est bien ce noir et ce blanc si intelligemment travaillés qui confèrent à ces quatre tomes cette aura si particulière, les scénarios étant à bien y réfléchir bien classiques. Il n'y avait que ce noir et blanc pour faire ressentir ces ruelles sentant le vomi et l'alcool, ce pessimisme qui enveloppe les aventures comme des chapes de plomb et surtout cet aspect hors du temps un peu feutré. Longtemps réputée comme inadaptable, la série Sin City, qui aura tant emprunté et donné au cinéma, se verra portée à l'écran par Robert Rodriguez, par le biais d'un film à sketch comprenant Sin City, Le Grand Carnage et Cet Enfant de Salaud, tout ceci sous la tutelle de Frank Miller himself. Si ce choix d'épisode peut paraître étrange et qu'il est impossible de se prononcer sur la qualité du film avant de l'avoir vu, la bande-annonce ne laisse plus aucun doute sur le respect de l'univers visuel. Sans parler d'un casting au petits oignons : Mickey Rourke en Marv, Jessica Alba en Nancy, Bruce Willis en Hartigan... Là où Rodriguez est attendu au tournant, c'est sur la violence et la noirceur de son adaptation. Verdict en juin 2005.

(Remerciements aux Editions Rackham. Crédit photo : Nico Torres)

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