8/10Shutter Island

/ Critique - écrit par riffhifi, le 30/10/2008
Notre verdict : 8/10 - L'île de la tentation ? Non, c'est à côté (Ecrivez votre critique)

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Le romancier américain Dennis Lehane adapté avec talent par l'artiste Christian de Metter : un polar trempé dans la folie noire, dans un récit aux tons verdâtres qui fera le régal des amateurs.

Le romancier Dennis Lehane a le vent en poupe à Hollywood ces dernières années : ses polars sont adaptés aussi bien par les vieux briscards comme Clint Eastwood (Mystic River en 2003) que par les cinéastes débutants comme Ben Affleck (Gone baby gone). Il n'y avait pas de raison que la bande dessinée se refuse à tremper dans l'univers du bonhomme : dans le cadre de la jeune collection Rivages/Casterman/Noir, c'est Christian de Metter qui se colle à l'exercice, choisissant d'adapter Shutter Island publié par l'écrivain en 2003. Il coiffe ainsi au poteau... Martin Scorsese, dont la version filmée sortira en France dans près d'un an, avec rien moins que Leonardo DiCaprio, Ben Kingsley, Mark Ruffalo et Emily Mortimer !


Boston, années 50. Teddy Daniels et Chuck Aule sont deux marshals envoyés sur Shutter Island pour y enquêter sur les expérimentations étranges que les médecins font sur leurs patients mabouls. Accueillis à leur arrivée par le docteur Cawley, les deux hommes se posent rapidement un faisceau de question : pourquoi ne rencontrent-ils pas le docteurs Lester Sheehan, quel mystère peut leur dévoiler la pauvre Rachel Solando qui a tué ses propres enfants ?... Teddy a même ses propres raisons pour mettre les pieds sur l'île, raisons qu'il ne compte pas forcément partager avec son nouveau partenaire...

L'intrigue, on le voit, est dense et tortueuse, et occupe sans peine les 121 pages de l'épaisse bande dessinée à couverture souple proposée par Casterman. Les amateurs de polar y trouveront leurs marques, la plupart des éléments sont codés jusqu'au bout des ongles et l'ensemble est habilement agencé pour mettre le lecteur sur certaines pistes en espérant qu'il suive les fausses pour être mieux surpris au final. Que l'on se laisse ou non prendre au jeu du suspense et des twists, on appréciera sans peine l'atmosphère indéniablement "film noir" créée par le dessin du talentueux de Metter. Avec sa colorisation quasiment monochrome,
fluctuant doucement entre l'ocre et le verdâtre, il installe un malaise palpable qui vient renforcer l'environnement malsain constitué par le cadre confiné de l'hôpital psychiatrique ; les moments de rêve ou d'hallucination, colorisés de façon plus vive et "réaliste", contrastent d'autant mieux avec le reste.

L'album n'est pas exempt de défauts : on peut déplorer par exemple le changement occasionnel de physionomie des personnages, d'autant plus gênant quand on peine déjà à distinguer les deux inséparables marshals qui poussent le mimétisme jusqu'à arborer le même costume. Mais la lecture n'en est pas réellement entravée, et s'avère même de plus en plus prenante à mesure qu'on avance dans l'histoire. On se gardera bien d'en dévoiler les circonvolutions à ceux qui n'auraient pas lu le roman, mais on recommandera chaudement de se jeter sur cette vision inspirée sans attendre celle de Scorsese...

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