7.5/10Le Seigneur des couteaux - Tome 1 - Frères de sang

/ Critique - écrit par riffhifi, le 14/04/2008
Notre verdict : 7.5/10 - Le saigneur dégoûté (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 2 minute(s) - 5 réactions

Si vous pensez que votre formation imposée par les RH est trop rude, venez voir ce que ça donne dans une secte d'assassins iranienne au XIIème siècle. Vous y apprendrez l'humilité et découvrirez le début d'une série très esthétique.

1177. Le seigneur des couteaux n'est pas un personnage de Tolkien qui se serait trompé d'accessoires, mais le chef d'une secte d'assassins, une véritable école destinée à former ses jeunes recrues à devenir des tueurs sans conscience, dévoués entièrement à leur tâche et prêts à sacrifier leur vie sans hésiter. Une secte si populaire que même le Saint-Père de l'église de Rome envisage de recourir à ses services... Du côté des élèves, Yacine et Selim s'opposent violemment à propos du jeune Hicham : le premier en fait sa tête de Turc, le deuxième décide de le protéger. Mais un apprenti assassin peut-il avoir un ami ?...


Ce qui frappe immédiatement dans l'album, c'est la grande qualité picturale du travail de Fabien Rondet : baignées dans les tons jaunes, voire verdâtres, qui confèrent aux scènes les plus ensoleillées un aspect glauque et oppressant, les images réussissent le tour de force peu commun d'être à la fois efficaces et esthétiques, semi-réalistes et stylisées. Un petit bémol peut-être pour les scènes nocturnes, parfois trop sombres pour être pleinement appréciées, mais une mention spéciale pour les pages 24 et 25, où les éléments déchaînés mettent en exergue la violence des sentiments et des actions. Impressionnant.

Le scénario, quant à lui, fait dans la provoc : raconter l'histoire d'une école d'assassins arabes qui se sacrifient pour leur cause, c'est évoquer une actualité sensible même à mille ans du récit. Pourtant, Henscher évite habilement la politique et la polémique, en se concentrant essentiellement sur les personnalités des jeunes élèves. Un peu caricaturale, l'opposition entre Yacine et Selim est pourtant un moteur pertinent de l'histoire : l'un est doué de compassion, l'autre est égoïste et agressif, mais tous deux ont cette même jeunesse et cette même
immaturité qui les empêchent d'être les assassins inhumains que le seigneur des couteaux aimerait faire d'eux. Violent, leur conflit mènera à une fin d'album saisissante, qui donne envie de voir sortir le tome 2 au plus vite pour savoir ce que les auteurs feront de l'histoire.

On s'en doute, un tel univers est presque exclusivement masculin : les femmes de l'album se comptent sur les doigts d'une main de Simpson, et les deux seules à avoir droit à une ligne de dialogue sont respectivement une maman et une putain. Symbolique, à n'en pas douter. Les jeunes protagonistes ont encore du chemin à parcourir, et on se demande ce qu'il adviendra d'eux et de leur humanité aux mains du seigneur des couteaux...

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