2.5/10Section financière - Tome 1 - Corruption

/ Critique - écrit par iscarioth, le 17/01/2006
Notre verdict : 2.5/10 - Calibré, typé, froid et impersonnel (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

Une bande dessinée à fuir. A part, bien sûr, si le néant psychologique ne vous effraie pas et si vous deux principales références en BD sont Largo Winch et IR$...

Western financier

Dans les années quatre-vingt-dix s'est développé en bande dessinée franco-belge un courant, largement inspiré des séries policières et films américains, celui du western financier. Un dérivé du polar, axé sur les magouilles de grande envergure, sur le monde de la finance et du pouvoir. Les deux très grandes séries du genre sont bien connues du grand public, il s'agit de IR$ et de Largo Winch. En ce début 2006, Vents d'Ouest investit le genre en lançant en grande pompe Section Financière. La maison d'édition, au catalogue jusqu'alors assez pauvre en séries du genre, organise une grande promotion autour de l'album. La série est, dit-on, « scénarisée par un expert » (Actuabd). L'expert en question est un avocat de renom, et il se nomme Richard Malka. Spécialiste du droit de la presse, l'individu est notamment reconnu comme étant l'avocat attitré du journal Charlie Hebdo. Malka, professionnel du droit, serait-il pour autant un excellent scénariste ?

Punch lines power

Si quelqu'un me demande de lui résumer en quelques mots ce qu'est Section financière, je lui répondrai qu'il s'agit d'un western financier tout ce qu'il y a de plus banal. Le héros, Eval Caïn, est chef de la section financière du parquet de Paris. Il enquête sur le détournement de fonds provenant du FMI. Forcément, Eval est une belle gueule. Un latin classieux qui sait, comme tous ceux l'entourant, dégainer les bonnes-phrases-qui-tuent au bon moment. Comme souvent, dans ce genre d'entreprise, les dialogues sont aussi mauvais que les personnages sont stéréotypés. On met en place les protagonistes à l'aide de quelques phrases gonflées au charisme et bien balancées censées nous montrer toute l'étoffe et l'envergure des personnages. « Un juge sans vices, ce serait un peu comme un médecin qui n'a jamais souffert », « La blonde russe, c'est comme le poisson, ça vieillit mal ». Ces citations ne sont que deux exemples parmi une flopée d'autres punch lines rouillées. Section Financière rappelle la répartie caricaturale de films policiers aux tons trop prononcés comme 36 quai des orfèvres d'Olivier Marchal. A trop vouloir montrer que nos héros en ont dans le pantalon, on sombre dans le ridicule le plus total.

Vroum ! Baoum ! Blam Blam ! Skreeeee !

Section financière ne vous épargnera rien. Des courses poursuites en voiture, des explosions, des meurtres et bien sûr... l'inévitable et minuscule scène d'érotisme. Excusez par avance les quelques spoilers que je m'apprête à réaliser - ou passez au paragraphe suivant - mais il m'est impossible de faire comprendre la médiocrité de l'album sans dévoiler quelques passages du scénario. Les thèmes les plus surexploités sont réutilisés : l'histoire d'amour complètement idyllique, la trahison du vieux copain, la mort d'une jolie blonde soufflant ses dernières déclarations d'amour dans les bras de son amant... Du gros, du lourd, de l'innovation ! Section Financière, c'est un peu un concentré de tous les éléments qui font d'un film policier américain un nanar d'action.

Bande infographique

Vous vous doutez bien que graphiquement non plus l'album ne fait pas dans l'expérimental. Pour accompagner un scénario très calibré, il nous faut un dessin classique, sans excès de style. Le dessin de Mutti est donc réaliste et sans bavure. Fade et transparent. Les contours noirs de chaque visage et objet s'effacent sous le poids graphique d'une coloration à l'ordinateur extrêmement détaillée. On ne peut pas dire que le travail soit bâclé. On observe des reflets dans l'eau et sur les sols, un travail sur la lumière et sur les ondulations des visages. L'utilisation de la trame infographique est récurrente. Les trames occupent une grande partie de l'espace des vignettes : sols, plafonds, murs, ciel... Le résultat est un bloc froid et impersonnel. Face à tous ces collages photographiques, on serait plus tenté de parler de « bande infographique » plutôt que de bande dessinée.


Une bande dessinée à fuir. A part, bien sûr, si le néant psychologique ne vous effraie pas et si vous deux principales références en BD sont Largo Winch et IR$...

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