9/10Secrets : L'écorché - Tome 2

/ Critique - écrit par riffhifi, le 16/10/2007
Notre verdict : 9/10 - Les dents de l'amer (Ecrivez votre critique)

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Inutile de bouder l'album : L'écorché est une lecture de tout premier ordre, et un diptyque à ranger soigneusement à l'étage des bandes dessinées « qui ont de la gueule ».

En avril 2006, Frank Giroud proposait dans sa série Secrets la première partie de L'écorché, co-écrit avec Florent Germaine. Rappelons que les Secrets, histoires en deux ou trois volumes (deux dans le cas présent), ont pour but d'exhumer des histoires de familles vieilles d'un siècle ou deux, souvent tues par des gens qui préféraient cacher ce qu'ils considéraient - souvent à tort aux yeux du lecteur d'aujourd'hui - comme honteux. Ce premier tome était d'une force évocatrice et d'une beauté graphique assez rares pour être remarqués. Si cette deuxième partie est légèrement en-deçà de la première, essentiellement pour cause de narration à résoudre, elle reste néanmoins une conclusion de grande qualité à une histoire fascinante...

L'apparence de Tristan prend de l'âge
Tristan prend de l'âge
Tristan Paulin peut faire penser au Shadow, ce personnage de pulp et de comic book qui inspira Bob Kane pour la création de Batman. Echarpe rouge, nez aquilin, regard sombre et manteau long, il n'a pourtant rien d'un justicier de la nuit : né en 1875 avec une malformation de la mâchoire, il grandit dans l'ignorance de l'identité de sa mère et devint peintre contre toute probabilité, en utilisant comme pigments les restes de l'abattoir où travaille son père adoptif. Ce deuxième album s'ouvre sur un Tristan de 46 ans, désormais capable de parler grâce aux progrès de la médecine après la Première Guerre Mondiale (il constate d'un ton désabusé qu'il doit son opération aux mutilés de guerre), qui raconte son histoire en partant du point où on l'avait laissée précédemment. De révélations en révélations, les secrets de ses origines nous apparaîtront dans toute leur cruelle absurdité...

Peinture au sang, pas à l'eau de rose
Peinture au sang, pas à l'eau de rose
Comme le précédent, l'album est une réussite picturale. Chaque case est une véritable œuvre d'art, et Ruben Pellejero parvient toujours à rendre attachant et expressif le mystérieux Paulin, qui semble sourire lorsqu'il souffre, du fait de la curieuse disposition de sa bouche. Pellejero est même amené à représenter les peintures de l'artiste, véritables œuvres dans l'œuvre, aux teintes rouge sang (évidemment) et à l'inspiration digne d'un Jérôme Bosch. Ce qui ne l'empêche pas de représenter la douceur sous les traits de Mathilde, la malhonnêteté veule sous ceux de Valère, les remords et les regrets de tous les protagonistes...

Sans verser dans le pathos facile - Tristan, malgré son nom et les évènements, fait même preuve d'une belle force de caractère et d'une attitude extrêmement positive - le scénario dépeint des personnages complexes, peinant à vivre avec les choix qu'ils ont faits. S'il fallait faire un reproche à cet album, ce serait d'avoir éclipsé cette approche des personnages au profit de la résolution du récit : Giroud et Germaine se retrouvent évidemment obligés de démêler l'écheveau tortueux des secrets et des mensonges qui entourent l'identité de Tristan, et le tout prend un tour légèrement feuilletonesque bien qu'on suppose l'histoire partiellement véridique. Inutile pourtant de bouder l'album : L'écorché reste une lecture de tout premier ordre, et un diptyque à ranger soigneusement à l'étage des bandes dessinées « qui ont de la gueule ». Une très belle réussite de Giroud, qui doit certainement beaucoup à son co-scénariste, et encore plus à l'artiste Pellejero.

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