Le dernier et ultime tome de la saga Sandman est enfin édité. C'est le moment de sortir nos petits mouchoirs et de rêver de l'avenir. Le récit reprend là où l'ancien s'était arrêté, c'est à dire à la mort du roi des rêves (Morphée). Mais le rêve peut-il mourir ? Peut-on tuer un concept tel que le rêve ? La réponse était non car Morphée était mort mais Dream était bel et bien vivant. Cela peut sembler déroutant mais tout s'explique dans un royaume aussi créatif que celui des songes.
Le roi est mort, vive le roi !
La première moitié de ce volume (qui est moins épais que le précédent) se concentre sur le récit proprement dit. On assiste donc à la suite des évènements du tome 9. Le roi des rêves est mort et ses frères et sœurs préparent l'enterrement. Le lecteur est d'emblée inclus dans le récit. Le lecteur est un hôte du royaume des songes et il est normal qu'il assiste aux préparatifs et à la cérémonie. Tout est orchestré dès lors, comme si l'on assistait aux évènements. On y assiste presque incrédule et les bulles ne cessent de nous rappeler notre condition d'invité.
Tout le monde est invité d'ailleurs mais peu s'en souviendront vraiment. Certains rêves restent en nous sans que jamais nous n'y accédions vraiment. Si la frontière est floue entre lecteur, rêve et comics, le dessin quant à lui gagne en clarté. Les détails fourmillent, les traits sont précis, les couleurs tranchées. Le nouveau roi impose son style et son esprit, lavé des pêchés du père, clarifie le graphisme. Le nouveau roi va accueillir les protagonistes les plus marquants des tomes précédents. Il leur démontre dès lors qu'il est Dream mais plus Morphée mais il n'est pas non plus le fils de Lyta tout en l'étant un peu. Il est une entité nouvelle. Il connaît ses pouvoirs et le savoir de son prédécesseur mais son esprit est celui d'un "homme" nouveau.
Les serviteurs morts reviennent à la vie pour la plupart, le château reprend son allure d'antan et le royaume refleurit à nouveau. Chacun reprend sa place. Seul Matthew le corbeau semble hésiter car il est le seul qui n'arrive pas à oublier la personnalité de Morphée. Il finirait par faire son deuil et accepter le nouveau roi. Avec toutefois une pirouette que seul notre corbeau préféré pouvait réaliser.
Les réflexions sur le rêve, la mort ou encore le renouveau peuple cette première partie qui se laisse découvrir avec plaisir. Un chapitre se clôt et l'on regrette déjà que cela se finisse.
Pour nous consoler Gaiman nous livre quelques récits sur le royaume du rêve. Le nouveau roi et Morphée vont être des personnages secondaires mais la force de ces héros va expliquer cet état.
1001 nuits
Les histoires qui suivent nous relatent les évènements qui sont survenus à des rêveurs connus ou inconnus.
L'un d'entre eux est un ministre chinois en exil qui va être balloté au gré de l'histoire et d'une tempête de sable. Le dessin sous forme d'estampe est un ravissement. Le lecteur, tout comme le héros, se laisse emporter dans les sables du temps et du désert pour revivre certains évènements. Le côté estampe accompagne à merveille le rêveur de ce récit. Nos rêves suivent-il également ce parti visuel lorsque l'on a vécu au milieu d'un monde aussi grand et organisé que l'Empire chinois ?
Le second récit est celui d'un héros connu des lecteurs de la série. Il est immortel et les femmes qu'il a aimées peuplent son esprit. L'une d'elle justement l'emmène à une kermesse qui reproduit la vie du 18ème siècle. Cet endroit va lui rappeler ses amours mais surtout ses démons. L'esclavagisme, les tortures, les odeurs âcres et la bière chaude semblable à l'urine. Le héros va devenir quelque peu bougon avant de s'endormir. Le roi des rêves va alors lui octroyer une pause et surtout quelques conseils. Le style graphique est en accord avec le côté médiéval du lieu puisque l'on croirait lire certaines bandes dessinées européennes.
Le dernier récit qui clot cet album est un récit enchanteur. Nous suivons William Shakespeare dans la rédaction de sa dernière pièce. Nous découvrons avec une véracité redoutable son passé, sa famille, sa fille, ses amis. Nous apprenons que son plus grand mécène a été Dream. Ce dernier est d'ailleurs le commanditaire d'une ultime pièce : Songe d'une nuit été. L'écrivain, à travers ses doutes, nous raconte la difficulté d'écrire et de faire rêver. Shakespeare est vieux (50 ans) et l'on découvre un auteur qui ne fait pas l'unanimité dans une période qui n'apprécie que peu de choses à part les cadavres et l'ambiance des tavernes.
Ce dernier tome de Sandman clôt avec brio la série. Neil Gaiman a su nous entraîner dans son univers. Les artistes qui l'ont aidé ont bien servi son récit. Les couvertures qui jalonnent la série sont un bel ouvrage également. Elles permettent de se plonger dans l'ambiance si particulière de cette saga.
Les funérailles devaient avoir lieu mais l'avenir a été préparé. Dream est mort et Dream a pris le pouvoir. Une époque qui se termine entraîne forcément un peu de larmes mais Gaiman a su nous les sécher en nous livrant des petites histoires annexes. A la manière d'un parent prévoyant, il a balayé la tristesse qui nous gagnait. Il n'a dès lors laissé que la satisfaction.
Ce tome est certes plus court que les autres mais il est peut-être le plus puissant. L'univers est maîtrisé, le dessin adequat. L'efficacité du rythme contribue également à porter ce tome vers les hautes sphères des comics.
Un rêve éveillé en quelque sorte.

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