1/10Le sale petit con

/ Critique - écrit par Maixent, le 26/01/2012
Notre verdict : 1/10 - "Quand on est con, on est con" (Ecrivez votre critique)

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Une nouvelle orientation pour Tabou, qui n'est pas vraiment convaincante, avec ce récit sur la frustration et la difficulté des relations affectives dans notre société contemporaine.

Que Tabou veuille continuer à diversifier son catalogue, c’est plutôt une bonne chose. Prendre des risques en matière d’édition n’est plus vraiment d’actualité, chacun campant sur ses certitudes, et il est rassurant de voir que certains ont encore le courage de varier leurs produits. Mais bon, même si tout cela part sans doute d’une bonne idée, il ne faut pas se lancer dans le n’importe quoi, sous prétexte que c’est à la mode.
Il y a quelques années, on a vu l’émergence d’une nouvelle forme d’expression, le
L'amour au téléphone
blog BD. Il y a eu de nombreuses discussions à ce sujet, mais il ne faut pas oublier que le blog bd n’est pas un mouvement artistique, plutôt un outil que certains ne savent pas vraiment utiliser. Tout le monde ne peut pas s’improviser scénariste et dessinateur de bande dessinée et si, depuis quelques années, on a pu s’habituer à des styles graphiques simplifiés, si le scénario peut prendre le dessus sur la qualité du dessin, ce n’est cependant pas facile à réaliser et c'est extrêmement casse-gueule comme exercice, d’où une multitude de blogs bd sur la toile qu’il ne faut surtout pas imprimer.  
Le Sale petit con est l’illustration même de truc à la mode absolument pas maîtrisé, qui n’apporte rien même si l’on essaye de nous faire vibrer sur la corde de l’intime et donc du bovarisme. Dans un pays culturellement nombriliste, l’autofiction
Énième tentative
littéraire et égotique touche aussi la bande dessinée. Bien sûr, parler de soi en bande dessinée n’est pas un fait nouveau : il y a l’underground américain qui fait ça très bien à l’instar de Robert Crumb ou Joe Matt ; en France aussi, les bd girly de Pénélope Bagieu, ou celles traitées sur le style du journalisme d’investigation de Guy Deslile mettent en scène l’auteur lui-même, mais chacun à sa manière réussit à toucher à une certaine universalité en partant de soi et peut ainsi toucher les lecteurs à plusieurs niveaux.
Ici les héros sont deux caricatures d’eux-mêmes dont on ne veut surtout par connaître l’existence pathétique, le mec un peu connard, juste ce qu’il faut pour mettre en avant sa lâcheté et sa paresse, la copine bourrée de complexes et vraie chieuse insupportable. L’auteur nous parle d’une relation laborieuse et poussive entre ces deux névrosés incapables d’aimer correctement et de se laisser aller à un peu de plaisir. Tout est poussif. Lui, le chien, est incapable de dévoiler ses sentiments,
Drama queen show
cache sa lâcheté sous une prétendue virilité et tente vainement de dominer la situation en donnant des conseils foireux. Elle, le chat, ne dit rien et prétend que ses problèmes sont tout de même résolus, s’enferme dans une honte de soi névrotique et n’a trouvé comme solution pour surmonter ses traumatismes que de rougir bêtement et d’être une chieuse au lit et ailleurs. En gros, les deux ont des caractères qu’on a pu observer à un petit niveau chez chacun de nous mais ici, poussés à l’extrême, histoire qu’on comprenne bien.
En plus du fait que les personnages sont exactement le type de gens à éviter comme la peste dans la vraie vie, leurs discussions sont stériles et n’apprennent rien au lecteur. On s’ennuie. On attend des pages et des pages pour savoir s’ils vont dormir ensemble. On est dans une narration à la Twilight qui s’étire en longueur et plonge le lecteur dans une apathie telle qu’il est difficile d’arriver jusqu’au bout pour découvrir cette fin prévisible.
Comme dit Maadiar dans sa critique bd sur gonzai.com on découvre ici « la vie sexuelle des blaireaux » et on comprend le propos de l’auteur, cette incompréhension entre deux êtres qui tentent malgré tout de s’aimer, le poids des traumatismes et cette réflexion sur les rapports entre les êtres dans une société où tout le monde est sensé passer par la case psy, et l’idée est loin d’être inintéressante, mais au final on ne trouve que des lieux communs et aucune finesse dans les propos ou dans le dessin.

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