8.5/10Le Rêve de Jérusalem - Tome 1 - La milice sacrée

/ Critique - écrit par iscarioth, le 21/01/2007
Notre verdict : 8.5/10 - Du sang, du cerveau, des tripes et des boyaux ! (Ecrivez votre critique)

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Mêlant la religion aux tripes, saupoudrant le tout d'un voile fantastique, Marty et Thirault ont créé là ce qui semble pouvoir devenir la nouvelle référence du genre médiéval.

Du sang, du cerveau, des tripes et des boyaux ! N'en déplaisent aux bédéphiles les plus hargneux, cinéma et bande dessinée vont sur bien des sujets de pair. Et dans le domaine de la violence (la vraie), on relève plus d'une similitude. Les snuff movies, les films gores réalisés avec trois sous et diffusés dans l'underground cinéphilique et les BD crasseuses et violentes, tâchées de sang à chaque page, ont bien un point commun : la sensibilité d'un public spécialisé.


Le rêve de Jérusalem
fait plaisir à lire. Et pardonnez moi si sur cette affaire, ma sensibilité l'emporte sur le devoir critique. Le rêve de Jérusalem est une série comme on n'en a plus lu depuis trop longtemps. Rappelez-vous de Foc, dans les années quatre-vingt, de René Durand et Yves Bordes, qui introduisait son premier album par une scène de viol accompagnée d'une affreuse mutilation vaginale. Introduction effroyable d'une série qui, du début à la fin, tiendra ses sanguinaires promesses. Lors de la décennie suivante, Jean-Yves Mitton nous enchante d'écoeurement avec ses Chroniques barbares, et ce premier album tout entier constitué d'un gigantesque carnage. Enfin, dernier avatar du genre, Tarvel et Aouamri livrent à peu près dans le même temps Mortepierre, ses nonnes dévoreuses d'âne et son homme tronc phallique. Si l'on s'amuse à rappeler cette petite histoire de tripes, ce n'est pas seulement par nostalgie, mais aussi parce que Marty et Thirault se montrent parfaitement dignes de cet héritage. L'affiliation se sent dès la première de couverture, avec ce cavalier qui fend le crâne d'un soldat au coeur d'une bataille, d'un coup d'épée.


Le rêve de Jérusalem
, comme son nom l'indique, nous parle de la guerre sainte menée glaive au point pour la reconquête des terres sacrées par les chrétiens. Rien de probant ici, le cadre historique ne servant que de décor au déchaînement de la violence fanatique. A l'image d'un Conan le barbare version cinématographique, Le rêve de Jérusalem est un véritable « opéra de la violence », pour reprendre l'expression d'un confrère. A chaque planche, on croirait entendre le bruit sourd de la cavalerie qui charge, le crépitement des enceintes fortifiées qui brûlent, le hurlement des populations éviscérées ou brûlées. Le dessinateur Lionel Marthy magnifie la violence jusqu'à l'impossible. Mutilé en pleine course, un cheval vomit du sang par la bouche et par les yeux. Le visage déformé par la haine, les soldats ennemis sont représentés comme des être maléfiques, des zombies. Cette extrapolation graphique est extrême mais ne renvoie jamais d'impression grotesque ou ridicule, elle décuple l'intensité de la violence jusqu'à l'esthétique. Marthy et Thirault n'hésitent pas à faire des symboles chrétiens des objets d'épouvante. Jésus Christ fait l'effet d'un mort vivant accroché à sa croix (page 5) et sa possible réincarnation, dans le récit, communie avec le Christ dans des rêves qui n'ont rien d'angélique. On se souviendra aussi d'une scène pendant laquelle Kalis, dit le Live noir, à peine évangélisé, s'emploie à décimer les soldats de sa propre armée à la pointe d'un crucifix.


Mêlant la religion aux tripes, saupoudrant le tout d'un voile fantastique, Marty et Thirault ont créé là ce qui semble pouvoir devenir la nouvelle référence du genre médiéval. Un album indispensable pour tous les amoureux de ce style sanguinolent. Vivement les prochains albums. Puissent-ils être aussi bons que celui-ci.

A voir, pour se faire une idée, l'excellente bande-annonce de l'album

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