7/10Le Retard

/ Critique - écrit par iscarioth, le 21/06/2006
Notre verdict : 7/10 - En attendant Jeannot... (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 2 minute(s) - laisser un commentaire

Un album d'ambiance, dépressif et graphiquement très impressionnant.

Un groupe d'amis se retrouve dans une maison isolée en campagne, chez Mona, vieille connaissance solitaire et intrigante. Tous attendent par un temps maussade et venteux un dénommé Jean... qui tarde à faire son apparition.

Un huis clos psychologique


Non, il ne s'agit pas là du scénario du dernier film d'horreur en vogue, mais de l'histoire qui nous est contée dans Le retard de Barbara Yelin, à qui l'on peut tout reprocher, sauf de parcourir les sentiers battus de la peur orchestrée. Les premiers moments de l'album semblent pourtant s'aventurer sur la route de l'angoisse, avec une cave à vin sans éclairages dans laquelle s'aventurent timidement les protagonistes. On enchaîne ensuite sur une scène lugubre de réunion autour d'une table et d'une bouteille de vin. L'atmosphère est loin d'être chaleureuse, les tons sont d'un gris torturé et déprimant. Les premières pages nous montrent donc un récit orienté ambiance, mise en scène et suspens. L'album est en fait plus, comme le définissent eux-mêmes les éditions de l'An 2, « un huis clos psychologique ». Le groupe d'amis se parle, échange des banalités, des discours plus ou moins compréhensibles ou spirituels, des humeurs, de la tension... Peu à peu, les personnages dévoilent leur passé commun mais sans jamais rien de très démonstratif.

Une composition graphique de haut niveau


L'intégralité de l'album est réalisé aux crayons de bois, aux mines plus ou moins grasses. Le résultat est époustouflant. Les graphismes sont dépressifs, nauséeux, les personnages sont des formes qui s'étirent et divaguent. Chaque vignette est modelée au détail par un fourmillement de hachures et de coups de crayon. Les gris dominent et les quelques scènes d'extérieur, plus colorées mais toujours aussi pâles, n'enlèvent rien à la tension qui se dégage de chaque planche. Le retard nous donne l'impression d'un travail sans retouche, d'un produit brut, avec des planches sur lesquelles on distingues des traces de crayons gommées encore incrustées dans le papier. Une superposition de traits schématiques et de griffonnages plus complets et détaillés. Barbara Yelin fait forte impression à nos rétines et c'est sans aucune surprise que l'on apprend qu'elle a fait ses classes aux Beaux arts de Hambourg. On signalera juste quelques désagréments de lecture à cause de bulles mal placées (lecture de haut en bas puis de gauche à droite alors que nous sommes habitués à l'inverse).



Un album d'ambiance, dépressif et graphiquement très impressionnant. Editorialement aussi, l'album est une réussite, avec une couverture et des pages très agréables au toucher.

 

 

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