8.5/10Redhand - Tomes 1 et 2

/ Critique - écrit par iscarioth, le 20/02/2006
Notre verdict : 8.5/10 - Longue vie à Redhand ! (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 1 réaction

Critique des tomes 1 et 2 : l'impression de déjà vu est trompeuse. Le personnage de Redhand, individualiste, destructeur et fasciste mais impossible à détester, vous surprendra. La réalisation graphique, réellement excellente, ne peut que contenter.

Redhand le destructeur

Redhand, c'est en apparence un récit dans la plus pure tradition HF. Un univers post apocalyptique, un monde de très haute technologie réduit en cendre par une explosion gigantesque qui n'a laissé que quelques bribes d'humanité. Les survivants se sont réorganisés, notamment en tribus celtiques polythéistes vivants de chasse, de pêche et d'agriculture. Arrive ensuite l'homme de la prophétie, un individu aux capacités d'apprentissage et aux facultés guerrières surhumaines, n'ayant aucun passé, aucun souvenir. Jusque là, un récit d'héroïc fantasy atypique. On s'imagine Redhand le surhomme triompher bravement de l'adversité, s'ériger tel un messie pour son « peuple élu » et le mener au sommet de la victoire. Et bien non ! Pas du tout. Redhand n'est pas un héros, pas un meneur, juste un individualiste prêt à tout pour vivre en paix. On ne retrouve pas ici le héros du type Thorgal qui prend quinze albums avant de se retrouver dans une situation où il est contraint de tuer ses ennemis. Redhand est un héros fasciste éliminant tout ceux qui se mettent en travers de son chemin. Fini l'humanisme béat et l'idéalisme héroïque ! Redhand, le guerrier aux mains tachées de sang, n'hésite pas entre sa propre peau et celles de la veuve et de l'orphelin. Une véritable bouffée d'air frais pour la bande dessinée HF, qui subit actuellement la sclérose provoquée par le trop plein de séries humoristiques lanfeustiennes et l'abondance de héros guerriers mièvres et compatissants.

Redhand le déicide


L'un des principaux thèmes de Redhand est la religion. Le monde présenté est polythéiste, à la manière de ce que l'on a pu voir dans l'histoire grecque, romaine et celtique. La population voue un culte à plusieurs dieux, représentants chacun une valeur déterminée : la fécondité, l'enseignement, le travail, etc. Redhand, venu de nulle part, s'annonce dès le départ comme ne vénérant aucun dieu. Etranger, vierge de toute expérience culturelle, il porte un regard incisif et critique sur le culte divin. « Pourquoi un dieu d'abondance ne profite-t-il qu'aux riches ? ». Le discours sur la religion du personnage est intéressant. Ses critiques adressées aux cultes d'un pays imaginaire peuvent tout aussi bien être celles émises à l'encontre de religions qui sont bien de notre monde. Dans le premier album, Redhand, au sein d'une petite communauté villageoise, se heurte à l'autorité du prêtre local, qui a une forte influence sur sa population. Mis en scène comme le relais entre les dieux et le peuple, ce prêtre nous renvoie à notre passé. Un passé pas si lointain, pendant lequel l'ecclésiastique était le personnage le plus puissant de chaque communauté d'habitants. Ainsi, les critiques émises par Redhand face à des dieux qu'il juge souvent bien malhonnêtes peuvent alimenter toute une réflexion sur l'emprise des religions sur nos vies. C'est souvent à cette pertinence et à cette possibilité de réaliser des parallèles que l'on reconnaît une très bonne série héroïc fantasy.

Redhand, l'italo-américain


Petit détour, maintenant, sur l'identité des auteurs. Kurt Busiek est connu des amateurs de comics pour être le scénariste des séries Untold tales of Spider-man, Iron Man, The Avengers et surtout Astro City. A l'instar d'autres états-uniens comme Guy Davis, Kurt Busiek tente depuis quelques années une percée sur le marché franco-belge, en se lançant dans de nouveaux projets chez les Humanoïdes Associés. Redhand est réalisé en collaboration avec le dessinateur italien Mario Alberti, dont le travail est plus connu par delà les alpes (en France n'a été publié que sa série Morgana). Mario Alberti réalise ici un très bon travail. Ses planches éblouissent par un sens de la mise en cadre très varié et maîtrisé (les scènes de combat, très peu avares en effets sanguinolents, sont magnifiques). Alberti fait se côtoyer dans ses réalisations graphiques la technique moderne de l'infographie (les trames réalisées par ordinateur) et d'autres beaucoup plus anciennes et parfois inusitées (les étoiles et taches de sang réalisées au soufflé). Alberti confère à Redhand un grand charisme : une musculature explosive et un regard perçant qui n'est pas sans rappeler celui d'Arkadi, le héros de la série du même nom, réalisée par Caza.


Redhand met en scène une mythologie en apparence classique. De l'héroïc fantasy matinée de science fiction dans un contexte à priori post apocalyptique. L'impression de déjà vu est trompeuse. Le personnage de Redhand, individualiste, destructeur et fasciste mais impossible à détester, vous surprendra. La réalisation graphique, réellement excellente, ne peut que contenter.

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