8/10Le recul du fusil - Tome 1 - Les chambres

/ Critique - écrit par athanagor, le 30/09/2010
Notre verdict : 8/10 - Héros malgré elles (Ecrivez votre critique)

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Sise dans une époque tourmentée, cette BD nous attache à un personnage anodin qui en sera le jouet.

Fernand Tormes débarque du sud à Paris, ce qui en soit n'est pas forcément pour le combler. C'est à la demande de sa mère, qui souhaite le voir étudier la médecine dans la capitale, qu'il fait pourtant ce voyage. Sur place, c'est une famille de bourgeois, qui passent leurs vacances dans son village et avec le fils de laquelle il est ami, qui doit le loger. Fernand n'est pas riche et cette aide lui est précieuse. Pourtant en arrivant sur la capitale, il apprend que son ami a tourné le dos
à sa famille et s'est engagé dans les rangs de la gauche, à la colère et au désespoir de son père, propriétaire d'une usine. Bien sûr, pour Fernand, rien ne change. Un appartement lui a été promis et il l'obtiendra bien pour mener ses études dans les meilleures conditions. Mais les nouvelles aspirations de son ami vont lui ouvrir des horizons auxquels il ne s'attendait pas.

Avec un style très fluide et un trait assez touchant, Jean-Sébastien Bordas nous raconte l'histoire de ce jeune homme perdu dans l'Histoire et engagé dans sa marche à son corps défendant. Articulant une mise en scène impeccable servie par des personnages forts en gueule, il parvient à faire ressortir une ambiance palpable des événements d'alors. Le Front Populaire, la guerre d'Espagne, le réveil des consciences sociales prennent sous son crayon une densité forte qui s'approche d'une impression de réalité, mais qu'il parvient pourtant à garder au simple rang de toile de fond. Le sujet de son album n'est pas tant l'Histoire que la vie parisienne du jeune Fernand, provençal aux hormones bouillonnantes, qui ne fera en définitive que quelques mauvaises décisions, mais dans un contexte tel qu'elles engageront le reste de son existence. C'est donc par sa banalité et son caractère assez peu idéaliste que ce personnage central remporte l'affection du lecteur, qui ne saurait voir dans ses faux pas que le reflet des siens propres.

Le dessin facilite grandement l'attachement à cette aventure par le côté poétique qui s'en dégage.
On croit parfois déceler du Van Gogh dans les représentations de la campagne ou d'un Paris agité. De même, les attributs faussement simplistes exécutés par une main qu'on croirait enfantine, recèle des trésors d'expressions, de signes distinctifs, d'impressions et de mouvement. Par la fragilité des jambes, l'hasardeuse disposition des coupes de cheveux, la position des corps et ce qu'on nous en cache parfois, chaque case témoigne d'une vie au battement régulier et communicatif, d'autant plus surprenant que le trait est bien souvent approximatif. L'illustration gagne aussi par le choix de la couleur. Quelques passages subissent un traitement un peu hors norme de ce point de vue, ce qui permet un découpage quasi inconscient des différentes scènes et finit par donner aux 56 pages de ce récit un caractère plus long et plus développé.

Grâce à tous ces aménagements Bordas parvient à captiver son lecteur et à lui faire vivre cette époque avec force. Trop rare en BD, ce pan de l'Histoire ne peut se raconter sans ses aspects sociaux et c'est justement par le biais de ce personnage qui n'en a que trop rarement conscience que l'auteur se dégage du simple pamphlet qui pourrait s'avérer rébarbatif. Reste pourtant une histoire entre les hommes et leur société dans cette période si particulière, racontée avec tant d'émotion et de talent qu'on voudra la suivre.

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