8/10Rébétiko

/ Critique - écrit par naweug (), le 24/11/2009
Notre verdict : 8/10 - Le rébète et la mauvaise herbe (Ecrivez votre critique)

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Un livre sur la musique populaire grecque des années 1920. Des marginaux, un régime totalitaire et des chants qui vibrent jusqu'au bout de la nuit. Un ouvrage envoûtant à lire, qui vous emmènera dans les coins sombres d'Athènes...

Le dessinateur de La Marie en plastique revient chez Futuropolis avec un livre parlant de musique. Et pas n'importe laquelle : le rébétiko. Je crois que je peux d'ores et déjà dire que vous n'avez, comme moi, jamais entendu parler de ce mouvement musical avant ce jour, sauf si vous êtes d'origine grecque ou passionné de culture grecque. Et nous vous inquiétez pas, vous n'avez pas besoin d'être l'un ou l'autre tant cette bande dessinée est riche, intéressante et envoûtante.

Tout a commencé le jour où David Prudhomme trouva en librairie le livre-cd Aux sources du rébétiko, "Chansons des bas-fonds, des prisons, et des fumeries de haschisch" (éd. Les Nuits rouges). Attiré par cet objet, il en fit l'acquisition et découvrit alors le Rébétiko. L'auteur Gail Holst raconte l'histoire de ce mouvement apparu en Grèce dans les années 1920. Surnommé le "Blues grec", il est joué dans les "tékés", ces fumeries des quartiers pauvres d'Athènes, par des hommes tirés à quatre épingles et sans le sou. Accompagnés du bouzouki, du baglama (petit instrument à cordes au son plus rugueux) ou du tambourin, ces dandys parlent de la dureté sociale de l'époque. Considérés comme des marginaux, ils sont souvent des immigrés d'Asie mineure à la recherche d'un endroit meilleur. Aujourd'hui, c'est une musique récupérée par les classes bourgeoises qui la considèrent comme un signe de culture musicale raffinée. Ironique quand on y pense et surtout quand on lit Rébétiko.


Cette dernière se déroule en 24 heures, d'une aube à l'autre. On y suit le destin de cinq amis musiciens. Ils vivent et vibrent au son de leurs bouzoukis, des claquements de pieds, des chants qui résonnent à travers les fumées de haschich et les vapeurs d'alcool. Ce sont des rébètes, des exclus, des marginaux. On est en 1936, le gouvernement grec est devenu une dictature : toute influence turque doit disparaître de la culture grecque. Les rébètes sont devenus les bêtes noires. Tout rassemblement musical, même dans des lieux fermés comme les tékés, sont interdits et passables d'emprisonnement. Mais tout cela ne fait pas peur aux cinq rebelles qui décident de se réunir le soir même, en compagnie de la belle Belba, pour faire résonner leurs chants de protestation.

David Prudhomme signe là un bien bel ouvrage. Chaque personnage a sa gueule, son caractère, son passé, mais ils ont tous en commun la passion de cette musique envoûtante. Ces pages où se mêlent chant et danse sont vierges de bulles mais pleines d'une intensité comme on en fait peu en bande dessinée. J'aurais presque pu entendre leurs chants, si j'avais su à quoi cela ressemblait en réalité. Leur univers aux couleurs ocre, rouges et noirs, entrecoupé d'un bleu nuit, donne une impression de chaleur, autant météorologique que morale. 

Rébétiko fait partie des albums qui m'auront marquée cette année. Avec Mauvais garçons de Christophe Dabitch et Benjamin Flao, Futuropolis a sorti deux beaux ouvrages sur la musique qu'il faut lire.

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