7/10Rayon Dames

/ Critique - écrit par iscarioth, le 20/05/2005
Notre verdict : 7/10 - Devoir de mémoire (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 2 minute(s) - laisser un commentaire

Rayon Dames est une oeuvre de mémoire, à lire pour ne pas oublier ou, mieux encore, pour ouvrir les yeux...

Annie Goetzinger est un grand nom de la bande dessinée franco-belge. La dessinatrice a su imposer son style et figure dans tous les recueils actuels dédiés à la bande dessinée européenne. Elle débute dans les années soixante-dix avec des publications dans Pilote. En 1975, c'est une première consécration. Casque d'or, son premier album d'auteur, remporte deux prix à Angoulême. Courant des années quatre-vingt, elle enchaîne les one-shot, seule (Barcelonight) ou en collaboration avec Pierre Christin (La Demoiselle de la Légion d'Honneur et La Voyageuse de la Petite Ceinture, ses deux plus grands succès). Rayon Dames sort en 1991, alors que la carrière de Goetzinger est déjà bien assise.

Mémorial

Rayon Dames fait partie de ces albums que l'on peut ranger dans les rayons d'une étagère titrée « Devoir de Mémoire », aux cotés d'oeuvres sur l'holocauste, l'apartheid et la guerre... Rayon Dames juxtapose, pendant soixante pages, les destins divers de femmes de toutes époques et de toutes situations. Du quotidien des supermarchés et des cuisines aux pires exactions guerrières, Goetzinger dresse un large panel des souffrances typiquement féminines. Rayon Dames brasse très large. On peut lire dans l'album des histoires très personnelles , très individuelles (La Lingère Amoureuse, Jacqueline T...) mais aussi des récits très universels, traitant plus d'un thème que d'une personnalité (la torture dans Petite Ville, la prostitution dans charnega).

Le Deuxième Sexe

Petite Ville, récit scénarisé par Victor Mora, est certainement l'histoire la plus traumatisante de l'album. « Je pense qu'on ne torture pas un homme et une femme de la même façon. Le Machisme peut s'exercer là en toute liberté » annonce Goetzinger dans l'introduction de la nouvelle. Petite Ville regorge de détails révoltants et cruellement révélateurs : la secrétaire impassible face aux horreurs commises aux gens de son sexe (vignette 1 page 27), le bourreau bon père de famille (vignette 1 page 29)... Le thème de la torture féminine, si peu souvent effleuré par le neuvième art comme par les autres, mais si profondément encré dans l'histoire du monde, est ici puissamment traité.

Quelques gênes...

Rayon Dames n'est pas dans son intégralité une bande dessinée. Certaines histoires comme Jacqueline T relèvent plus du récit illustré. Une particularité qui rebutera peut-être certains puristes... Autre particularité, plus gênante, cette fois, certains récits s'éloignent beaucoup du thème féminin central. La ficelle aux illustrés et Barcelone 1937 traitent de la montée en guerre et pas d'une quelconque tragédie proprement féminine.


Rayon Dames est un album à lire car il traite d'une domination et d'un quotidien trop souvent fatalement admis. Comme on l'a dit plus haut, Rayon Dames est une oeuvre de mémoire, à lire pour ne pas oublier ou, mieux encore, pour ouvrir les yeux...

A découvrir
Les Formidables aventures de Lapinot - Tomes 1, 2, 3, 4 et 6
Les Formidables aventures de Lapinot - Tomes 1, 2, 3, 4 et 6
Sambre
Sambre
V pour Vendetta
V pour Vendetta