8.5/10Quitter Saigon : Mémoires d'exilés

/ Critique - écrit par iscarioth, le 21/08/2006
Notre verdict : 8.5/10 - Une oeuvre de mémoire (Ecrivez votre critique)

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Les trois témoignages sont passionnants et cet album se montre moins frustrant que son prédécesseur Un automne à Hanoï.

La mémoire, les épreuves du passé, ne se transmettent pas uniquement que par les livres. On se lègue tout un patrimoine de père en fils. Vous qui nous lisez, vous avez peut être un grand père résistant, ou une grand-mère immigrée. C'est d'ailleurs pendant ces moments d'échange avec les aînés que la prise de conscience vis-à-vis de l'histoire individuelle et collective est la plus forte. Les mots ne sont plus couchés sur le papier d'un manuel scolaire, mais sortent de la bouche d'êtres proches. La bande dessinée, comme d'autres arts, a déjà rapporté, par diverses oeuvres, cette transmission du souvenir. De père en fils, l'exemple le plus fameux est bien évidemment Maus, ou l'histoire d'un juif ayant connu la guerre et les camps de concentration. Pour son deuxième ouvrage dans la collection Champ libre de la Boite à bulles, Clément Baloup remonte aux sources : le Vietnam, dont son père est issu.


L'auteur avait déjà pris contact avec la terre de ses origines, en se rendant à Hanoï pour un séjour de deux mois. En avait résulté l'album Un automne à Hanoï, bel ouvrage mêlant témoignage et reportage, mais qui avait légèrement déçu par sa brièveté. Deux ans plus tard, sur le même thème, Clément Baloup nous revient avec Quitter Saigon, mémoires de Viet Kieus. Les Viet Kieus, ce sont ces Vietnamiens qui ont été contraints à l'exil, leur pays marqué par l'occupation japonaise, française puis américaine. C'est le père de Clément Baloup, lui aussi forcé de quitter très jeune le Vietnam, qui introduit Quitter Saigon. Nous arrivent ensuite les récits de deux autres viet kieus. L'un a connu les camps de rééducation, où l'on inculquait aux détenus, à grand coup de martelage physique et mental, les conceptions communistes. Le deuxième a connu l'occupation japonaise. Enfant blond aux yeux bleus, il était pris par les militaires japonais pour un occidental, et donc forcément poursuivi et chassé.

Le dessin de Clément Baloup s'est affiné dans son style depuis Un automne à Hanoï. Les passages rapportés du passé sont en noir et blanc, et ceux vécus par l'auteur en compagnie de ses témoins, en couleur. Baloup maîtrise très bien la couleur directe et certaines de ses planches nous font l'effet de magnifiques tableaux impressionnistes. Quitter Saigon est bien évidemment une oeuvre de mémoire, relatant de faits plus ou moins connus sur l'histoire du Vietnam, qu'on connaît bien mal. Baloup met en image ses personnages avec beaucoup de tendresse, mais sans aucun misérabilisme.


Graphiquement plus abouti et maîtrisé qu'un Automne à Hanoï, Quitter Saigon continue sur la voie de la découverte du Vietnam et de son histoire. Les trois témoignages sont passionnants et cet album se montre moins frustrant que son prédécesseur. On espère en tout cas avoir à lire d'autres albums de l'auteur sur le même thème, Baloup semblant savoir trouver les mots et les images pour traiter le sujet avec pudeur et intelligence.

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