8.5/10Quintos

/ Critique - écrit par iscarioth, le 15/03/2006
Notre verdict : 8.5/10 - Pèlerinage philosophique et historique (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 1 réaction

Des personnages qu'on ne confond pas

Copyright Dargaud, Andreas, Cochet, Quintos Quintos raconte l'histoire de sept hommes et femmes qui prennent le maquis dans l'Espagne de 1937, entredéchirée par la guerre civile opposant républicains et fascistes. Ces sept personnages forment une petite brigade très internationale : un américain, une française, un belge, un allemand, un anglais et deux espagnols. Le pari, pour Andreas et Cochet, est de nous les présenter et les faire vivre - et mourir - le temps d'une cinquantaine de pages. Sept personnages à faire évoluer sur un petit one-shot, la chose est très difficile mais possible : Van Hamme et Hermann l'ont prouvé avec Lune de guerre, ses soixante douze pages et ses trente personnages ! Pas tout à fait caricaturaux, les personnages de Quintos sont tout de même assez marqués, distanciés à l'extrême les uns des autres. Le personnage du gros patapouf belge penaud et celui du texan-rentre-dedans à casquette sont les deux grands exemples d'individus que l'on étiquette dès les premiers moments de l'intrigue. Physiquement et vestimentairement aussi, les personnages se démarquent tous beaucoup les uns des autres. Au bout d'une petite dizaine de pages seulement, le lecteur a en tête l'ensemble des protagonistes, aucune confusion n'est possible. L'histoire peut s'exprimer pleinement...


Une problématique riche

Quintos, c'est le pèlerinage spirituel et militant d'un petit groupe d'internationaux s'enfonçant dans le maquis espagnol. Confrontés à la mort, peu enclins au sacrifice et titillés par l'envie de tout foutre en l'air, nos individus doivent trouver en eux les raisons de leur engagement ou de leur désengagement... Entre l'idéaliste forcené, le solitaire flegmatique et la gueularde indécise, plusieurs profils nous sont dressés dans la tourmente, bien évidemment tous très antagonistes. Quintos est un bon album car il soulève en seulement une cinquantaine de planches, une thématique complexe et citoyenne. Comment réagir face au fascisme, comment y faire face en tant que simple individu ? Sauver sa peau ? Accepter le sacrifice au nom de la liberté ? Quintos donne aussi au lecteur quelques aperçus de la guerre civile espagnole : la montée du fascisme, la participation de l'Allemagne nazie, l'implication du clergé. C'est un album tragique, qui fait rappeler que la victoire des fascistes en Espagne ouvre une ère du totalitarisme en Europe qui ne s'essoufflera pas avant 1942. Le final de Quintos a ce goût amer, il transmet cette impression de n'être qu'au début d'une catastrophe.

Copyright Dargaud, Andreas, Cochet, Quintos

Une mise en page pensée

Andreas est devenu un grand nom de la bande dessinée depuis maintenant une quinzaine d'années. Très inspiré de l'univers de Lovecraft, il a beaucoup expérimenté en BD et participé à au renouvellement du fantastique avec des séries qui ont fait date comme Arq ou Cromwell Stone. Son dessin a toujours été très anguleux, sa façon de dessiner les visages est assez caractéristique. Mais on sait l'auteur capable, tout en restant fidèle à son esthétique, de faire évoluer son style selon les albums. Avec Quintos, l'auteur fait équipe avec Isa Cochet, qui n'a jusqu'alors réalisé des bandes dessinée qu'en tant que coloriste (le tome six de Capricorne). Avec Quintos, elle s'illustre aussi au dessin. L'album est absolument irréprochable techniquement. Le découpage est intelligemment pensé et varié, avec des plongées progressives, des planches de cases mathématiquement fracturées à l'horizontale ou à la verticale, l'utilisation du gaufrier pour les effets de travelling ou de très gros plan et des plans statiques insérés à quelques endroits...


Au travers de ces hommes et femmes diamétralement opposés, Andreas et Cochet mettent en scène plus qu'une juxtaposition de caractères et amènent le lecteur sur le chemin de la réflexion individuelle et du souvenir. Un bon album.

A découvrir
V pour Vendetta
V pour Vendetta
Les Formidables aventures de Lapinot - Tomes 1, 2, 3, 4 et 6
Les Formidables aventures de Lapinot - Tomes 1, 2, 3, 4 et 6
Joe Bar Team
Joe Bar Team