8/10Quintett - 3ème mouvement - Histoire d'Elias Cohen

/ Critique - écrit par iscarioth, le 10/02/2006
Notre verdict : 8/10 - Elias McDowell (Ecrivez votre critique)

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La mécanique de Quintett se révèle jusqu'à présent parfaitement huilée et l'intrigue généreuse en émotion et en thèmes soulevés.

En août dernier, nous vous avons parlé du nouveau projet de Frank Giroud, Quintett. Le scénariste, qui a été le premier à porter un projet ambitieux de saga à dessinateur multiples avec le Décalogue, poursuit sur sa lancée en continuant d'exploiter les possibilités scénaristiques offertes par le changement de point de vue. Ici, l'action n'évolue plus dans le temps et au travers des générations comme dans le Décalogue, dont l'histoire s'étalait sur plusieurs siècles. Les cinq chapitres de Quintett prennent pour socle les mêmes unités de temps et de lieu : Pavlos, un petit village grec, en 1916, dans une base aérienne française au coeur de la zone neutre. Les quatre premiers mouvements de Quintett nous racontent les histoires personnelles de quatre personnes ayant pour point commun de former, ensemble, un petit groupe de jazz. Pour ce troisième mouvement, nous nous penchons sur l'histoire d'Elias Cohen, un brillant mécano de la base française qui va tomber amoureux d'une jeune bergère grecque, Aleka, dominée, battue et exploitée par son oncle. Chevaleresque et révolté, le jeune homme va tout faire pour tenter de sortir son amie de la misère dans laquelle elle est embourbée.

L'individu derrière le collectif


Après lecture des deux premiers mouvements, on ne sait finalement pas grand-chose d'Elias Cohen. Giroud exploite d'une façon très efficace les possibilités offertes par le changement de point de vue. Le lecteur peut s'amuser à observer la façon dont les protagonistes se perçoivent les uns les autres, au travers de leur prisme de vie. Il découvre les histoires personnelles se cachant derrière l'histoire collective. En croisant les récits de chacun, le lecteur comprend peu à peu quels ont été les raisons de l'animosité de tel protagoniste à tel moment ou les motivations réelles de ses choix. Par exemple, trois des membres du quintett sont, à un moment du récit qui fait figure de carrefour, emprisonnés et doivent choisir entre l'attente et la tentative d'évasion. Derrière chaque façade, patriotique ou pondérée, se cache en fait des choix personnels et privés d'individus. C'est là la force de Quintett : on nous donne la possibilité de pénétrer tour à tour chaque destin.

Woman is the Nigger of the World


Quintett
soulève des thèmes très graves et encore d'actualité en ce début du 21ème siècle. Le deuxième mouvement se centre sur l'amour impossible car interdit d'un couple homosexuel. L'histoire d'Elias Cohen raconte le destin tragique d'une jeune femme battue et soumise à la prostitution par son oncle. Une violence perpétrée en toute impunité, la passivité collective et la neutralité hypocrite des français en temps de guerre se conjuguant. Une domination et une violence malheureusement encore d'actualité. Coïncidence, le troisième mouvement de Quintett parait au moment même où est rendu public le rapport d'Amnesty International sur les violences faites aux femmes, révélant qu'une française sur dix est aujourd'hui victime de violences conjugales.

Mystères...

Le mystère Quintett continue avec l'histoire d'Elias Cohen et continuera très certainement avec celle de Nafsika Vasli. Le cinquième mouvement, que l'on est impatient de découvrir, nous dévoilera toute la vérité. Mais la vérité sur quoi, puisque les quatre acteurs principaux de cette histoire se succèdent album après album pour témoigner ? La vérité sur certains personnages que l'on croit parfaitement innocents ou dont on ne soupçonne encore l'existence et qui tirent les ficelles de ce drame, nous dit-on... Dans ce troisième mouvement, on peut remarquer plusieurs personnages suspects, de dos ou le visage dans l'ombre, qui intriguent beaucoup et éveillent nos soupçons de lecteur.

Steve Cuzor ?

Après Bonin et Gillon, c'est Cuzor qui prend en charge la mise en image de la suite de Quintett, sur ce troisième mouvement. Le dessinateur est fort peu connu, même des bédéphiles les plus avertis. Il n'a illustré que quelques albums (Black Jack, une série publiée chez Casterman). Le style est très classique (l'utilisation de la trame modelée au trait qui rappellera les Blueberry de Giraud), mais on n'a pas à se plaindre de la qualité de réalisation de l'album. Cuzor a bien en main son sujet, Elias Cohen, qui possède un visage assez peu commun, rappelant celui de Malcolm McDowell, le personnage principal d'Orange Mécanique. On notera, pour bémol, un faible sens de l'innovation dans la mise en page, les quelques originalités dont fait preuve Cuzor étant périmées depuis de longues années (les visages incrustées dans les vignettes, page 11).


La mécanique de Quintett se révèle jusqu'à présent parfaitement huilée et l'intrigue généreuse en émotion et en thèmes soulevés. Comme nous l'avons dit pour les deux précédents tomes, le cinquième et dernier opus, album du grand twist, devra être à la hauteur de nos espérances. Tout se jouera sur cette dernière ligne droite.

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