5/10Le Pygargue : un vol majestueux pour un atterrissage raté

/ Critique - écrit par athanagor, le 30/03/2011
Notre verdict : 5/10 - Défaut de plume (Ecrivez votre critique)

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Original et pourvue d’un dessin capable de créer une ambiance particulière au service de son propos, cette BD se saborde par un dernier tiers développé par-dessus la jambe.

A New Fordwich, une de ces villes érigées par les nouveaux habitants du continent américain, les rues, comme dans beaucoup de port, ne sont pas sûres. A la nuit tombée, les jeunes femmes imprudentes sont victimes d’un étrange assassin masqué, insaisissable. Parmi ses premières victimes, Phips l’aquarelliste fait figure d’exception. Premièrement, Phips n’est pas une femme. Mais son sort, il le doit à son courage. Témoin de l’agression il s’est précipité pour venir en aide aux victimes et l’a payé de sa vie. Deuxièmement, Phips, malgré un joli trou dans la poitrine, revient du royaume des morts quelques heures après y être entré. Troisièmement, encouragé par le spectre d’une femme,
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qui semble être celle qui le ramène des limbes où sa condition fluette le plonge souvent, il va devenir le justicier masqué qui poursuivra sans relâche le tueur de femmes.

Argh ! Quelle affreuse déception que cet d’ouvrage.

Le dessin y est très bon : sans être d’une facture irréprochable, il propose une ligne claire suffisamment personnelle et travaillée pour offrir, aidée par la couleur, une atmosphère incroyablement prenante et typée. Avec cet aspect pourtant comique, Michel Constant fait planer une ombre inquiétante sur cette petite bourgade de bord de mer, qui semble ne jamais connaître le soleil.

L’histoire est très originale : elle bénéficie d’un fond tragi-comique d’une rare finesse, creusé dans un thème fantastique du meilleur cru. S’appuyant sur une histoire de fantôme, dans cette ambiance morne et violette, Jean-Luc Cornette réussit un mix entre Sleepy hollow et The Crow, sans racolage ni effets de manche superflus, en permettant à son héros de se construire à un rythme raisonnable qui serait crédible si les fantôme existaient (du moins pour rendre la justice). D’ailleurs, la relation entre Phips et le fantôme est admirable. Construite sur des éléments de leur conversation qui décrivent implicitement la relation magique qui existe entre eux, elle contient à elle seule le caractère ésotérique de l’ouvrage.

Mais alors, qu’est-ce qui ne va pas ? Serait-ce la solution de l’intrigue ? Non, celle-ci, loin de casser des briques, permet tout de même une conclusion honorable. Elle est, de plus, suppléée par un final brutal qui scelle avec justesse l’identité que les auteurs ont passé 48 pages à construire.

En fait, ce qui fout irrémédiablement en l’air cette BD, c’est le découpage qui domine
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tout le dernier tiers de l’ouvrage. L’impression dominante est alors que chaque page se termine en passant à une autre partie du récit, sans transition ni logique, au point de hacher complètement l’attention et la patience du lecteur. On subodore alors que, pressés par les contraintes de nombre de pages, les auteurs ont accéléré leur dénouement en saccadant un rythme pourtant enivrant. Agacé par ce sentiment que l’histoire est sacrifiée pour de bêtes histoires de format, on n’a plus aucune indulgence pour la scène du pasteur qui, présentant dans la première partie un personnage qu’on ne verra plus après, semble vouloir mettre le lecteur sur une fausse piste. L’effet est raté et cette scène, devenue inutile, est alors vue comme coupable d’avoir privé ses créateurs de 4 bonnes pages supplémentaires pour développer l’histoire principale. On se retrouve donc tout dépité devant cette dernière partie qui gâche sensiblement la fête, d’autant, d’une part, que les auteurs n’en sont pas à leur coup d’essai et, d’autre part, que cette BD semble être un one-shot. Il est donc peu probable de retrouver un jour le Pygargue dans une histoire qui lui fasse entièrement justice.

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