8.5/10Un printemps à Tchernobyl

/ Critique - écrit par plienard, le 20/10/2012
Notre verdict : 8.5/10 - La zone (Ecrivez votre critique)

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Un printemps à Tchernobyl n’est pas vraiment une bande dessinée comme on l’entend, traditionnelle avec un héros ayant une aventure à vivre. Ce n’est pas non plus une autobiographie avec un auteur qui se mettrait en scène. Pourtant, on a bien tout ces ingrédients : des dessins (superbes), un auteur – Emmanuel Lepage – qui se raconte (mais ne se la raconte pas) et un personnage qui va vivre une drôle d’aventure en 2008. Non, ce livre est plutôt un témoignage, une bande dessinée témoignage sur Tchernobyl, 22 ans après la catastrophe du 26 Avril 1986.


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Cette date est à jamais ancrée dans l’Histoire de l’humanité comme la plus grande catastrophe nucléaire du XXème siècle (eh, oui, on est au XXIème siècle, et on déjà eu Fukushima !). Si heureusement, la France a été épargnée par le nuage radioactif qui a couvert toute l’Europe – paraît-il que le nuage n’avait pas ses papiers en règles pour passer la frontière (c’était aussi avant Schengen), non mais franchement ! – qu’en est-il, aujourd’hui, de la région de Tchernobyl ? Les champignons sont-ils démesurés ? La nature a-t-elle enfantée des êtres difformes ?

Emmanuel Lepage, auteur de bande dessinée, a décidé de s’y rendre. Après avoir rencontré les membres d’une association permettant aux artistes de se rendre dans cet endroit pour témoigner, pour apporter leur vision, leur point de vue. La réaction d’Emmanuel Lepage et de l’illustrateur Gildas a été immédiate. Ils iront pour dessiner l’horreur de cette catastrophe et ainsi récupérer un peu d’argent pour une association qui aide les enfants de Tchernobyl.

On va donc suivre le voyage d’Emmanuel au printemps 2008 vers et dans ce pays dévasté. Il nous raconte ses angoisses – il n’arrive plus à dessiner à la suite d’une douleur dans la main, une sorte de trouble psychosomatique ? – ses  interrogations, nous exprime sa perception occidentale avant le départ, ses questionnements, ses doutes.

Le début de l’album est particulièrement fort, voire violent insufflés par les quelques passages d’un livre de témoignages de survivants. Quelques chiffres hallucinants sur la catastrophe, le dévouements de milliers de russes pour empêcher qu’elle ne soit plus grave, bref l’atmosphère est lourde, sombre, noire. En témoigne, les dessins au fusain.

Et puis, c’est l’arrivée dans la zone. Check-point et autorisations obligatoires pour plonger dans un bain d’irradiation. Des précautions à prendre et surtout dessiner l’horreur. Sauf que l’horreur n’est pas présente, ou plutôt invisible. Seul le tic-tic des appareils de mesures de la radioactivité se fait entendre, comme le lent égrainage du temps jusqu’à la mort.

Mais Tchernobyl, ce n’est pas qu’une région avec une centrale explosée, ce sont aussi des gens qui y vivent, des enfants qui y jouent. Le travail d’Emmanuel Lepage devient alors moins évident. Comment témoigner de l’horreur, du danger du nucléaire quand tout ce qu’il voit ce sont des gens accueillants et gentils ? Comment décrire l’horreur du nucléaire et son aspect négatif quand la vie reprend ses droits ? Comment dessiner le mal invisible ? Il parvient pourtant à le faire, par moment, avec ses pages comme des négatifs photos de la réalité, par ses représentations de la centrale, sorte de monstre de béton.

D’un album accusateur sur le nucléaire à l’origine, le livre devient un témoignage sur les gens, les enfants qui vivent là-bas. De sombre, il passe à lumineux par la joie de vivre des enfants et la bonté des gens qui ne sont pas pour autant dupes de leur situation. Emmanuel Lepage a bravé son courage pour se rendre dans ce pays. Et rien que pour ceux qui y reste, mais aussi pour se souvenir, il faut acheter ce livre. C’est de salut public.


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