5.5/10Prince of Persia - Tomes 1 et 2

/ Critique - écrit par Guillaume (), le 11/02/2009
Notre verdict : 5.5/10 - Prince Mi et Prince Moi sont dans un bateau... (Ecrivez votre critique)

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Prince of Persia en bd est un récit assez déroutant. Dynamique mais un peu brouillon, la trame emportera les moins tatillons et laissera sur la côte les plus exigeants.

Il est parfois utile de planter le décor. Il y a presque vingt ans, Jordan Mechner, après des études à l'université de Yale et le succès de son jeu vidéo Karateka, trime pendant plusieurs années sur un nouveau jeu dont l'univers s'inspire largement des contes des mille et une nuit. On lira partout que ce jeu : Prince of Persia, disposait d'un background fouillé et d'un scénario poussé. En tout honnêté, si pour l'époque il était étonnant de trouver autant de profondeur à un jeu vidéo, il n'en reste pas moins que de nos jours, il fait sourire avec nostalgie. Le Prince disposait d'une heure pour tirer sa dulcinée des griffes du méchant vizir Jaffar.
C'est plutôt le gameplay du jeu, sa fluidité et ses animations qui ont créé le succès. L'univers des contes n'étant sans doute pas étranger à l'affaire, même s'il était inexploité.

Quoiqu'il en soit, après de longues années, et de multiples adaptations du jeu, dont de nombreux volets utilisant la licence sans faire appel explicitement au père du jeu originel, Prince of Persia devient une bande-dessinée. Pile au moment où un nouvel opus du jeu sort sur Xbox 360. N'y voyons rien de bien déshonorant, il serait bien dommage de ne pas profiter d'une promotion multi-supports...

Sous la plume de Jordan Mechner et A.B. Sina et les traits de Le Uyen Pham et Alex Puvilland, le Prince revoit donc le jour sous une nouvelle forme bullesque. Si le cadre fait toujours la part belle à l'univers onirique et brutal des contes orientaux, la trame est neuve et déstabilisante.

Sur deux tomes, le roman graphique se déploie en mêlant différentes époques, différentes "vies" du Prince. Au 9e siècle, le Prince Guiv s'enfuit du Palais de Marv, tandis qu'au 13e siècle, la Princesse Shirin s'échappe du nouveau Palais, et reçoit de l'aide d'un "Prince" inconnu. Si différents indices permettent aux deux époques de se répondre, c'est surtout à travers une prophétie que les destins se réalisent.

Couverture du second tome
Couverture du second tome
Si la chose est séduisante et s'accompagne d'une certaine poésie d'autant plus forte qu'elle est mystérieuse, la lecture est laborieuse si l'on souhaite comprendre  ce qui se passe réellement. Les changements d'époques, pourtant bien signalés, sont déstabilisants et même si l'on comprend spontanément qu'un lien existe entre elles, on ne comprend pas à quoi s'en tenir. Alors que l'écart devrait permettre le rapprochement, il ne fait que se marquer de plus en plus, et finalement on n'entrevoit plus que les grosses ficelles, et on oublie les subtilités.
Il faut dire que le scénario en lui-même n'est pas particulièrement excitant, excepté si l'on aime les prophéties malmenées et les coups de sang violents.
Au contraire, le rythme est bien maîtrisé, et la narration sait ménager les instants de paix pour rendre encore plus vivante la férocité de certains passages.

On passe d'un coup d'oeil de cases en cases, sans jamais butter... Si ce n'est sur le graphisme que l'on peut avoir grand mal à apprécier. Les contours sont épais, les couleurs aplaties, ce qui permet un dynamisme d'autant plus fort, mais le trait est trop souvent maladroit, ou plus exactement semble être un peu trop vite tiré. Il n'est pas rare de contempler une case en songeant qu'elle a nécessité autant de temps à être dessinée que de temps à la parcourir. C'est d'autant plus regrettable qu'il y a une certaine imagination au service des plans. Plongées, contre-plongées, plans américains, en pieds, etc. sont toujours au service de la vivacité du récit.

Heureusement, la force des images et les ambiances instillées par le choix des palettes permet de tout de même sauver Prince of Persia. Tout n'y est donc pas mauvais dès l'instant qu'on considère l'oeuvre de façon globale. A la loupe, on passe son chemin, tandis qu'avec un léger flou devant les yeux, on parcourt l'ensemble avec plaisir. Mieux vaut être dans cette seconde disposition d'esprit puisqu'on devrait lire plusieurs fois les deux tomes pour saisir tous les tenants et aboutissants du récit.

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