8.5/10Pourquoi les baleines bleues viennent-elles s'échouer sur nos rivages ?

/ Critique - écrit par iscarioth, le 13/09/2006
Notre verdict : 8.5/10 - Roman noir (Ecrivez votre critique)

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Sulfureux, psychologique, énigmatique et caractériel, Les baleines bleues possède toutes les qualités d'un bon roman noir.

Pourquoi les baleines bleues viennent-elles s'échouer sur nos rivages ? Ca c'est du titre, qui a bien failli faire exploser la mise en page Krinein et qui risque de nous poser de sérieux problèmes dans cet article. Vous m'excuserez cette déformation, mais pour soutenir un confort minimum de lecture, nous appellerons l'album « Les baleines bleues », ce qui évitera aux lecteurs l'indigestion et à nos phrases l'implosion.

42990_250. Les baleines bleues est un album trompeur. A en juger par son titre démesuré et sa couverture hautement symbolique, on croirait à un album surréaliste ou onirique, à la Baudoin, alors que le contenu est bien terre-à-terre, tout à fait compréhensible. Ce one-shot raconte, dans un Paris très confidentiel, la rencontre entre deux écrivains. L'un, James Whales, romancier américain parmi les plus grands, et l'autre, Simon Breuil, dont le premier livre figure parmi les meilleures ventes françaises de l'année. Les deux personnages se rejoignent par une certaine cruauté. Simon Breuil est un égoïste cynique et glaçant qui goûte à chaque opportunité aux plaisirs de la chair sans jamais se soucier des sentiments d'autrui. James Whales est un homme sur le déclin, vulgaire, lunatique, violent et peut être même mythomane. Les baleines bleues est un album bien structuré, de manière non chronologique. Le puzzle à reconstituer est bien dosé, assez léger pour ne jamais proposer de problèmes de compréhension, et assez fort pour alimenter un certain suspense tout au long de la lecture. Les baleines bleues fait penser aux bandes dessinées du genre quotidien, à la différence près que les événements relatés ici, même plausibles, ne relèvent pas de la banalité de la vie de tout un chacun.

42991. Simon, le personnage principal, erre de rendez-vous en chambres d'hôtel, de conquêtes d'un soir en dîners avec des confrères, légèrement pressé par la nécessité d'un deuxième roman dont il n'a pas encore entamé l'écriture. Emmanuel Moynot, l'auteur d'Oscar et monsieur O, a presque réalisé cet album comme un polar. Le ton dominant est le brun, les ambiances sont ténébreuses, au mieux tamisées. Ca et là, quelques couleurs vives (une chemise, le cuir d'un fauteuil) se dégagent en petites touches distinctes des planches. En parlant polar, le trait d'Emmanuel Moynot rappelle justement celui de Tardi, maître du genre. Le regard fermé de Simon Breuil renvoie parfois à celui de Georges Gerfaut, du Petit bleu de la cote ouest.


Sulfureux, psychologique, énigmatique et caractériel, Les baleines bleues possède toutes les qualités d'un bon roman noir. Emmanuel Moynot révèle d'ailleurs s'inspirer d'auteurs emblématiques comme Chandler, Hammett et Jim Thompson.

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