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8.5/10Pornopia

/ Critique - écrit par Maixent, le 13/02/2014
Notre verdict : 8.5/10 - Pola X (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

Un travail graphique d'une sobriété particulièrement efficace donnant à voir des instants érotiques comme pris sur le vif

Il faut déshabiller Pornopia. Retirer délicatement le couvre livre qui l’enserre comme un sous vêtement de belle facture qui laisserait cependant dépasser une étiquette inappropriée. Là on se trouve face à l’objet dans toute sa nudité. Plus de titre, plus d’auteur, plus de prix. Envolées aussi les quelques mots de la quatrième de couverture, les seuls de tout l’ouvrage si l’on ne compte pas la mention des autres albums de l’auteur.  Reste ce plan de face-sitting au cadrage si particulier qui se suffit à lui-même. Le ton est donné, l’album se dévoile, il reste au lecteur à en parcourir les pages comme l’on découvrirait la peau douce d’une nouvelle amante, sans se presser, mettant à nu ses plaisirs secrets sans avoir besoin de parler.


La sexualité est acte de répétition avec toujours de petites variations permettant un plaisir subtil ou grossier, jouant sur une infinité de sensations. Répétition de la construction, une case par page, un carré de 14 x 14 cm. Une seule couleur, un bleu-gris-vert délavé, un noir profond et un blanc qui remplit l’espace de l’intérieur, créant une sensation de plein et de vide tel un oxymore visuel. On ouvre les pages au hasard, sans chercher une progression ou une intrigue et pourtant il ne s’agit pas de simples illustrations, l’ensemble formant un tout cohérent, une vision globale de la sexualité sans moteur de recherche faussement aguicheur. Le tout offrant une vision moderne du sexe, un panorama du XXIème siècle se servant des clichés de youporn et autres sites pour en offrir une version papier travaillée et réfléchie.

On retombera dans des dénominations que l’on peut trouver sur des sites
pornos qui, si elles ne sont pas notées reviennent en tête, des mots à l’anglaise : glory hole, deep throat, dominated girls, babes, nice ass, teen sex, first time, rough sex, fetish, interracial sex, strapon, cuckold… Un catalogue qui n’en est pas un de la plupart des pratiques imaginables, traitées sur un pied d’égalité qu’il s’agisse de double pénétration dans les bois, d’un visage extatique ou d’un sexe en gros plan. En ressort non pas une excitation facile mais une attirance graphique et un plaisir artistique et pornographique, une sorte de douceur violente, comme un orgasme venant calmement mais sûrement. 

Le trait de Brüno y est pour beaucoup, avec ce regard détaché que l’on avait pu voir dans Lorna. Une simplification graphique extrême jouant sur le vide et le cadrage. Une quasi absence de décors et cet aspect instantané et naturel qui rappelle l’âge d’or du polaroïd façon Guy Bourdin. Tous les sentiments sont mis en avant par quelques traits, la soumission comme le plaisir ou la peur. Il a réussi à créer un très bel objet, envoutant et troublant, renouant avec une vision de la sexualité ancienne tout en lui incorporant un modernisme certain.

Pornopia est de toute évidence un ouvrage à conserver précieusement, d’une beauté plastique pure, se moquant des conventions en la matière et trouvant du même coup sa place de facto dans un monde érotique souvent maltraité et incompris.

Pour en voir plus, le blog de Brüno

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