8/10Pierre Tombal - Tome 25 - Mise en orbite

/ Critique - écrit par riffhifi, le 01/11/2008
Notre verdict : 8/10 - Le titre de cet album est une contrepèterie obscène (Ecrivez votre critique)

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Un des meilleurs albums de Pierre Tombal depuis... depuis ?... Enfin bref, une fois qu'on a lu ça, on peut mourir. Tout simplement parce qu'on sait que Pierrot nous fera la conversation au cimetière.

Vingt-cinq tomes pour le fossoyeur créé en 1982 par Cauvin et Hardy. On pourrait croire la corde usée, les gags épuisés jusqu'au dernier, l'humour tari comme le pis d'une vache qu'on aurait trop traite. Et pourtant, non, Pierre Tombal continue de briller là où les autres séries de Cauvin déclinent toutes avec une certaine régularité, même les plus récentes comme Les psy. Est-ce dû à l'universalité du sujet ? Peut-être : la mort ne se périme pas aussi facilement que la vision de la famille véhiculée par Cédric, et les gags qui l'entourent ne s'épuisent pas aussi vite que les anecdotes d'hôpital des Femmes en blanc ou les variations policières
bébêtes de L'agent 212. Et la Mort, avec un grand M, est un personnage aussi immuable que le fossoyeur solitaire et sans âge répondant au doux nom de Pierre Tombal. Le bonhomme vieillit si peu qu'on va finir par le croire complice de la Camarde...

Bien entendu, il est difficile d'attendre une unité parfaite venant d'un album réunissant des gags d'une à quatre pages, initialement publiés sur une période d'un an dans Spirou. Mais de la même façon que le Beaujolais est le résultat d'une année de travail et que le dernier Woody Allen reflète douze mois de production, chaque nouveau recueil constitue un cru à la saveur particulière. Et Mise en orbite est un cru dont on fait les bonnes cuites. Entre l'humour noir bon enfant et les incursions bizarrement amusantes dans l'observation de notre époque (la tecktonik, le service minimum en cas de grève), on rencontre quelques clins d'œil plus ou moins vachards à d'authentiques personnalités : Laurent Gerra passe ainsi de vie à trépas, et l'on devine une boutade adressée au Didier Pasamonik du site ActuaBD (décrit comme ayant séjourné chez les Jivaros, remède salutaire à la supposée grosse tête du Monsieur)... Mais le plus étonnant est cet épisode des pages 13-14, où Raoul Cauvin se met lui-même en scène sous les traits d'un pépé qui fête ses 70 ans (c'était le cas du scénariste en septembre) de façon bien gore, après avoir reluqué à la télévision une version porno de Cédric ! (« Oooh Chen... Ho ! Cédric...  »)

Sans doute las de ne croquer que des cadavres en décomposition depuis vingt-six ans, Marc Hardy s'autorise quelques représentations féminines purement gratuites, dont la récurrente serveuse Anita ; on ne lui reprochera pas cette volonté d'injecter du pulpeux dans la putréfaction, bien que l'intérêt de l'album n'en soit pas la conséquence. En revanche, on est réellement soufflé, après aussi longtemps, qu'un nouveau tome puisse aborder avec autant d'inventivité, de fantaisie et de légèreté des thèmes qui confinent par moment à l'existentialisme le plus angoissant. Comme si l'objet avait besoin d'arguments de vente supplémentaires, les pages de garde constituent un jeu de l'oie cocasse, dont le potentiel ludique est dix fois supérieur à celui de l'album-jeu de Cédric sorti récemment ; ne manquent que les pions pour y jouer, mais vous trouverez bien quelques osselets qui feront l'affaire, par Anubis...

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