5.5/10Pierre Goldman, la vie d'un autre

/ Critique - écrit par plienard, le 27/02/2012
Notre verdict : 5.5/10 - On cherche encore Frédericks et Jones (Ecrivez votre critique)

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Connaissez-vous Pierre Goldman ? En ce qui me concerne, non. Ce monsieur était pour moi un parfait inconnu, et n’avait, semble-t-il, rien à voir avec le chanteur d’Elle a fait un bébé toute seule ou Né en 17, à Leidenstadt. En vérifiant sa biographie, je découvre que c’est son demi-frère. Mais cela reste anecdotique et n’a rien à voir avec le sujet du livre.


DR.
Pierre Goldman est né le 22 Juin 1944 et est mort le 20 Septembre 1979 dans la rue, abattu par plusieurs balles dans la peau. C’était un truand ? Oui, il l’a été. C’était un assassin ? Oui, au terme d’un premier procès inique. Non, au terme du second.

Emmanuel Moynot est auteur de bandes dessinées, chez Casterman - la série Nestor Burma pour les titres La nuit de Saint-Germain des près, Le soleil nait derrière le Louvre, L’envahissant cadavre de la plaine Monceau – chez Futuropolis – L’heure la plus sombre vient toujours avant l’aube – chez Delcourt, chez Dargaud, chez Glénat ... Il a décidé, ici, de faire, non sans mal, un livre-enquête, disons plutôt une bande dessinée-enquête, étant donné qu’il considère avoir fait une bande dessinée. Le sujet porte sur Pierre Goldman, un juif polonais, accusé d’un meurtre qu’il n’a sans doute pas commis et dont on suit le combat pour la vérité.

Alternant les pages dessinées de tranches de vie et des pages manuscrites repérant les entretiens de l’auteur avec différents protagonistes qui ont connu ou défendu Pierre Goldman, on va suivre ce fait divers qui a sans doute eu son écho dans la fin des années 70. J’emploie ‘sans doute’ car je n’ai personnellement jamais entendu parler de cet homme. Ce manque est maintenant comblé par ce livre, un peu lourd à digérer. Car malgré l’intérêt du sujet, où le combat de la vérité s’oppose, semble-t-il, à un certain antisémitisme, on a du mal à s’attacher, ou au pire à avoir de l’empathie pour cet homme à la psychologie complexe.

Le titre du livre en est d’ailleurs un bel exemple. La vie d’un autre exprime la dualité du personnage et cette dualité se révèle au lecteur par le mode de narration. Déstabilisant au début – on croit que E. Moynot s’est fourvoyé dans son écriture – on comprend, plus ou moins rapidement, l’effet de style. Emmanuel Moynot rapporte les écrits de Goldman et utilise le « je «  et le « il » dans les mêmes phrases. Est-il celui qu’il pense être ? Est-il celui qu’il dit être ? Toute une première partie de l’album joue sur cette dualité sans jamais y répondre. Je n’ai, en tout cas, jamais su trouver de réponse. Pierre Goldman est-il une victime ou un coupable ? Cette question est difficile. L‘auteur a-t-il une réponse ? Pas sûr, au vu de la page 134 où le père de Goldman s’évertue à clamer l’innocence de son fils alors que le commentaire dans la case joue sur le cynisme de la situation.

Il ne faut pas démarrer cette « BD » comme une bande dessinée traditionnelle, vous seriez déçu. Il faut vous attendre à des longueurs, et à des réflexions, des interrogations sur le déroulement des événements, sinon la lecture sera une épreuve perdue d’avance. Ce serait sans doute dommage de passer à côté comme j’ai pu le faire.


Mais, où est Charlie ?

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