8/10Un peu avant la fortune

/ Critique - écrit par riffhifi, le 25/01/2008
Notre verdict : 8/10 - Loto mobile (Ecrivez votre critique)

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Jean-Claude Denis au scénario, Dupuy-Berbérian au dessin : la collection commence bien joliment sa vingtième année, avec cet album chaudement recommandable.

La collection Aire Libre de Dupuis fête ses vingt ans cette année, en commençant par sortir en janvier deux albums de Jean-C. Denis : une réédition de Quelques mois à l'Amélie d'une part, et le présent récit dessiné par le duo Dupuy-Berbérian, qui glisse d'ailleurs un furtif clin d'œil à l'Amélie au détour d'une case.

Dans une grande ville qui ressemble à Paris sans l'être explicitement, Etienne est détective privé, option filatures de couples illégitimes. Rien de bien excitant. Un jour, il joue au loto et gagne le gros lot. Ou plus précisément, il réalise que son ticket porte les six numéros gagnants. Mais de cette découverte à l'encaissement, il y a un parcours semé d'embûches, de fantasmagories, et surtout le souvenir obsédant de la Laetitia qui l'a quitté.


Dupuy et Berbérian, le fameux dessinateur à quatre mains, écrivent le plus souvent leurs propres scénarios (et on ne s'avise pas de contester la légitimité grammaticale de cette phrase). Ici pourtant, ils n'ont sans doute pas hésité longtemps à collaborer avec Jean-C. Denis, qui leur offre un scénario à l'incontestable parfum de Monsieur Jean. Le héros, personnage paumé dans une ville familière mais impersonnelle, est victime de la tendresse de ses sentiments et de la marginalité de son métier ; entouré d'amis bienveillants mais impropres à l'amélioration de sa vie amoureuse, il doit batailler nonchalamment avec le quotidien. Sauf qu'ici, le quotidien a le visage d'un billet de loto gagnant ; et le héros, particulièrement porté sur la boisson, est affligé d'une sorte de paranoïa hallucinatoire qui lui fait croire qu'un croque-mort maléfique le suit en tous lieux, ou qu'une vie sous-marine parallèle lui permet de dialoguer avec sa Laetitia perdue.


Entre suspense comique bâti sur des ressorts classiques (un billet de loterie en danger permanent, une histoire d'amour) et poésie onirique dans les rêves, éveillés ou non, du malheureux Etienne, Un peu avant la fortune est une réussite à la fois scénaristique et formelle : le dessin de Dupuy-Berbérian, reconnaissable sans être servilement identique à celui de Monsieur Jean, est particulièrement mis en valeur par la très belle mise en couleur de Ruby, tirant vers le monochrome à mesure que la narration se rapproche du fantasme, et revenant aux couleurs de la réalité lorsque l'histoire y replonge. La morale de fin ne réinvente certes pas l'eau chaude, mais les personnages sont trop attachants pour qu'on boude cette conclusion...

L'argent ne fait pas le bonheur, mais si vous avez de quoi vous payer cet album, il y contribuera.

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