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7/10Petit Paul

/ Critique - écrit par Maixent, le 25/11/2018
Notre verdict : 7/10 - politiquement incorrect (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - laisser un commentaire

Quand l'exagération devient le maître mot du fantasme

Dès son arrivée en librairie, Petit Paul a été puni. Gibert et Cultura ne l'ont pas laissé rentrer, il n'avait pas l'âge légal. La polémique a pris le relais avec des mots mauvais comme « pédophilie », puis on s'est interrogé sur le caractère moral de Bastien Vivès et puis au final on a oublié l'album en lui-même. La bienséance internetophile s'est emparée de la cause avec pétition à l'appui contre cette apologie de l'abus de l'enfant et l'album relance le débat sur la liberté d'expression et la censure. Du coup on retient de Petit Paul une grosse bite et un enfant qui baise avec des adultes contre son gré, mais de quoi ça parle exactement ?


Devine qui c'est!

 

Pour ceux qui suivent Bastien Vivès, Petit Paul n'est pas un inconnu. Il est le frère de Magalie ; l'héroïne des Melons de la Colère paru en 2011 dans la collection "Bdcul" des Requins Marteaux. Un album empreint de violence rurale, dénonçant les abus des nantis face à une famille inculte mais fière faisant passer les valeurs de travail et de soutien avant tout avec tout de même un fond de naïveté. Magalie y est la victime innocente d'hommes sans scrupules qui se servent d'elle pour assouvir leurs plus bas instincts ce qui conduira son père à venger les viols à répétition subis par sa fille. Dans une scène, elle montre en détail à Petit Paul ce que ces hommes lui ont fait en reproduisant la scène. On y voit donc Petit Paul et sa sœur coucher ensemble dans le foin mais il faut croire que la scène était passée inaperçue ou que le public était déjà habitué aux frasques de Jaime et Cersei dans Game of Thrones... Bref, la polémique aurait pu se déclencher à ce moment là mais il n'en est rien, et il faut croire que Bastien Vivès s'était attaché à ces personnages, jusqu'à en proposer un album plus léger, sans haine ni violence, mais clairement plus orienté cul.

Petit Paul est construit comme une compilation des albums de Martine. En effet, chaque histoire débute par une illustration façon Marcel Marlier, mais détournée comme on peut le voir souvent sur internet. Seul élément de couleur dans tout l'album, elles permettent d'emblée d'inscrire Petit Paul dans le registre de la parodie. Car ici, tout n'est que parodie et exagération, à commencer par le sexe de Petit Paul, de la taille d'un bras d'enfant, ou les litres de sperme qui s'en échappent dans la plus pure tradition du "futanari" développé dans le manga des années 90. Selon wikipédia, « ce type de pornographie met en scène des femmes qui possèdent à la fois une vulve et un pénis, ou plus rarement seulement un pénis. La taille de leur pénis — et de leurs seins — est généralement disproportionnée, pouvant atteindre les 90 cm de long. Le genre du futanari est surtout présent dans les mangas et animes (hentai) et est particulièrement populaire dans les cercles amateurs. Il est souvent couplé avec les autres genres de l'humour, de la parodie, de la romance ou de l'horreur. » Or, Petit Paul appartient clairement à ce genre, se nourrissant de références manga et surtout, jamais crédible. Il s'agit d'une référence à un genre certes obscur mais admis d'un auteur nourri de mangas et de son corolaire érotique, les hentais.
Le danger sous-estimé des cuvettes...

 

Sans détailler l'ensemble des histoires présentes dans l'album elles sont le plus souvent une mise en scène, comme la seconde, inspirée vraisemblablement du vaudeville dans une forme contemporaine. On y retrouve Petit Paul et Magalie en visite chez Sherifa pour un goûter d'anniversaire. Lors d'une partie de cache-cache avec ses petits camarades, Petit Paul se met à l'abri dans la penderie. Il observe ensuite Magalie et Sherifa qui ont choisi ce moment d'intimité, les enfants étant occupés,  pour essayer un costume, provoquant une formidable érection chez le voyeur en herbe. Découvrant ce sexe géant qui dépasse de derrière les rideaux et alors que les parents de Sherifa vont entrer dans la chambre, cette dernière, prise de panique, cache le sexe de Petit Paul de la façon qui lui semble la plus simple, en se l'enfilant dans son entièreté. On assiste alors à une scène semblable à celle d'ouverture dans Sex Academy, quand la famille, le curé et tout un tas de personnages rentrent dans la chambre de l'héroïne alors qu'elle est tranquillement en train de se donner du plaisir avec un gros god rose. On se doute bien que tout cela finira mal...



 

Tous les personnages sont exagérés, tout comme les actions et les organes sexuels dans des situations souvent cocasses et ridicules. On retrouvera Petit Paul coincé dans la cuvette des toilettes selon un angle improbable de son sexe et une solution radicale pour l'en décoincer. Ou encore une cérémonie du thé qui tourne mal. Car chacun sait qu'effectuer la cérémonie du thé après minuit à des conséquences dramatiques, mais on ne retient pas assez le sage enseignement des Gremlins et la petite vieille, madame Kakadessu va se transformer fantasme d'écolière japonaise, de celles qui aiment les grosses tentacules.

Toutes les histoires ne sont pas égales et l'album manque parfois de profondeur. Même si l'on comprend les références et que l'on retrouve un érotisme diffus, on se perd parfois dans la parodie. Il n'empêche qu'il reste un ovni dans un monde éditorial souvent trop lisse avec de réelles qualités graphiques, le trait souple de Bastien Vivès se prêtant assez bien aux extravagances de ses personnages. On ressent parfois plus le fait que ce soit un exercice, sans vraiment de contenu mais le ton léger et badin permet d'avoir une lecture plutôt agréable.

Petit Paul est rempli de bonnes idées que l'on a occulté au profit de la polémique. Mais ça reste un ouvrage sympathique sans être exceptionnel, cohérent de bout en bout, et si il peut choquer, c'est oublier qu'un auteur est aussi là pour aller un peu plus loin.

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