9/10Papa est un peu fatigué

/ Critique - écrit par iscarioth, le 22/12/2006
Notre verdict : 9/10 - « Un papa lamentable, un mari lamentable, cherche la lumière » (Ecrivez votre critique)

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Papa est un peu fatigué est un excellent récit de vie sur les thèmes de la paternité, la maladie et le surmenage. L'une des plus belles réussites de l'année, à se procurer sans hésitation.

Ville Ranta : très certainement le seul dessinateur finlandais connu des bédéphiles de l'hexagone. Le jeune homme a été placé sous le feu des projecteurs très brusquement, en signant la réalisation graphique d'un scénario de Trondheim, Celebritiz, sorti juste après le couronnement du créateur de Lapinot à Angoulême. Celebritiz, on n'en retiendra que deux choses :

  1. C'est très loin d'être le meilleur album de Trondheim
  2. Cette BD aura au moins eu le mérite de nous faire découvrir Ville Ranta, dessinateur au trait très nerveux et esquissé, qui a une façon très personnelle de dessiner les nez (avec deux ou trois mandibules).

undefined721_250.Loin des grosses maisons d'édition, loin des grosses commandes, Ville Ranta nous revient avec un album autobiographique, racontant son année et demi de vie de père, en 2004. Sa femme reprend ses études et lui devient père au foyer. Beaucoup, depuis Joe Matt, ont tiré les enseignements du maître : quand on parle de soi, quand on se couche sur le papier, mieux vaut laisser de coté toute pudeur et parler de soi avec honnêteté. Ville Ranta excelle dans l'exercice. Le jeune père se décrit comme étant très loin de l'homme parfait, tout en semblant ne pas vouloir le devenir, en assumant ses petits défauts. Là où Joe Matt se montrait avec humour très radin et capricieux, Ville Ranta se représente sur un ton dépressif comme un être presque égocentré, tiraillé entre ses responsabilités de père auxquelles il ne peut échapper et son désir d'accomplir ses rêves, de vivre une vie d'artiste. En autobiographie comme dans d'autres genres intimistes, on retrouve toujours cette dualité entre réalité et fantasmes. Et comme le disent si hypocritement les parents, « l'honnêteté, ça paye ». A se montrer entier, dans toute sa sensibilité mais aussi dans tous ses travers, Ville Ranta touche le lecteur, développe en lui un fort sentiment d'empathie. Le thème de la paternité, si peu souvent investi, si ce n'est à coup de guimauve dégoulinante, est brillamment abordé. C'est la deuxième réussite du genre pour les éditions Ca et là, qui ont publié il y a quelques mois Little Star d'Andy Watson, autre album devenu une référence sur le même thème.

undefined722_250.Papa est un peu fatigué compile des extraits des planches dessinées par Ville Ranta pendant dix-huit mois. L'album commence comme un carnet de croquis, avant de se transformer en une suite narrative un peu plus familière. Le style de Ville Ranta est très abouti. Son trait fait dans le schématique, dans l'esquisse nerveuse. On penserait à Reiser, si l'objet était humoristique. Ranta nous raconte ici sa mise à l'épreuve, notre jeune père apprenant que sa fille, qui souffre de complications de santé régulières, est diabétique. Ranta couche sur le papier toutes ses impressions, ses sentiments et ses inquiétudes. Les turpitudes intérieures d'un homme, qui par leur honnêteté et leur humanité, forment un récit de très haute universalité.


Papa est un peu fatigué est un excellent récit de vie sur les thèmes de la paternité, la maladie et le surmenage. L'une des plus belles réussites de l'année, à se procurer sans hésitation.

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