5/10Pandora Box - Tomes 1 à 4

/ Critique - écrit par iscarioth, le 20/10/2005
Notre verdict : 5/10 - L'Orgueil (Ecrivez votre critique)

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Critique des tomes 1 à 4 : malgré tous ses défauts, Pandora Box est une série qui se lit sans déplaisir. Les histoires proposées sont bien découpées et articulées, à défaut d'être sublimées par un dessin et une orientation scénaristique spectaculaire.

Présentation de la série

Sept mythes, sept technologies, sept pêchés capitaux : voici le pitch de départ de Pandora Box. Chacun des sept albums de la série s'articulera donc autour de ces trois données. Un huitième album, baptisé L'Espérance, sortira en janvier 2006 pour « unir les 7 premiers tomes ». Didier Pagot introduit et conclut la série. Six autres dessinateurs officient au dessin sur les six tomes centraux. Pas de toute, nous nous trouvons bien ici au coeur d'un système élaboré et porté haut par Frank Giroud, celui de la série à dessinateur multiple, déployant une saga à portée universelle, composée de plusieurs histoires apparemment tout à fait indépendantes les unes des autres mais reliées entre elle par un fil conducteur plus ou moins grand. Ici, le fil conducteur ne semble pas très important, il est presque invisible : pas de Nahik portant le témoignage du temps qui passe comme dans le Décalogue. Les albums peuvent réellement se lire dans n'importe quel sens, ce sont de véritables one-shot. Le projet était audacieux de la part d'Alcante, qui signe sa première réalisation scénaristique officielle. Oeuvrer dans un genre inauguré par Frank Giroud n'est pas une mince affaire. Le Décalogue n'est certainement pas parfait, mais il a placé haut la barre dans un style qu'il a mis en place. Le lectorat, désormais habitué au genre (le Triangle Secret, Quintett), est devenu assez exigeant, ce qui rend les choses difficiles pour cette série. Le scénariste, Alcante, a fait ses classes sur le site BDAMATEUR, une référence sur le web francophone réunissant les dessinateurs amateurs de bande dessinée de tous horizons. En 1995, Alcante remporte un concours de scénario et voit son récit publié dans les pages de Spirou. À partir de 2002, il publie régulièrement ses scénarios d'histoires courtes dans les pages du Journal. C'est donc tout naturellement chez Dupuis que l'auteur a signé son premier projet, d'une très grande envergure. Alors que Giroud a réunit les plus grands noms de la bande dessinée franco-belge sur ses projets (Kraehn, Gillon, Franz, Béhé...), l'équipe d'Alcante est composée de dessinateurs autrement moins connus : Pagot, Radanovic, Dupré, Pignault, Juszezak, Henriet et Damour. Des patronymes qui raisonnent comme ceux de parfaits inconnus dans la tête de la plupart d'entres nous. Quant on sait que le principal attrait d'une série à dessinateurs multiples est la comparaison de styles connus dans un projet à essence unique, cela peut déjà constituer un premier handicap important. Mais le projet peut aussi révéler plusieurs auteurs de grand talent... Prenons donc les albums comme ils viennent...

Tome 1 - L'Orgueil - Dessin de Didier Pagot, couleurs de Christophe Araldi

Résumé : Nous sommes à quelques jours des élections présidentielles aux Etats-Unis. Narcisse Shimmer, le président sortant et candidat à sa propre succession, devance de peu dans les sondages son candidat républicain Georges Costner. Ce dernier se paye les services de Mr Grubb, qu'il charge de trouver un élément dans la vie ou le passé de son concurrent qui puisse le faire chuter dans les sondages...


Critique :
Pêché traité : l'orgueil, mythe : Narcisse et technologie : le clonage humain. Au bout de quatre pages lues, on arrive très aisément à pressentir le déroulement de l'intrigue de ce premier épisode. Les éléments en place, mêlés, ne donnent pas corps à une foule de possibilité et le scénario ne parvient à aucun moment à surprendre. Celui-ci s'éloigne même assez de son thème central : le pêché d'orgueil, ce qui est assez regrettable, surtout pour un tome d'introduction sur une série dédiée aux sept péchés capitaux. Le dessin de Didier Pagot, alias Peter Nielsen, est d'une qualité correcte mais passe plutôt inaperçu. Toutefois, on ne peut techniquement trop rien reprocher à ce premier tome, bien découpé et articulé malgré le manque d'engouement que l'on peut ressentir à la lecture. L'un des gros problèmes de l'album, que l'on va retrouver dans les tomes suivants, est la coloration, très flash, qui saute aux yeux, dans un style informatisé très fade mais à la mode en ce moment. Les personnages sont assez stéréotypés. Grubb fait penser aux bad boys enquêteurs habituels de la bande dessinée franco-belge. On atteint un sommet de ridicule lors de la scène de combat entre lui et la directrice de campagne du président qui se transforme en championne de kick boxing. Shimmer, le héros, est représenté comme quelqu'un de bon mais absorbé par son métier et qui, par pêché d'orgueil, voit sa vie basculer irrémédiablement. Paris, le personnage du tome suivant, sera de la même configuration. Shimmer chute à cause d'un « autre lui », à l'image de son prédécesseur mythique, Narcisse, qui fut séduit par son reflet dans l'eau, tomba et se noya. On peut d'ores et déjà remarquer que les sous entendus aux grands mythes grecs, que l'on rencontre à chaque tome, sont amenés très finement, sans lourds parallèles ni clins d'oeils grossiers au lecteur, ce qui est appréciable.

Tome 2 - La Paresse - Dessin de Radovanovic, couleurs de Christophe Araldi

Résumé : Paris Troy est un grand champion d'athlétisme, détenteur depuis dix ans du record du monde du 100 mètres. Blessé pour la première fois de sa carrière, il doit se remettre rapidement pour participer à ses derniers jeux olympiques et faire face à un concurrent de taille : Ace Achean.


Critique :
On remarque dès la couverture le style très particulier de Radovanovic. Vujadin Radovanovic est architecte de formation. Même s'il a déjà oeuvré à plusieurs reprises pour la bande dessinée en Serbie, La Paresse est sa première publication en France. Son dessin est très particulier dans la façon de représenter la musculature des sportifs. Les corps semblent déformés par une musculature ultra sèche dont on se demande si elle est humaine. Passez moi la comparaison bien trop flatteuse et inappropriée, mais Radovanovic déforme la musculature de ses sportifs comme Ingres allongeait le dos de ses modèles. Le style du dessinateur est aussi surprenant dans sa façon de représenter l'homme noir, avec une peau très travaillée au trait, des jeux d'ombres et de nuances très poussés. Les décors, eux, loin d'être aussi travaillés, sont parfois même inexistants. Les arrières plans sont souvent comblés par des dégradés et autres « remplissages » réalisés à l'ordinateur. Après une bonne introduction, La Paresse nous présente l'univers d'un homme qui a toujours refusé le dopage et qui, en fin de carrière, face à la difficulté de l'effort, va céder. Alcante dénonce les méfaits du dopage et du business qui viennent pourrir le monde du sport mais son discours reste très didactique. Le scénariste n'apporte aucune substance permettant au lecteur d'approfondir sa réflexion sur le sujet. On reste dans la dénonciation pure et simple, sans réelle analyse, avec même un certain pathos (le coup du grand sportif ami avec un enfant myopathe). On croirait parfois l'album scénarisé par Derib. Néanmoins, malgré ces défauts, on pressent ici l'une des forces de Pandora Box : le sens de la documentation de son auteur, qui a ici effectué un bon travail de recherches médicales et sportives.

Tome 3 - La Gourmandise - Dessin de Dupré, couleurs de Usagi

Résumé : Tézé, recueilli enfant par celui qui allait devenir ministre de la santé, est nommé à la tête de l'agence française de sécurité sanitaire des aliments alors qu'une grande crise de vache folle se prépare.


Critique :
La force documentaire d'Alcante va s'exprimer dans tout son ampleur, positive et négative, avec ce troisième tome. La gourmandise, même s'il présente des personnages et événements fictifs, est un véritable documentaire. L'album investit le monde de l'agro-alimentaire. On en apprend sur les conditions de vie des animaux promis à l'abattage, avec la question sous-jacente et presque jamais abordée en bande dessinée comme ailleurs de la condition animale (peut-on ou doit-on parler de torture ?). La gourmandise, par l'intermédiaire des différents personnages, informe beaucoup le lecteur sur les aspects les plus vicieux et cruels du système. On se souviendra de ce bon parallèle critique entre la société de consommation et l'industrie agro-alimentaire (l'horreur des poulets élevés en batterie contre l'image que l'on propose à la vente, la discussion de hauts placés dans un restaurant huppé entrecoupé de l'évolution du bétail en abattoirs). Ce coté « reportage » est très enrichissant pour les néophytes en agrobusiness que nous sommes presque tous mais, revers de la médaille, casse beaucoup la crédibilité de l'album en tant que fiction. Les personnages de l'album dialoguent entres eux comme s'ils faisaient cours à des premières années en Fac. Néanmoins, grâce à la présence d'une enquête, l'album ne tombe pas totalement dans l'écueil de l'exposition. Sont dénoncés dans l'album, les mécaniques financières et politiques qui font entrave aux mesures de sécurité et de santé publique. Le dessin réaliste de Dupré atteint un bon niveau et, pour la première fois, la coloration, toujours effectuée à l'ordinateur, est acceptable, avec suffisamment de nuances et de sobriété.

Tome 4 - La Luxure - Dessin de Pignault, couleurs de Usagi

Résumé : Ewan Orfay, génie des effets spéciaux, a monté une grande société d'infographie. Il s'apprête à envahir le marché du cyber sex avec une invention révolutionnaire permettant de faire l'amour virtuellement à de splendides naïades...


Critique :
Vous l'attendiez tous... Le voilà, le pêché de luxure. Une poitrine énorme, un jeune homme BCBG ressemblant fort à Hugh Grant... La couverture de ce quatrième album annonce fort bien les choses. Le dessin de Pignault nous renvoie fortement au comics, avec des corps masculins et surtout féminins très idéalisés, aux proportions généreuses. Dans sa façon de mettre en cadre et en page, dans sa gestion du modelé au trait, Pignault fait aussi penser aux dessinateurs d'outre-atlantique. Le style de Pignault colle réellement au contenu de l'album et, pour la première fois, le caractère informatisé de la coloration, pour cette histoire de sexe virtuel, n'est pas un désavantage. On repère tout de même des vignettes dont certains éléments ont l'air complètement bâclés (page 22, vignette 4). Les personnages, comme dans les opus précédents, ne brillent pas particulièrement par leur profondeur. On a droit à la caricature de l'ado naïve et en pleine rébellion et tous les autres personnages de l'album sont tout à fait transparent, ne se démarquant sur aucun point les uns des autres. Le principal écueil est tout de même esquivé. Alcante évite le discours moralisateur et vieillot sur le thème du sexe, en en dénonçant simplement sa commercialisation, légale ou illégale.

Impressions globales

Au bout de quatre albums parus, la moitié de la série écoulée, il est temps de dresser un premier bilan. En lisant ces quatre premiers albums, plusieurs défauts se font récurrents. La coloration, toujours informatisée, nous laisse pour la plupart une impression de fadeur et de simplicité qui ne s'inscrit pas au service du dessin. Les dessinateurs choisis le sont bien dans le sens où ils ont tous des styles fort différents. Les albums se distinguent de fait mieux les uns des autres. Contrairement au Décalogue, Pandora Box s'annonce comme étant la première série à dessinateur multiples à être constituée de véritables one-shot forts indépendants les uns des autres. Le sens de lecture est donc ici véritablement multiple car sans grande importance. La présence d'une clocharde aux dons divinatoires dans chaque album est le seul fil conducteur apparent et l'on verra s'il se révèle pertinent avec le huitième et dernier tome qui, n'en doutons pas, nous en dira plus sur ce curieux personnage...

Le pari de départ, qui était de mettre en corrélation mythes, nouvelles technologies et péchés capitaux est rempli même s'il ne se révèle que partiellement pertinent. Les grands connaisseurs de mythes, qui maîtrisent l'histoire de ceux-ci dans le détail pourront s'amuser à relever toutes les similitudes entre le mythe traité et sa déclinaison moderne. Pour ceux qui n'ont une connaissance que superficielle de la mythologie, c'est-à-dire une grande majorité du public, le rapport ne sera que très lointain et anecdotique. Beaucoup ont reproché à cette série de surfer sur la vague. Quelle vague ? Et bien tout d'abord celle des séries à dessinateurs multiples, nous en avons déjà parlé plus haut. Mais aussi sur celle des 7 Péchés Capitaux. Depuis le film Se7en de David Fincher, le thème revient à la mode et est largement exploité par les secteurs du média et du livre (rappelez-vous la ridicule émission de Julien Courbet). Cette nouvelle variation signée Alcante se propose de replacer chaque péché originel au coeur de la vie moderne. On parle donc de sujets très en vue ces dernières années : le dopage, le clonage, la vache folle, le cyber sexe... Racoleur, diront certains. Il faut dire que les thèmes sont traités plus sous forme d'illustration que d'analyse. Alcante a effectué un gros travail de documentation, c'est indéniable, mais ses fictions n'apportent aucune matière réflective aux lecteurs avides de se creuser la conscience sur ces sujets... On renseigne, sans forcément bouleverser. Le format n'est pas là pour aider. Difficile de créer une histoire de grande profondeur sur 48 pages. Plus difficile encore de le faire sept fois. On n'échappe pas aux scènes d'exposition parfois amenés très artificiellement (la scène de famille, début de La Paresse) et les personnages sont toujours très plats. Peu de choses les distinguent les uns des autres, au niveau du discours. Alcante ne semble pas être un grand dialoguiste. Les propos échangés par les protagonistes sont souvent trop écrits et manquent de crédibilité, de réalisme (voir la critique de La Gourmandise plus haut). Malgré ce que l'on peut penser, le ton de la série reste résolument optimiste, avec des personnages qui agissent de façon héroïque, même dans leurs erreurs (les choix douloureux de Shimmer, Tézé). Un certain romantisme dans la représentation de l'être humain.

Pandora Box fourmille d'éléments qui tendent à nous faire penser que la série risque de très mal vieillir. Des détails comme une affiche de Marilyn Manson ou une statue de Crazy Frog (tomes 3 et 4) qui apparaîtront comme ultra kitsch dans quelques années. Mais aussi des thèmes et une façon de les projeter dans l'avenir proche qui pourra faire aussi doucement sourire dans le futur. Ajoutez à cela une coloration défaillante, qui sautera aux yeux des gens de demain encore plus qu'à ceux d'aujourd'hui...


Malgré tous ses défauts, Pandora Box est une série qui se lit sans déplaisir. Les histoires proposées sont bien découpées et articulées, à défaut d'être sublimées par un dessin et une orientation scénaristique spectaculaire.

Tome 1 - L'Orgueil
Tome 2 - La Paresse
Tome 3 - La Gourmandise
Tome 4 - La Luxure

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