Déjà ! La série n'a même pas un an que sortent déjà les tomes 5 et 6. Pandora Box nous démontre que la série à dessinateurs multiples est un genre répondant tout à fait aux attentes de l'édition d'aujourd'hui, basée sur le "tout, tout de suite". On a déjà parlé des tomes 1 à 4, qui n'ont brillé ni scénaristiquement ni graphiquement. Ici, la tendance se confirme : Pandora Box n'est pas à dénigrer complètement, elle possède bien des qualités de documentation, de découpage et de rythme, comme on l'a dit, mais reste très loin d'un bon niveau...
Tome 5 - L'avarice - Dessin de Erik Juszezak, couleurs de Usagi
Résumé : John Midas est un crack de la finance. Il est à la tête d'une véritable fortune et ses conseils en matière d'actions boursières sont écoutés par le monde entier. En pleine élection présidentielle brésilienne, Midas prépare un coup fumant, qui, s'il échoue, pourrait bien lui faire perdre gros...

Critique : On aborde une nouvelle fois les thèmes de la politique et du business. Deux univers présentés comme de grandes machines à profits monstrueuses. Deux univers mis en contraste avec la misère et la masse manipulée, avec comme arme principale le pathos (le peuple, qui survit, à l'image de l'agriculteur sud américain). Si l'album a, dans le fond, le mérite de mettre en scène la logique de pouvoir dans les pays occidentaux et capitalistes, ce n'est pas encore avec lui que l'on trouvera des profils de personnage très variés. Encore une fois, tous sont extrêmement neutres et fades, « se contentant de réciter leur texte » comme on le dirait pour des acteurs... Le final de ce cinquième tome est particulièrement révélateur de l'état d'esprit général de la série, désespérément optimiste voire niais quant à la nature humaine. L'aspect documentaire du travail d'Alcante ici appliqué au monde de la bourse est presque énervant. Un amateur éclairé trouvera cette approche didactique simpliste voire irréelle tandis que quelqu'un d'étranger à ce milieu et sans affinité particulière avec lui ne trouvera pas grand intérêt à être mêlé aussi intensément au sujet. Encore une fois, on trouve beaucoup de dialogues explicatifs, qui plombent la crédibilité de la fiction. L'Avarice est pour l'instant l'album qui s'en sort le mieux graphiquement. Erik Juszezak, à la différence de la plupart de ses prédécesseurs sur cette série, est un dessinateur d'expérience et assez connu des bédéphiles pour quelques séries (Oki, Narvalo...). Ceux ayant déjà lu une de ses BD reconnaîtront son style : classique et réaliste, épuré et léger. Un coup de crayon qui fait bon mariage avec le pinceau (numérique) d'Usagi. Les planches ne sont pas désagréables à parcourir, malgré, encore une fois, quelques facilités infographiques assez lourdes...
Tome 6 - L'envie - Dessin de Henriet, couleurs de Usagi
Résumé : Tibor et Eva travaillent en usine. Un jour, ils sont électrocutés mais s'en sortent indemnes. Quelque chose en eux a pourtant changé. Leur attitude va se faire différente. Ils vont peu à peu comprendre qu'ils sont au coeur d'une grande manipulation...

Critique : Ce tome six possède un découpage aussi bon que le fond de son scénario est navrant. L'envie nous présente un futur proche et des personnages qui se découvrent être des androïdes. Sur le thème, L'envie entasse les « clichés ». L'album se vautre dans les fantasmes de base de la science fiction, dans des idées et stéréotypes périmés au moins depuis le Terminator de James Cameron. Exemples : les androïdes peuvent télécharger des savoirs et parler cent langues, on peut les « télécommander » par carte... On retrouve bien sûr le thème délavé et fatigué des androïdes qui se révèlent bien plus « humains » que leurs géniteurs de chair. On reconnaît aussi de grossières références aux écrits d'Isaac Asimov (les Lois de la robotique). Les personnages évoluent d'une façon vide de sens. En quelques pages, la « méchante scientifique amorale » se transforme sans aucun motif apparent en « gentille résistante humaniste », les deux androïdes, qui viennent à peine de réaliser qu'ils ne sont pas humains et que tous leurs souvenirs ne sont que chimères, évacuent leur choc en quelques pages et raisonnent ensuite déjà en dehors du genre humain... Le scénario est bourré de clichés, pas seulement du genre SF, renvoyant aussi aux pires navets hollywoodien d'action, avec un flot de punch lines (page 31, le coup du super méchant qui parle trop et des héros qui arrivent à filer avec classe et, page 40, le très ridicule « muy bien, señorita ! »). Dommage, car ce sixième tome est celui le plus basé sur l'alternance de scènes « décousues » mais convergents vers le climax final (le grand canyon, les pompiers, le patron « big brother »...). Un effet mainte fois utilisé au cinéma et en bande dessinée, mais toujours intéressant à voir manipulé.
Ces deux nouveaux one shot nous confortent dans notre jugement. Pandora Box n'est pas une série sans qualités. On trouve un scénariste qui a le sens du découpage et de la documentation. Mais les histoires exposées sont trop faibles et prévisibles : dialogues peu naturels, personnages sans épaisseur psychologique, réutilisation des clichés du genre... Une série qui ne fera sans doute pas date comme l'une des meilleures de sa catégorie. Reste à attendre le huitième tome et la teneur de son twist final pour se prononcer définitivement.
iscarioth []

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