4.5/10Ouvert la nuit

/ Critique - écrit par riffhifi, le 28/03/2008
Notre verdict : 4.5/10 - Vampire de supérette (Ecrivez votre critique)

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Et si les vampires étaient des ploucs avec des boulots pourris ? Ils seraient nettement moins glamour, et ressembleraient à n'importe qui. La démonstration en 182 pages est forcément un peu superflue.

Dargaud a une politique d'édition des comics un peu aléatoire. S'il publie quelques classiques du strip comme Dilbert et Garfield, ainsi que des valeurs sûres comme le jeune surdoué Paul Pope, il sort parfois d'un tiroir des curiosités un peu inutiles, comme ce Ouvert la nuit, traduction plus proche du premier titre envisagé (Night shift) que de celui que les auteurs ont finalement choisi : Life sucks. Il est vrai qu'en français, La vie suce n'aurait pas été particulièrement pertinent.

Dave travaille dans une boutique qu'on dirait tout droit sortie de Clerks. Employé modèle (dans son cas, c'est vrai), il tient la caisse toute la nuit et rentre se coucher avant le lever du soleil. Le rythme lui convient parfaitement puisque Dave est un vampire, créé deux ans plus tôt par le Prince Radu, le propriétaire de la supérette. Ce qui lui convient moins, en revanche, c'est la nécessité de boire du sang, lui qui a toujours préféré les céréales et les légumes. Dommage, car sa nature vampirique pourrait peut-être lui attirer les faveurs de Rosa, la jolie gothique qui passe
régulièrement dans son échoppe...

Le vampire est un personnage dont la littérature (dessinée ou non) et le cinéma ont fait largement le tour au cours de la centaine d'années écoulée. Difficile de renouveler le genre, même par une tentative maladroite d'ancrer la légende dans un quotidien reconnaissable. Les scénaristes Jessica Abel et Gabe Soria semblent penser qu'en dépouillant le mythe de son décorum et en faisant des vampires de simples schnocks forcés de payer leur loyer en passant le balai, ils dynamiteront l'image que les lecteurs peuvent avoir de ce type de personnage. Pourtant, la démarche a deux failles majeures. Elle manque d'originalité : pour chercher un exemple un peu pointu, on citera cet épisode des Contes de la Crypte appelé Le vampire récalcitrant, où Malcolm McDowell bossait comme veilleur de nuit dans une banque du sang pour s'y nourrir. Et elle est poussée à un stade si avancée qu'elle en oublie que le vampire n'est lui-même qu'une métaphore (de la sexualité, de la maladie, etc., suivant le contexte) : en retirant les artifices du fantastique, on ne laisse au récit qu'un goût de banalité bien fade, qui fait de l'album une sorte de sitcom à peine teintée de fantastique. Pour ne pas risquer de
rendre les protagonistes antipathiques, l'horreur et le gore ne sont dispensés qu'au compte-goutte, frustrant ainsi les amateurs de vampirisme tout en dégoûtant un peu les phobiques.

Visuellement, Warren Pleece a une approche cohérente avec celle des auteurs : plate et dénuée de mystique, l'image ne connaît que de très rares bouffées de violence, comme celles des pages 48 et 95, qui réveillent un peu sans pour autant sauver le récit. Le style de Pleece, à base de visages lisses et figés, n'aide pas non plus à s'enthousiasmer pour les personnages.

Rendons à l'album ce qui lui appartient : la bluette se lit facilement, et l'argument vampirique tient vaguement en éveil, générant une attente constante d'une audace visuelle et narrative qui n'arrive malheureusement jamais. A ce stade, on ne se lamentera même pas de la traduction française parsemée d'anglicismes maladroits, puisqu'on ne vous conseille pas vraiment la lecture de cet opus...

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