9/10Où le regard ne porte pas...

/ Critique - écrit par iscarioth, le 23/11/2005
Notre verdict : 9/10 - Humain (Ecrivez votre critique)

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Où le regard ne porte pas est une petite merveille du 9ème art. Une histoire touchante car humaine, pour un découpage duquel s'exalte un envoûtant parfum de poésie.

Le diptyque Où le regard ne porte pas a été la grande surprise de l'année 2004. Un bon nombre de bibliothécaires et de libraires peuvent appuyer cette affirmation. Le premier volume de cette aventure est sorti au mois de janvier 2004 et le second en août. Sans doute faut-il encore attendre un peu avant de se prononcer avec force, mais l'on peut d'ores et déjà avancer que ce diptyque est, pour Olivier Pont, celui de la consécration.

L'histoire

01_250Le premier tome raconte l'enfance de quatre gosses du Mezzogiorno italien : Paolo, Nino, et surtout Lisa et William. Lisa est une petite fille joviale mais parfois étrange. Elle semble bouleversée par des croyances ésotériques. William est anglais. Il vient d'arriver dans la petite ville de Barellito, où lui et sa famille sont très froidement accueillis. Son père est un pionnier de l'ère industrielle et compte exporter la pêche moderne dans une Italie qui vit encore aux rythmes du siècle dernier.

Le deuxième tome nous emmène vingt ans plus tard et nous fait suivre les retrouvailles de nos quatre héros devenus adultes. Sur un coup de tête, Lisa demande à ses vieux amis de la suivre en Amérique du Sud, où elle compte retrouver la trace de son fiancé. Les quatre personnages comprendront dans la jungle ce qui les uni depuis l'enfance, eux, qui sont nés le même jour.

Un style, un découpage : une narration

Le premier tome est très intimiste. Il raconte l'enfance par l'enfance : naïvement, tendrement. Ce premier tome, comme le second, s'étale sur 90 pages. L'histoire aurait très bien pu être expédiée en 50, mais Pont et Abolin ont prit le temps d'aplanir les choses. Certaines pages de l'album se passent sans un bruit, avec un découpage qui renforce une impression de retour à la nature. Une narration naturaliste qui nous plonge réellement au coeur de la vie des personnages, dès les premiers instants de lecture. Olivier Pont se prononce à ce propos lui-même lors d'une interview accordée à ActuaBD : « Nous voulions avoir le temps de pouvoir nous exprimer au travers de non-dits, c'est-à-dire au travers de pages durant lesquelles il ne se passait pas grand-chose. Nous pouvions nous attarder sur des regards, des sourires, des paysages, des animaux... » Un pari artistique qui s'est avéré efficace. Rarement une BD ne montre des personnages aussi attachants et touchants. L'enfance commune de Pont et d'Abolin, passée dans le Var, a aidée à la réalisation de cette aventure aux couleurs chaudes et dorées. Mais bien plus que la chaleur et les paysages, c'est l'enfance qui est évoquée par les auteurs. L'enfance que nous revivons en compagnie des quatre personnages centraux, déchirés par leurs premiers amours et par le mouleregardneportepas02_250.onde adulte, est une enfance à portée universelle, au travers de laquelle chacun se retrouvera et redécouvrira des sentiments enfouis. Dans le deuxième volume, on perd de ce coté attendrissant. Les personnages sont devenus adultes et la narration se fait moins onirique. De plus le coté fantastique et ésotérique est bien plus prononcé, ce qui a décontenancé certains fans du premier volume. Mais la poésie est toujours au rendez-vous. En témoigne, le final, véritable pic d'émotion, pendant lequel on comprend le sens du titre de cette aventure.
Ceux qui ont lu La Honte, travail de commande réalisé par Pont et Jim pour Vents d'Ouest, reconnaîtront au premier coup d'oeil le style si caractéristique d'Olivier Pont. Cette façon, semi caricaturale, de représenter les expressions du visage, ces silhouettes très « esquissées ». Cependant, si l'on reconnaît la marque de fabrique de Pont en scrutant les visages de Où le regard ne porte pas, on peut noter un remarquable travail sur les décors, qui jouent un rôle majeur, contrairement à dans la plupart de ses anciens travaux.


Où le regard ne porte pas est une petite merveille du 9ème art. Une histoire touchante car humaine, pour un découpage duquel s'exalte un envoûtant parfum de poésie. Déjà une BD phare dans la carrière de Pont, un auteur qui promet beaucoup. Espérons le recroiser bientôt, comme dessinateur ou même comme réalisateur. Olivier Pont ne cache pas ses désirs de devenir cinéaste et s'investit en ce moment même dans la conception de son premier court métrage. Peut-être, un jour, aurons nous droit à l'adaptation filmique de ce fabuleux Où le regard ne porte pas ...

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