7/10One of Us - Tome 1 - Aldis

/ Critique - écrit par athanagor, le 30/04/2009
Notre verdict : 7/10 - On es(t) fou (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

Premier tome d'une série qui, malgré son environnement un peu niais, retient l'attention par son exposition et son illustration, à la limite de l'étrange.

Dès son plus jeune âge, Aldis montre une étrange capacité. Il voit la tristesse des autres, ou plutôt il la ressent. Comment alors s'étonner du naturel dépressif de ce garçon, que l'on retrouve étudiant de psychologie à l'âge adulte. En première année de faculté, il n'est pourtant pas complètement à plaindre. Pour une mystérieuse raison, il se voit l'honneur d'être pris comme patient par le grand psychanalyste Cordell Laplante, qui voit en lui un élève brillant. C'est du moins ce que celui-ci lui avoue, mais son regard dénonce des intentions plus profondes. Vaquant à ses occupations de jeune branleur de fac de psycho, s'intéressant mollement à la politique et à l'injustice sociale, ses déambulations vont le mener vers une bien inquiétante révélation. Son exceptionnelle capac
ité empathique semble s'accompagnée d'une étrange disposition : le chagrin, la colère de ceux qui l'entourent lui confèrent une énergie et une force hors du commun, qu'il est incapable d'emmagasiner ni de contrôler. Il doit alors l'expulser immédiatement, sous peine d'une souffrance insoutenable, et ce généralement au détriment du mobilier urbain.

On pourrait s'inquiéter de cette BD qui nous présente un beau gosse ténébreux, étudiant en psychologie qui crèche dans un appartement bien trop grand pour le porte-monnaie d'un gars de son âge. Inquiétude renforcée pour le cadre : tout se déroule dans une ville franchement parisienne, mais futuriste, où les immeubles haussmanniens sont engoncés entre des créations issues des délires shamaniques de Jean Nouvel. Tout ça est donc très design. Et c'est vrai que malgré tout, cette ambiance un peu La vie devant nous vs. Astroboy teinte plutôt négativement l'ouvrage. Pourtant, on est pris dans la lecture tant et si bien que ces parti-pris apparaissent au final comme des éléments tout à fait contingents. Il est beau gosse comme il aurait pu avoir un pied-bot, c'est la vie, ça arrive et ça arrivera peut-être dans un Paris qui ressemble à ça. Et puis, on à beau dire, quitte à s'intéresser à quelque chose, autant que se soit un beau gosse dans un environnement chouette. C'est con, mais bon... Donc, sans appuyer sur l'univers calibré "tendance" qu'il tricote pour son histoire, David Sala développe avec une certaine finesse les fils de son récit, déroulant avec lenteur mais clarté le rôle des divers acteurs de l'histoire, en en gardant le nombre à un niveau s
uffisamment bas pour ne pas perdre son lecteur, tout en garantissant des relations fournies entre les personnages. Quelques-uns semblent même promis à intégrer l'aventure dans un futur proche, étant déjà, mais de loin, à l'origine d'éléments capables de développer le contenu de l'intrigue.

Bien que l'histoire sache se rendre intéressante, elle n'est pas si captivante que sa présence seule suffise à donner envie de continuer. Et c'est surtout le trait de Sala qui entraîne le rythme de lecture d'une page à la suivante. L'atmosphère recouvrant le récit est lénifiante et à la limite de la dépression, à l'image du personnage principal, dont le comportement hors crise ressemble assez à celui d'un Bradypus Tridactylus. Mais il existe pourtant une dichotomie entre cette impression (grandement du fait de la couleur) et la nervosité du trait, qui donne véritablement son intérêt au livre. En effet, étrange, perturbé, sec et imprécis, à la limite de l'apoplexie, il s'en dégage une vérité, une impression de prise sur le vif et d'exposition de l'âme de ses sujets. Ce trait s'avère d'autant plus intéressant qu'il est lui-même plongé dans une opposition que véhicule déjà l'ensemble de l'illustration. Ses tremblements et sa nervosité évoquent l'assurance d'un amateur, mais l'urgence qui en ressort traduit avec une grande facilité des éléments tacites, des impressions, que l'on croirait impossible à illustrer, tant et si bien que l'on n'est pas vraiment sur de les avoir vu.

Beaucoup plus inspiré pour son trait que pour son histoire, bien que celle-ci ne soit pas ridicule, David Sala parvient à marier les deux  dans un ensemble cohérent et plaisant, incitant à la découverte du secret que dissimule cette histoire.

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