ATTENTION : CONTENU RESERVE A UN PUBLIC AVERTI

Les images et textes à caractère érotique, pornographique ou violent contenus dans cette page peuvent choquer certaines sensibilités. En consultant cette page, vous attestez être majeur au regard de la loi française et vous prenez vos responsabilités par rapport à son contenu.

CONSULTER QUITTER

9.5/10Omaha danseuse féline - tome 1

/ Critique - écrit par Maixent, le 04/06/2011
Notre verdict : 9.5/10 - Cat's eyes (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - laisser un commentaire

Une oeuvre riche qui traite des grands thèmes comme la liberté et les droits élémentaires mais aussi des plus petits comme l'amour au quotidien. Une réussite sur tous les plans à suivre absolument.

Dans la plupart des récits érotico-pornographiques, les travailleurs du sexe (et par ce qualificatif, il faut entendre toute personne dont le métier est lié de quelque manière à la sexualité et pas seulement la prostitution) sont souvent instrumentalisés pour servir de support aux fantasmes de l’auteur. Ainsi, des types bien définis sont mis en avant, par exemple celui de la dominatrice ou de la prostituée, qui ne sont là que pour leur fonction et dont le ressenti n’est pas ou peu étudié. Dans Omaha, ce sont au contraire les détails du quotidien qui prennent le pas sur la fonction et on suivra ainsi les aventures de l’héroïne par le biais de sa relation amoureuse, de ses difficultés financière ou encore de ses choix personnels plutôt que par celui de son métier de danseuse (même si celui-ci reste en filigrane). D’où une bande dessinée riche, qui, malgré le choix zoomorphique permet une identification directe aux personnages.
À la fin des années 70, Omaha doit sa naissance à un seul homme, Reed Waller
Article de presse pour Omaha
qui s’occupe des dessins et du scénario. Mais quelques années plus tard, alors que Reed Waller a délaissé son enfant, il fait la rencontre de Kate Worley, qui deviendra sa scénariste et sa petite amie. La promiscuité des auteurs permet d’insérer dans le récit des subtilités du quotidien et une touche beaucoup plus personnelle. Qui plus est, la présence d’une femme en tant que scénariste dirige le récit vers l’intime et le ressenti sans pour autant nier les scènes très hard. Une empreinte féminine confère plus de subtilité, ce qui ne veut pas dire que le récit devient mièvre et puritain. Il est sans doute plus juste, faisant la part entre une vision féminine et une vision masculine et laissant vivre les personnages au jour le jour, comme s’ils se découvraient en même temps que le lecteur, créant ainsi une certaine connivence sous le regard attendri de leurs parents. 
Les critiques avertis ne s’y trompent pas et voient en Omaha plus qu’un énième récit pornographique de bas étage mais une véritable œuvre littéraire dont on dira même qu’il offre une « description responsable de la sexualité » d’après un tribunal. Ainsi, pas de sexe outrancier ou de dessins disproportionnés mais une sexualité « crédible, moite et graphique » (voir préface) qui sert le récit de deux jeunes gens amoureux face à un monde sans scrupule.
Omaha est une jeune femme de toute beauté, au parler franc, ce qui n’empêche pas sa timidité. Débarquée à la ville, elle devient strip-teaseuse, dansant nue tous
Danse hypnotique et endiablée
les soirs jusqu’à devenir une star reconnue, sa beauté et sa fraîcheur faisant voyager les hommes dans un autre univers (cela reste crédible quand même, rien à voir avec les délires de Sucker Punch). Elle rencontre alors Chuck, dessinateur de talent ayant choisi une vie de bohème oisive et désinvolte. Mais comme dans tout récit classique, il y a des opposants à cet amour en la personne de l’Etat et d’un conservatisme déplacé qui provoque la fermeture de tous les clubs. Chuck est donc contraint de reprendre un « vrai travail » tandis qu’Omaha passe du côté de la clandestinité pour survivre. À partir de là, tout se complique et entre complots et  assassinats, les deux innocents tourtereaux ne trouvent leur salut que dans la fuite direction San
Chuck, sa copine, son ex...
Francisco. Ce premier tome s’achève sur la mort du père de Chuck qui était en fait l’instigateur fou de toutes ces magouilles politiques.
D’où un récit extrêmement dense mettant en avant des problèmes politiques et des questionnements relatifs à une vie « hors norme » dans une Amérique puritaine des années 80 encore vivace aujourd’hui. Les dialogues contribuent à cet effet. Tout en étant légers et parfois touchants de naïveté, ils sont cependant extrêmement travaillés, faisant sourire tendrement le lecteur ou au contraire l’inquiétant quant au sort des héros, mais ne le laissant jamais indifférent.
Au final, il s’agit paradoxalement de la série érotique la plus humaine que l’on puisse trouver où chacun apparaît avec ses faiblesses et essaye de s’en sortir comme il peut dans la vie, parfois en s’envoyant en l’air pour oublier, d’autres fois pour magnifier un amour inconditionnel, ou encore pour simplement passer le temps et se sentir moins seul. Dans tous les cas, aucune once de jugement moral mais plutôt une ode à la liberté et au plaisir pour un scénario qui s’est développé sur 20 ans et dont l’intégrale est prévue en quatre volumes.

A découvrir
Les Formidables aventures de Lapinot - Tomes 1, 2, 3, 4 et 6
Les Formidables aventures de Lapinot - Tomes 1, 2, 3, 4 et 6
Sambre
Sambre
Joe Bar Team
Joe Bar Team