7/10Noirhomme - Tome 3 - Echec

/ Critique - écrit par riffhifi, le 19/01/2010
Notre verdict : 7/10 - Après les chèques en blanc, l’échec en noir (Ecrivez votre critique)

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Suite et fin de la trilogie Noirhomme, friandise amère et fantastique au parfum de Belle Epoque. Le dessin reste malheureusement un peu trop lisse et convenu pour illustrer une histoire aussi sombre.

Le scénariste Antoine Maurel et le dessinateur Hamo (Pierre-Yves Berhin en vrai) signent tous deux avec Noirhomme leur première œuvre, bien que le deuxième ait également livré quelques histoires courtes dans Spirou. Edité par Casterman, le jeune duo s'est révélé capable de mener à bien une entreprise délicate : intéresser le lectorat aux mystères entourant un personnage fictif inédit (il ne s'agit pas d'une adaptation, malgré les références évidentes liées à l'époque du récit), baigné dans une atmosphère proche du thriller sans appartenir tout à fait au genre (on remarque que la série est publiée dans la collection Ligne d'horizon, et non dans la
collection "polar" Ligne rouge). Avec ce troisième et dernier album, les auteurs bouclent l'intrigue et semblent prêts à voguer vers de nouveaux horizons, évitant élégamment l'écueil qui consiste à presser le jus d'une idée jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une écorce sèche.

L'identité du Noirhomme, créature funeste et pousse-au-crime, est sur le point d'être découverte par le commissaire Vautrin. Ce dernier, transfuge de la Comédie Humaine de Balzac (pas de doute sur son identité, puisque son véritable nom est bien Jacques Collin), est un ancien bagnard reconverti dans une fonction publique qu'il exerce à sa manière. Un petit air de Vidocq qui donne au personnage l'épaisseur nécessaire à la chasse d'un monstre humain, ayant franchi les limites morales que lui-même s'est imposées. Le coupable ne tarde pas à comparaître au banc des accusés : Pol Kerguelec et son nom breton, victimes d'absences qui laissent le champ libre à l'infâme criminel, entreprennent de raconter une vie faite de cauchemars...

Arrivée en fin de parcours, l'histoire mise moins sur le suspense que sur l'explication des évènements précédents, développement psychologique à l'appui.
C'est officiel : on saura tout sur le Noirhomme, quitte à priver l'ambiance de l'aura magique que procure l'inconnu... Lever le voile d'une énigme qui constitue le nerf d'une œuvre, c'est risquer de dégonfler le soufflé d'un coup de couteau (qu'on se souvienne de la série télé X-files, dont les zones d'ombre étaient bien plus fascinantes que leur démêlage) ; Maurel et Hamo se tirent de l'exercice avec les honneurs. En dépit de son titre, cet album est donc loin d'être un échec ; dans la lignée des précédents (respectivement intitulés Ouverture et Sacrifices, on note la pente descendante que suit l'humeur des titres, en direction de l'enfer), il clôt dignement l'intrigue et lance quelques pistes de réflexion sur la nature humaine, l'éducation... On regrettera simplement que le visuel trop propret, trop proche du style "gros nez" de Spirou, et trop coloré pour rendre compte de la noirceur du récit, empêche l'immersion d'être totale. Il est cependant probable que ce choix soit délibéré de la part des auteurs, qui ont sans doute voulu s'éloigner de l'approche trop évidente Noirhomme = noir dessein = noir dessin.

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