8/10Nocturnes rouges - Tome 5 - Terra-Nova

/ Critique - écrit par athanagor, le 13/05/2008
Notre verdict : 8/10 - Ethyl au test (Ecrivez votre critique)

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Après dix années d'attente et de jobs pourris, May a les nerfs. Elle veut retrouver le vampire qui lui a pris son papa, qui devait lui payer des études de princesse.

Après quatre tomes, entièrement réalisés par Emmanuel Nhieu, nous voici face au deuxième cycle des aventures de May, la chasseuse de vampires, et de sa quête éperdue de vengeance. C'est dans un souci de renouvellement et certainement dans un esprit qualitatif que Nhieu laisse le siège d'illustrateur à Looky, jeune dessinateur de 18 ans, dont la maturité est étonnante, même à considérer que le présent travail ait été supervisé par l'ancien maître d'oeuvre.

Bah ça a changé Venise !
Bah ça a
changé Venise !
Dix ans après la conclusion du tome 4 Une seconde chance, le monde d'Ethyl, dirigé d'une main de fer par les Seiitis, est plongé dans un brouillard permanent fait de tempêtes, propice à la prolifération des créatures nocturnes et à l'exercice de leurs activités pour le moins discutables. Tapie dans ce chaos, la cité de Terra-Nova, libérée de l'influence de la magie, est protégée des tumultes atmosphériques environnants par la présence en ses murs de Lucia, petite fille innocente, dont cette propriété en fait l'objet de bien des convoitises. Mais tout ça, May elle s'en fout complètement, obsédée qu'elle est par le but vers lequel est dirigée toute son énergie : retrouver le salopard qui a transformé son papa en suceur de sang. C'est pour cette seule et unique raison que ses pas la mèneront à Terra-Nova, où tout le monde se retrouvera à la fin, parce que ça sera quand même plus pratique pour poursuivre l'histoire.

Répétons-le, le jeune Looky, même sous la supervision de Nhieu (qui, scénarisant son histoire par le biais de story-board, oriente immanquablement le boulot), nous offre un ouvrage d'une grande qualité. La conjugaison de ces deux talents trouve son apogée dans les impressionnants succubes, dont l'esthétisme et le mystère force le respect. L'artiste, certes fortement inspiré par la culture manga, qui n'a sûrement pas manqué de bercer ses encore plus jeunes années, sait, pour le plus grand bonheur du lecteur, y adjoindre un style puisé dans le travail d'auteurs plus occidentaux, emprunt à la fois de la tradition franco-belge et de la S-F à la française, tels Loisel ou Tarquin. Le tout s'exprime dans un dynamisme d'excellent aloi et absolument nécessaire à la mise en place des intrigues dans ce monde chaotique. Le lecteur ainsi embarqué ne peut plus que se laisser porter où le scénario veut l'emmener.

Paradoxalement, c'est justement sur ce point que l'on pourrait signifier une pointeLes succubes au carré
Les succubes au carré
de regret. A l'instar des films d'action au montage épileptique, dont le foisonnement de plans donne l'impression d'avoir assisté à un spectacle de trois heures, alors que le film ne dure qu'1 heure 20, on reste après une lecture captivante, dense et fournie, sur un développement assez maigre de l'intrigue. Mais cette critique, qui relève plus d'un instinct de gourmandise frustré que d'un véritable défaut, trouve son excuse dans la raison pure : s'agissant de l'ouverture d'un nouveau cycle, il était nécessaire de prendre du temps à planter le décor et asseoir la personnalité de quelques personnages, dont la psychologie apparente de certains offre une confusion dans les rôles respectifs, et apporte une véritable fraîcheur au schéma binaire héros/vilain. Dans cet esprit, le personnage de May, animé par une rancune viscérale, touche parfois au détestable par l'insensibilité dont il sait faire preuve, après ce que l'on veut bien croire avoir été dix années d'une vie impitoyable, nourrie par une rumination vengeresse aliénante.

La nervosité de la lecture ainsi combinée à l'ambiguïté des personnages, évoluant dans un monde au bord du gouffre, donne une impression d'instabilité générale, nous débarrassant de certains développements mous du derche qui poussent généralement à déplier la couette. Cette BD se ferme donc avec une immense satisfaction et l'espoir d'un prochain épisode, tout aussi échevelé.

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