9/10Monsieur Jean - Tomes 5 et 6

/ Critique - écrit par riffhifi, le 06/02/2009
Notre verdict : 9/10 - Jean peureux, Jean heureux (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 2 réactions

Bobo papa, Jean gentil se place désormais en spectateur de la vie de ses potes. Sans être les meilleurs tomes, ces deux là se posent comme une jolie fin de cycle d'un personnage parvenu à maturation.

Pendant que Dupuy et Berbérian présidaient le dernier festival d'Angoulême, Dupuis (l'éditeur, avec un i et un s) sortait la compil des tomes 5 et 6 de Monsieur Jean, la série qui fit la popularité du duo. Ces deux albums marquaient le passage des Humanoïdes Associés à Dupuis, une transition qui s'opéra sans trop de douleur pour le lecteur, mais qui marquait la fin de l'évolution du personnage.

Tome 5 : Comme s'il en pleuvait (2001)

Jean habite provisoirement à New York avec sa copine Cathy et leur fille Julie. Comme un bobo sorti de Paris suffoque autant qu'un poisson sans son bobocal, notre ami écrivain file retrouver ses pénates et ses amis Félix et Clément. Le
premier occupe ici le centre de l'histoire, avec ses problèmes de garde d'enfant (Eugène n'est pas son fils mais celui de sa copine déserteuse, il n'a pas de boulot, squatte l'appart de son pote...). Alors que la confrontation avec le jeune Eugène oblige Jean à se poser la question de ses relations futures avec sa propre fille, Félix s'impose vite comme la figure la plus attachante : paumé, rêveur, idéaliste un peu loser... Jean s'efface un peu, malgré l'omniprésence de ses doutes et de ses rêves ; ceux de Félix lui font une compétition acharnée, car Dupuy-Berbérian leur adjoignent un invité de choc en la personne de Fernand Raynaud. Toujours aussi habiles à peindre une chronique du quotidien à travers un savant dosage d'anecdotes triviales et d'onirisme sobre, les deux auteurs signent là le dernier album de l'évolution, Jean ayant désormais passé la quarantaine et la paternité avec sérénité. Il était temps pour eux de passer d'un éditeur à l'autre, des rebelles Humanos au plus familial Dupuis, pour deux derniers albums plus axés sur les personnages secondaires et sur la recherche du gag que sur la leçon de vie dispensée depuis les premières planches du Jean à peine trentenaire.

Tome 6 : Inventaire avant travaux (2003)

Cette fois, on quitte résolument le nombril de Jean pour découvrir un récit davantage porté sur la comédie sociale, émaillée de quelques constats amers ou amusés : les deux SDF en plein conflit avec l'employé d'un magasin, les avances laborieuses de Clément auprès de sa jeune stagiaire... Dupuy et Berbérian
n'hésitent pas à mêler audacieusement le grave au léger, convoquant les grands-parents morts de Jean pour une série d'apparitions fantaisistes ou inversement, mettant dans la bouche du petit Eugène des considérations métaphysiques déprimées.
Le style reste fidèle à celui que les auteurs ont imposé depuis le début : une ligne claire géométrique mais expressive et ancrée dans la réalité quotidienne (un dessin qui a fait de nombreux émules, notamment dans la défunte collection Expresso de Dupuis) ; pas de didascalies, on passe d'une scène à l'autre sans transition, parfois très abruptement. Et l'ensemble provoque une irrésistible empathie, offrant à la fois un reflet fidèle de la vraie vie et une approche poétique de ses tracas. Ce sixième tome, qui voit Jean déménager et quitter ainsi sa gardienne Madame Poulbot, ne sera suivi que d'un seul autre album, en 2005, qui consistera en une série de gags en une page. Il faudra peut-être quelques années avant de retrouver Monsieur Jean... en plein divorce, à la cinquantaine ? Avec une fille adolescente à gérer, ou un conflit insoluble avec ses lecteurs et donc son éditeur ? Rendez-vous dans les années 2010...

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