6/10Les Mondes de Lovecraft - Tome 1 - Arcanes 1

/ Critique - écrit par athanagor, le 11/07/2008
Notre verdict : 6/10 - Make Love, not Craft (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 2 réactions

La maison Soleil, à défaut de s'occuper de vendre des ventilateurs, cherche décidément par tous les moyens à nous filer la chair de poule cet été. Après des histoires de pâles fantômes, c'est le bestiaire de Lovecraft qui est lâché.

C'est la saison des horreurs chez Soleil. Christophe Bec présente sa collection d'histoires de fantômes avec plus ou moins de succès par le biais de Hanté - Tome 1 et Mortemer, et v'là t'y pas qu'on a droit, avec cet album, à une nouvelle production collective basée sur des monstres cachés sous le lit.

Les mondes de Lovecraft - Arcanes 1 propose cinq histoires courtes, adaptées ou Plusieurs styles graphiques...
Plusieurs styles graphiques...
scénarisées en s'inspirant des nouvelles de Howard Phillips Lovecraft par Patrick Renault, avec la collaboration de quatre illustrateurs (ou équipes illustratives), se collant chacune à une nouvelle. Vous aurez noté (perspicaces que vous êtes) que cinq histoires et quatre illustrateurs ça ne colle pas. Et en effet l'ouvrage s'ouvre et se ferme sur l'histoire d'une fusillade dans le lycée Miskatonic de la ville d'Arkham, Massachusetts, perpétrée par deux adolescents et racontée d'abord par un sergent du SWAT qui témoigne de son intervention, puis vécue par les adolescents criminels eux-mêmes. Illustrée par Jean-Jacques Dzialowski et Dimitri Fogolin, cette histoire en deux temps, aux deux extrêmités de l'album, en renforce la cohésion. Et de ça, il en faut, l'exercice de l'ouvrage collectif confrontant parfois des dessinateurs aux styles si différents, que le passage de l'un à l'autre, pour peu qu'il soit mal pensé, laisse un goût désagréable en bouche quand on cherche à se souvenir de sa lecture. Offrant une hétérogénéité risquée de styles picturaux, l'ensemble de cet album jouit donc d'une véritable cohérence, non du seul fait de l'introduction et de la conclusion, mais également du fait que le même scénariste aligne toutes les intrigues.

Baignés dans la cosmogonie préhistorique des Anciens et imprégné des thèmes de...se partagent l'ouvrage.
...se partagent l'ouvrage.
Lovecraft, Patrick Renault parvient à en concocter un ersatz plus qu'acceptable, et on est surpris de voir qu'une seule des quatre histoires est une adaptation, tant les autres se rapprochent et « sonnent » comme du Lovecraft (exception faite de la troisième). Cette BD reprend assez habilement l'esprit de ces histoires au goût tribal et noir, qui ne peuvent se conclure que par la désolation ou la perte des protagonistes, l'imagination et l'intelligence humaine semblant paradoxalement devenir de plus en plus étriquées à mesure que l'évolution se poursuit, empêchant l'homme de se préparer à survivre aux apparitions de ces forces brutales, parfois tant désirées.

Malheureusement et malgré la bonne assimilation de cet univers, on reste un peu sur sa faim, certes comme souvent à la lecture de Lovecraft, mais plus encore par l'étroitesse du ressenti final. Sur les quatre nouvelles, une est une adaptation de Tous fédérés...
Tous fédérés...
Dagon
, qui se présente comme une méditation sur la souffrance physique et psychologique de celui qui sait, une autre, Le dernier voyage du constable Swann, la plus faible de toute (la troisième donc), tente faiblement de mélanger mythologie lovecraftienne et enquête policière, et nous gratifie d'un final asthmatique. Rappelons que la même histoire ouvre et ferme l'album, et au final on a la désagréable impression d'avoir lu une BD d'une vingtaine de pages à peine, car si on fait les comptes : quatre histoires moins une adaptation contemplative, moins une qui est plutôt mauvaise... Eh oui, ça ne nous laisse que deux histoires originales et intéressantes, dont une se répète. C'est mince...

Pour ce qui est des illustrations, le challenge consistant à illustrer des nouvelles se terminant souvent par « je vis l'indicible et je m'évanouis. » est assez honnêtement relevé. Chez Lovecraft, tous les témoins des horreurs qu'abritent les coins les plus noirs du monde, physique ou non, sombrent dans la folie ou meurent d'effroi, ce qui laisse assez peu de témoins concernant les formes bestiales ou éthérées des entités supranaturelles qui peuplent son œuvre. Néanmoins on sait de sources sûres que Cthulhu a des dents en tentacules, et que ce que l'auteur nous porte à voir est plus une angoisse sourde et poisseuse, tapie au... par l'ambiance générale.
... par l'ambiance générale.
fond de la cave de la maison abandonnée sur la lande môdite, où l'aube n'est que l'annonce du crépuscule. Et considérant cet aspect des choses, les illustrateurs successifs s'en sortent aussi haut la main. Donc : bravo les gars !

Pour d'autres représentations de l'univers de Lovecraft, voir également les illustrations de H.R. Giger et le quelque peu pathétique Necronomicon (1993) co-réalisé par Christophe Gans. On pourra aussi se reporter, image par image, à In the mouth of Madness (1995) de John Carpenter.

Sur un constat mitigé, on salue tout de même le bel effort d'adaptation et d'assimilation. Soleil ne précise pas si la répétition de l'exercice, sous-entendue par le « 1 » du titre incombera au même auteur, ou si un autre devra se coltiner des adaptations et des nouvelles inspirées de Lovecraft, mais on peut espérer que le résultat saura alors s'appuyer sur cet album, comme une répétition du rituel qui nous fera vraiment faire sous nous.

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