6/10Moi, René Tardi, Prisonnier de guerre - stalag IIB

/ Critique - écrit par plienard, le 30/11/2012
Notre verdict : 6/10 - C’est de l’Art, mais pas encore du Spiegelman (Ecrivez votre critique)

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En mettant en images le récit de son père René sur son passé de prisonnier de guerre, Jacques Tardi signe l’album le plus personnel de sa bibliographie. Il a certes déjà raconté la première guerre mondiale de maintes fois – marqué qu’il a été par les récits de son grand-père, ancien poilu. Mais c’est la première fois qu’il parle de la seconde guerre mondiale. Les prisonniers de guerre de cette époque, finalement, on en sait peu de chose, ignorés qu’ils ont été à la libération et par la suite. Ce dédain prend fin avec cet album.


DR.
Le livre, imposant avec ses presque 200 pages, commencent par deux lettres. L’une de Dominique Grange - la compagne de l'auteur - et l’autre de Jacques Tardi. Chacun on eut un père prisonnier de guerre et ces deux lettres sont comme une explication pour le lecteur et surtout un hommage de deux enfants à leur père. C’est peut-être la partie la plus mouvante et la plus intéressante.

On démarre ensuite le récit par une explication un peu longue et un peu trop scolaire de la situation avant la guerre. René Tardi (le père) explique et justifie son engagement dans l’armée et exprime assez justement le sentiment général de l’époque : l’armée française est imbattable – auréolée de son succès de 1918. La présence dans chaque case du petit Tardi (Jacques, l’auteur) marque ici la volonté de simuler un dialogue avec son père (qu’il n’a jamais réellement pu avoir). On sent la difficile communication entre les deux personnages. On baigne alors entre un dialogue et un récit historique, le cul entre deux chaises.

L’impression de longueur est d’autant plus forte que le lecteur a envie de connaître la vie du prisonnier de guerre et cela se fait de moins en moins sentir à mesure que l’on avance dans le récit et que la présence du fils se fait moins visible. Cette présence, anachronique, semble d’ailleurs quelquefois incongrue et gêne la lecture. Ainsi, lorsqu’il se fait moins présent, le récit devient moins oppressant dans le sens où il n’y a plus cette opposition père-fils. Le témoignage prend alors plus de force et exprime beaucoup de colère jusqu’à la fin de l’album.

Raconté les mémoires de son père, emprisonné dans un camp pendant la seconde guerre mondiale, on ne peut s'empêcher, inévitablement, de penser à Maus d’Art Spiegelman. Si l’album de Tardi est bien sûr émouvant dans certaines de ses descriptions, il a cependant moins de force car trop descriptif. C’est en tout cas la première pierre de Jacques Tardi sur la biographie de son père (à laquelle ont participé sa fille Rachel pour la couleur et son fils Oscar pour la documentation) et pourquoi pas sur son autobiographie à venir. Un second livre est en tout cas prévu.


DR.

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