8.5/10Moby Dick

/ Critique - écrit par iscarioth, le 17/06/2007
Notre verdict : 8.5/10 - « Roman » - « Graphique » (Ecrivez votre critique)

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La grande force de l'album, ce sont ses couleurs, son univers graphique, parfaitement en corrélation avec l'univers de Moby Dick.

Adapter un grand roman, c'est prendre de grands risques. Au cinéma, en BD, comme sur d'autres supports culturels. D'un projet ambitieux, si l'affaire échoue, on peut vite se retrouver avec, sur le dos, le qualificatif tout autre de « prétentieux ». On est bien loin de ce constat là avec l'adaptation de Moby Dick, menée de main de maître par Denis Deprez et Jean Rouaud.

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Est-il bien nécessaire de rappeler l'histoire de Moby Dick ? Elle qui fut maintes fois contée, racontée, répétée... S'appliquer à nous rapporter l'histoire de Moby Dick, c'est un peu comme réaliser un film sur le Titanic : c'est un effort qui peut sembler vain, à la vue de l'extrême majorité de gens qui connaît les tenants et les aboutissants de l'intrigue. Moby Dick, roman écrit milieu du 19ème siècle par le marin Hermann Melville, nous raconte donc la légende (véritable ?) d'un énorme cachalot blanc, ayant survécu à des dizaine, voire centaine de harponnages. Un monstre marin capable de faire chavirer les embarcations. Un monstre marin que le capitaine Achab, maître à bord du Pequod, s'est promis de retrouver et de tuer. A bord, Ismahel et Quiequeg, deux hommes récemment unis par l'amitié.

Que dire, si ce n'est que Deprez et Rouaud sont brillamment parvenus à adapter ce chef d'œuvre de la littérature qu'est Moby Dick ? Centrée autour d'Ismahel, cette adaptation réussit à développer les impressions de grande aventure documentée, d'épopée maritime brumeuse et titanesque renvoyées par le chef d'œuvre d'Hermann Melville. « Ce n'est pas Ismahel qui raconte, c'est nous qui le suivons dans ses découvertes et rencontres successives » explique Jean Rouaud en préface. Le personnage est effectivement le point d'encrage de la narration, celui à qui le lecteur s'identifie, celui par lequel nous « vivons » le récit. Les auteurs se dévoilent d'emblée comme humaniste, avec une amitié très forte, liant Ismahel et Quiequeg dès les premiers instants.

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La narration surprend dès les premiers instants, et pas forcément dans le bon sens. Avec Moby Dick, pas de bulles de pensée, pas d'encadrés narratifs : tout est dans le dialogue. Si bien que l'on n'en croit pas trop ses yeux, à certains momets du récit (dans le lit, la rencontre avec Quiequeg) quand on constate un personnage parlant, dans une situation où il ne peut pourtant faire que penser. Passons outre : l'album ne développe pas toutes les potentialités narratives permises par la bande dessinée, pour autant, sa lecture demeure parfaitement fluide.

La grande force de l'album, ce sont ses couleurs, son univers graphique, parfaitement en corrélation avec l'univers de Moby Dick. Les tons employés sont résolument froids. L'aquarelle et les encres rouillées de Denis Deprez simulent à merveille l'océan glacé, les visages tuméfiés par le sel de la mer ainsi que les ambiances fantomatiques et spectrales de l'aventure maritime.

Jean Rouaud, l'homme au Goncourt, tire assez peu des potentialités narratives offertes par le neuvième art... Mais finalement assez pour offrir à Denis Deprez de quoi nous émerveiller avec ses planches, techniquement éblouissantes et parfaitement appropriées au sujet.

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