9/10Notre mère la guerre - Tome 2 - Deuxième complainte

/ Critique - écrit par plienard, le 04/10/2010
Notre verdict : 9/10 - Un grand Kris et un Maël pour un bien (Ecrivez votre critique)

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L'enquête sur la mort de trois jeunes femmes continue au milieu des tranchées. Et les indices semblent mener à une section de 15 salopards commandée par le caporal Gaston Peyrac.

Le caporal Gaston Peyrac est à la tête d'une section de 15 jeunes hommes tous repris de justice. Ce sont des criminels envoyés sur le front, au combat alors qu'ils ne sont même pas encore majeur (21 ans). Le lieutenant de gendarmerie, Roland Vialatte, est envoyé parmi eux et enquête sur la mort mystérieuse et particulièrement atroce de trois jeunes femmes. A chaque fois, une lettre d'adieu écrite par le meurtrier était posée sur les corps.


Voici la deuxième complainte de Notre mère, la guerre. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le titre est judicieusement choisi. Tout d'abord le titre Notre mère, la guerre insiste sur le fait que les hommes ont une tendance a toujours vouloir se battre. Ils s'en nourrissent et elle atténue leur soif de combat. Paradoxalement, elle semble être le meilleur moyen pour les hommes de révéler leur humanité. C'est dans la boue et la mer.., dans les charniers et au milieu des corps que certains hommes prennent conscience de ce que veut dire la fraternité et au pire la camaraderie. Ensuite complainte, car la guerre n'est au final qu'un grand cri de détresse et de tristesse des hommes et des femmes.

Les auteurs Kris et Maël sont donc condamnés à nous faire ressentir toutes ces impressions. On veut voir (voyeur que nous sommes) ce que le titre nous invite à penser. A cela, on peut mesurer le talent des auteurs. Et nous avons, ici, de grands artistes. Le scénario de Kris est puissant et original. Cette enquête sur le meurtre de femmes en plein milieu d'un conflit mondial a quelque chose d'irréel, mais aussi de profondément humain. Le lieutenant Vialatte recherche la vérité, le caporal Peyrac est solidaire de ses hommes et cherche à les garder en vie. On a l'impression d'être dans deux mondes différents (celui des tranchées et celui en dehors du front) où, selon où on  se trouve, on est bon ou mauvais. Seul le capitaine Janvier a un comportement moins appréciable. L'enquête qu'il a diligentée devient pour lui d'une importance considérable, lorsque sa maîtresse, Mathilde Doorne, est retrouvée assassinée. Il est alors mû par la vengeance. A l'image des 12 salopards, on perçoit un fond d'humanité pour ces criminels. La guerre les a unis et a fait d'eux des hommes « remarquables » et cela, même s'ils n'existent pas pour les gradés.

A l'attaque !!!
A l'attaque !!!
Le dessin de Maël est quant à lui formidable. Il avait pourtant un double défi. Faire naître les sentiments liés au titre mais aussi se démarquer des fameux Putain de guerre et C'était la guerre des tranchées de Tardi qui sont devenus la référence incontournable pour traiter cette époque (notamment graphiquement). Et Maël s'en tire plus qu'honorablement. On comprend chaque pensée du caporal. Chaque Flash-back, sans aucune indication temporelle, est identifiable. Seules, peut-être, les souffrances des soldats blessés ne sont pas palpables ou suffisamment expressives. Mais la fraternité entre ces hommes nous émeut.

Futuropolis se distingue des maisons d'éditions traditionnelles par des sujets et des traitements graphiques osés. On peut penser qu'elle ne fait que des bandes dessinées élitistes, j'en conviens. Mais ici, l'adjectif serait plutôt émouvante. Et quand les émotions passent à travers une œuvre, c'est que les artistes ne se sont pas trop mal débrouillés.
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