8.5/10Ma mère était une très belle femme

/ Critique - écrit par iscarioth, le 15/05/2007
Notre verdict : 8.5/10 - Africaner History X (Ecrivez votre critique)

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Passionnant, pédagogique et humain, Ma mère était une très belle femme est l'un des indispensables du moment, l'un de ces rares albums à savoir mêler avec justesse histoire individuelle et collective.

On l'a déjà dit plusieurs fois. Ce n'est pas grave, on va le répéter : heureusement que les éditions ça et là existent pour nous faire lire des petites perles venues du monde entier, à nous, les bédéphiles franco-belgo-centrés. Le petit dernier de la maison porte le titre bien énigmatique de « Ma mère était une très belle femme » et nous plonge dans la jeunesse de son auteur, Karlien de Villiers.

55330. Karlien de Villiers est née en 1975 en Afrique du Sud. Elle nous raconte son enfance. Dès les premières pages, on pense à Marzena Sowa et à sa jeunesse polonaise racontée dans Marzi. On retrouve parfois le même mode de narration : des planches et vignettes très illustratives et des encadrés descriptifs laissant s'exprimer l'auteur. Si les premières pages peuvent ennuyer, par une mise en place des différents protagonistes encrant la petite famille dans ce qu'elle a de plus banal (la rencontre des parents, les petites gueulantes du père, les oreilles décollées de la petite dernière...), les choses changent rapidement. Le quotidien de la famille universelle, de monsieur et madame tout le monde, fait place à un double récit, singulier et national.

55331. Un récit singulier, tout d'abord, car Karlien de Villiers, vraisemblablement très marquée par l'histoire personnelle de ses parents, raconte avec beaucoup de précision leur évolution, en tant que parents mais aussi en tant qu'homme et femme. L'amour, le mariage, les enfants, puis la dégradation des rapports, le divorce, inéluctable et l'après-vie. Karlien de Villiers ne blâme ni n'encense ses parents. Elle les présente comme des êtres humains avant tout, tiraillés entre l'égoïsme du bonheur par l'épanouissement individuel et leurs responsabilités de parents. A l'image d'Un monde de différence d'Howard Cruse, Ma mère était une très belle femme est un album de qualité avant tout parce qu'il transpire l'authenticité.

Témoignage de vie, témoignage d'une époque. Karlien de Villiers nous raconte, chapitre après chapitre, dans un ordre chronologique presque historique, le quotidien d'une fillette en Afrique du Sud. La jeune fille grandit, prend conscience de son environnement et commence à se poser des questions, face à l'apartheid en place. Karlien de Villiers nous rapporte le racisme promu au rang de loi par les institutions, l'école, la population. Très instructif, sans jamais donner dans la démonstration didactique historique, l'oeuvre de De Villiers nous en apprend beaucoup sur le régime d'alors, les multiples communautés plus politiques qu'ethniques qu'on faisait se diviser. Graphiquement, Ma mère était une très belle femme surprend. Les planches sont très stylisées, avec des personnages aux bords épais et noirs, un peu comme dans la série animée Daria, mais dans un genre moins régulier et anguleux. De V55333_250.illiers ne respecte pas toujours les règles de la perspective (page 64, vignette six), sans pour autant que cela ne choque ou déplaise.


Passionnant, pédagogique et humain, Ma mère était une très belle femme est l'un des indispensables du moment, l'un de ces rares albums à savoir mêler avec justesse histoire individuelle et collective.

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