8/10Mercy - Tome 2 - Des chasseurs, des fleurs et du sang

/ Critique - écrit par Maixent, le 11/01/2021
Notre verdict : 8/10 - L’effroyable chose (Ecrivez votre critique)

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jusqu'où peut-on aller par amour?

Après un tome d'exposition mystérieux qui apporte beaucoup de questions et peu de réponses, ce deuxième opus ouvre sur de nouvelles perspectives. Et si on reste dans ce registre énigmatique, se dessine plus nettement les buts et tourments de ces étranges créatures végétales assoiffées de sang.


Glénat 2020.

 

Il est maintenant clair que nous avons à faire à une race extra-terrestre immortelle qui, lasse de ce statut engendrant l'ennui, est descendue sur Terre via un portail situé dans une mine, celle-là même qui apparaît en ouverture du premier tome. Ces créatures doivent pour survivre se lier à un corps, connaissant ainsi les affres de la décrépitude mais surtout ayant accès à des émotions difficilement contrôlables, des sentiments comme l'amour qui pour elles sont un réel bouleversement. Ce sont donc des êtres hybrides et tourmentés qui tentent de survivre, naviguant entre deux mondes et se nourrissant de l'énergie des hommes.
Glénat 2020.

 

Entre onirisme et horreur, ces créations conférent au récit un statut tout particulier. On navigue entre plusieurs états. A la violence des extra-terrestres répond celle des hommes qui les traquent. A l'innocence des enfants, la folie destructrice. Tout cela confère à l'album une atmosphère très singulière qu'il est difficile de rendre ici. En effet, le genre serait très difficile à définir rappelant les romans fantastiques comme ceux d'Edgar Poe tout en y incorporant des éléments plus contemporains, proches du cinéma d'horreur ou du comics, un mélange entre Mutations et Venom. On est donc dans une lecture victorienne du sentiment, de l'attente et de la destinée entrecoupée de réelles scènes d'action horrifiques et ce qui marche vraiment c'est que les deux aspects sont aussi bien traités l'un que l'autre et que contre toute attente, ils s'harmonisent parfaitement. Se réappropriant des codes a priori bien cadrés, Mirka Andolfo crée ainsi une nouvelle forme, aussi troublante que ses créations florales roses et luminescentes.


Glénat 2020.

 

Cette confusion de genre réussie est toujours servie par un trait impeccable et un sens de la couleur d'une efficacité redoutable. Les corps se défont et se recréent sur les sols enneigés ou dans une pénombre trompeuse faisant d'autant plus ressortir les personnages, aussi bien les humains que les monstres. Le décor devient donc un élément graphique à part entière, catalyseur de cette ambiance sombre et glacée, sur lequel gicle l'innommable. L'héroïne, Lady Hellaine n'en devient que plus belle et désirable, empruntant à l'image de la succube, elle sort littéralement du décor, devenant figure absolue de la Femme, réussissant à rester désirable même sous sa forme monstrueuse tant le personnage est complexe et bien traité.

 C'est peu dire que l'on attend la suite avec impatience, pris dans ce tourbillon de la « fatalitas », où le désespoir des romans victoriens côtoient l'horreur. Comme si Tess D'urberville avait eu un rôle dans The Thing de Carpenter.

 

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