8/10Mary la Noire

/ Critique - écrit par Islara, le 06/11/2007
Notre verdict : 8/10 - A admirer, plus qu'à lire (Ecrivez votre critique)

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Le talent inégalé de Florence Magnin au service d'une ambiance fantastique particulièrement envoûtante.

Contrairement à ce que son titre indique, Mary la Noire ne raconte pas l'histoire de la femme pirate du même nom. A défaut d'en être le héros, le personnage principal de cette histoire est un simple écrivain rêvant d'aventures et de danger et sautant de femmes en femmes afin d'échapper au monde sans saveur qui est le sien. Et à force de se frotter aux brigands et aux quartiers mal-famés, ce Lord anglais d'une époque qui semble être le XVème siècle (même si les éditions Dargaud la placent au XIIIème), finit par trouver ce qui pourrait combler son vide intérieur, lequel faisait jusqu'ici de lui un personnage presque antipathique : Mary la Noire, capitaine du Styx, pirate fascinante, écumant les mers comme une diablesse, redoutable mais si attirante.

Narrée sur le mode subjectif, mélangeant le fantastique, l'aventure et une certaine dose de sentimentalisme, Mary la Noire ne serait pourtant qu'une BD assez banale et moyennement intéressante sans le talent de sa dessinatrice, Florence Magnin.

De faux airs d'Ambre
De faux airs d'Ambre
Tous ceux qui ont lu la série des Princes d'Ambre aux éditions Denoël reconnaissent immédiatement le style si original et extraordinaire de celle qui en a illustré la couverture des 10 tomes, puis par la suite les guides du jeu de rôle éponyme et enfin son jeu d'atouts. Tous savourent ainsi chaque particularité du style Magnin, qui fait sa spécificité et sa renommée aussi grande que celle d'un auteur comme Enki Bilal : ses cases si infiniment travaillées dans les moindres détails, que ce soit le fond ou le premier plan, leur présentation un peu anarchique, sphérique, en biais ou non délimitées ; l'utilisation régulière de pages entières pour un seul et même dessin sur lequel on s'arrête en quasi-contemplation ; l'aura fantastique, voire lugubre, qui se dégage de ses traits pointus, de son sens du détail, de ses créatures féériques ou démoniaques semées délicatement dans le décor, de ses tons pastels souvent sombres ; l'expressivité des visages qu'ils soient de près ou de loin... et tant d'autres choses quasi-indéfinissables que la simple visualisation met finalement au-dessus de toute description.

Un autre monde
Un autre monde
Ces planches graphiques font à elles seules rêver le lecteur et le transportent réellement dans un autre monde. Oui, Florence Magnin reste inégalée dans le style féérique et fantastique. En définitive, elle rehausse même grandement un scénario relativement sans saveur, trop narratif, sans réel suspense, et donne l'envie de lire jusqu'à la fin. Son seul défaut, celui de sa qualité, réside dans la fixité et le manque cruel de mouvement des scènes d'action. On sent sur ce point que Florence Magnin a commencé sa carrière comme illustratrice. Reste à savoir si son œuvre suivante, L'Héritage d'Emilie a gommé ce léger travers, somme toute si peu dérangeant.

 

Tome 1 - Les trépassés (avril 1995)
Tome 2 - Passe de l'au-delà (novembre 1997)

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